GÉRER AU QUOTIDIEN

24 avril 2017

Vers un nouvel équilibre entre travail et vie privée


Ans De Vos

Professeur en développement de carrière et en comportement organisationnel

3 conseils à retenir
  1. Créez un cadre interne comprenant suffisamment de clés pour permettre à vos salariés de "flexibiliser" leur carrière.

  2. Ne vous focalisez pas sur le déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le fait qu’elles interfèrent l’une avec l’autre n’est pas forcément négatif, à condition que les salariés aient la possibilité de gérer leur propre flexibilité.

  3. Permettez à vos salariés de "cumuler", c’est-à-dire d’exercer différentes activités au sein de l’entreprise.

Ces dernières décennies, la relation travail/vie privée a connu d’importants bouleversements. Désormais, rares sont les salariés qui effectuent l’ensemble de leur carrière au sein de la même entreprise. D’ailleurs, la diversité est également un atout sur le plan familial et social. Selon Ans De Vos, professeur à l’Antwerp Management School, il est urgent d’instaurer un nouveau cadre qui tienne davantage compte des souhaits et des besoins personnels des travailleurs.

"Nombreux sont ceux qui préfèrent continuer à travailler et à être joignables le soir."
Flexibilité et joignabilité

Depuis peu, les salariés français du secteur technologique et de la consultance ont acquis un nouveau droit : le droit à "l’injoignabilité". Concrètement, les salariés ont le droit de ne plus être dérangés à partir du moment où ils quittent leur lieu de travail. En Belgique aussi, des voix s’élèvent çà et là afin de consolider la frontière entre sphère privée et professionnelle. Chez Colruyt, par exemple, une règle empêche de déranger les ceux qui travaillent dans les bureaux en dehors des heures de travail. Ils ne sont pas non plus tenus de répondre au téléphone si leur patron les appelle, ni de traiter leurs e-mails pendant le week-end.

Ans De Vos n’est guère emballée par le principe. "Cela me semble une solution radicale tournée davantage vers le passé que vers l’avenir. Avant l’apparition d’Internet et de la téléphonie mobile, la frontière entre vie professionnelle et vie privée était tangible. De nombreux salariés, notamment les jeunes parents, préfèrent continuer à travailler et à être joignables le soir, ce qui leur permet de quitter le bureau plus tôt afin d’aller chercher leurs enfants à l’école."

"Contribuer à la notoriété de l’entreprise sur Twitter et Facebook ? Pourquoi pas ! Répondre à ses e-mails professionnels pendant le week-end ? Pas de problème ! Mais un jour ou l’autre, cela finit par tourner au vinaigre."
Redéfinir le cadre vie professionnelle/vie privée

Ans De Vos ne prétend pas pour autant que les choses ne doivent pas évoluer, ni que les travailleurs doivent tout accepter. "En fait, nous vivons une époque étrange : ces dernières décennies, la relation vie professionnelle/vie privée a connu d’importants bouleversements. Tout le monde sait qu’il faudra travailler plus longtemps. Aujourd’hui, rares sont ceux qui envisagent d’effectuer l’ensemble de leur carrière au sein de la même entreprise. Et un diplôme n’offre plus la garantie d’obtenir un emploi intéressant et bien rémunéré."

Dans un contexte social, les changements sont encore plus prévisibles. "Le nombre de ménages à double revenu a considérablement augmenté et on compte de plus en plus de célibataires et de familles monoparentales. Bref, il existe une énorme diversité de situations. En conséquence, nombreux sont ceux et celles qui gèrent leur emploi du temps professionnel non pas en fonction de leur vie privée, mais de l’agenda professionnel de leur partenaire."

Selon Ans De Vos, la frontière entre vie professionnelle et vie privée a tendance à s’estomper. Et cela n’est pas forcément négatif, à condition que les salariés aient la possibilité de gérer leur propre flexibilité. "Tout dépend évidemment du type de travail que vous effectuez. Dans un contexte opérationnel ou de prestation de services, votre présence au bureau est indispensable. En revanche, un travail 'de bureau' s’accommode plus aisément d’un horaire flexible."

"En l’absence d’accord sur un plan ou un cadre précis, les salariés risquent de se voir imposer une surcharge de travail."
Fixer des cadres internes clairs et flexibles

En Flandre, les entreprises et les organisations ont-elles suffisamment intégré ces évolutions ? "Je ne le pense pas, notamment en raison de la rapidité avec laquelle s’opèrent les changements. En l’absence d’accord sur un plan ou un cadre précis, les salariés risquent de se voir imposer une surcharge de travail. Contribuer à la notoriété de l’entreprise sur Twitter et Facebook ? Pourquoi pas ! Répondre à ses e-mails professionnels pendant le week-end ? Pas de problème ! Mais un jour ou l’autre, cela finit par tourner au vinaigre. Les entreprises ont donc intérêt à fixer un cadre interne clair, comprenant suffisamment de clés pour permettre aux salariés de 'flexibiliser' leur carrière. Cela sera forcément profitable aux entreprises car, avec la relance du marché de l’emploi, les salariés auront davantage d’opportunités de décrocher un job et seront plus difficiles à convaincre."

Ans De Vos plaide non seulement pour un meilleur équilibre (librement choisi) entre vie professionnelle et vie privée, mais également pour une plus grande flexibilité au sein des entreprises et des organisations. "Les salariés doivent avoir davantage de possibilités de "cumuler", c’est-à-dire d’exercer différentes activités au sein de l’entreprise. Ajoutez à cela l’opportunité de suivre une formation, ce qui permettra au salarié de poursuivre son épanouissement personnel." Les entreprises sont confrontées au défi de maintenir leur expertise à niveau. "À cause des progrès de la digitalisation, il est de plus en plus difficile de conserver une vue globale. Les personnes ayant occupé différentes fonctions sont capables d’aider à encadrer cette complexité engendrée par la connectivité à outrance."

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