Gérer au quotidien

14 juin 2021

Qu’est-ce qu’une bonne dette?

Philippe Ledent

Philippe Ledent

Expert Economist

La réponse à cette question n’est pas évidente, et serait probablement différente selon qu’on aborde la question d’un point de vue strictement économique ou d’un point de vue politique.

Restons concentrés ici sur les arguments économiques en n’oubliant pas qu’une dette n’est autre qu’un moyen de financement d’un projet d’investissement. Le caractère de « bonne » dette est donc indissociable du projet qu’elle finance. 

Capacité financière de l’émetteur

S’agissant d’une dette nouvellement contractée par une entité publique, on surveillera d’abord la taille de la dette comparativement à la capacité financière de son émetteur (sa taille, son endettement existant,…). En aucun cas l’émission d’une dette ne doit mettre à mal la qualité de son émetteur (éviter « la dette de trop ») ou compromettre ses relations futures avec ses parties prenantes. Bien entendu, ceci doit être évalué sur l’ensemble de la durée de vie de la dette

Taux interne de rentabilité

Comme déjà indiqué, l’évaluation d’une dette est indissociable de celle du projet qu’elle finance. Dans le cas de l’endettement d’une entreprise, cet aspect est abordé sous l’angle du Taux Interne de Rentabilité (TIR) du projet d’investissement, où l’on calcule l’ensemble des coûts et des recettes associés au projet. Si le taux de rentabilité qui en découle est supérieur au taux d’intérêt sur le financement du projet, ce dernier sera rentable et parallèlement, on pourrait dire que la dette contractée est une bonne dette, car associée à un projet « rentable ». 

Dans le cas d’une entité publique, ce calcul s’avère un peu plus compliqué car la rentabilité financière n’est pas l’objectif premier de la plupart des projets.

Critères quantitatifs de rentabilité

Dans le cas d’une entité publique, ce calcul s’avère un peu plus compliqué car la rentabilité financière n’est pas l’objectif premier de la plupart des projets. Pour autant, l’analyse coût-bénéfice du projet n’est pas superflue : quel sont les coûts liés au projet ? Quels sont les coûts directement liés au financement de celui-ci ? Quelles recettes présentes et futures pourront couvrir ces coûts ? Les recettes à prendre en compte sont de trois ordres : les recettes directes (la billetterie d’une piscine ou d’un stade par exemple), les recettes indirectes (un projet peut en attirer d’autres qui participent in fine aux bénéfices associés au projet de départ) et la part des recettes propres de l’entité (impôts, transferts d’autres institutions) qui peut être consacrée au remboursement de la dette contractée pour financer le projet. Ces coûts et ces bénéfices doivent être évalués sur l’ensemble de la durée de vie du projet. Cela veut aussi dire que le financement doit être adapté à cette durée de vie, et de préférence ne pas l’excéder. 

En conclusion de cet aspect quantitatif, une bonne dette est une dette qui ne détériore pas la qualité globale de son émetteur et dont l’analyse coût-bénéfice du projet qu’elle finance s’avère positive. Cela nous ramène en fait au concept de soutenabilité de la dette que nous avons déjà abordé

Bénéfices qualitatifs

Dans le cas des institutions publiques, certains bénéfices sont néanmoins difficilement quantifiables. Gérer une entité publique ne se limite pas à l’aspect financier de projets d’investissements, mais doit inclure une dimension de bien-être, de sécurité ou d’éducation par exemple. Ne laissons pas ces dimensions de côté lors de l’analyse coût-bénéfice d’un projet et de son financement. Un meilleur bien-être de la population, un cadre de vie plus sécurisant ou une population bénéficiant d’un meilleur enseignement sont également des atouts capables de générer, en plus de ces aspects qualitatifs, une activité économique plus importante et in fine plus de recettes fiscales. Et celles-ci pourront, en retour, contribuer à la soutenabilité de la dette