Gérer au quotidien

20 juin 2019

Liste Standard de Tâches : booster la collaboration dans le bâtiment

Le secteur de la construction s’efforce d’améliorer la collaboration entre ses différents acteurs. La Liste Standard des Tâches (LST), qui reprend les missions et responsabilités de chaque intervenant dans un projet, va dans ce sens.

En bref

  • La Liste Standard des Tâches est une matrice digitale qui reprend l’ensemble des tâches prévues au cours des différentes phases d’un projet, associées aux intervenants chargées de son exécution.
  • La LST est le résultat de la collaboration entre architectes (G30), bureaux d’études (ORI) et entrepreneurs (ADEB-VBA).
  • La LST doit permettre de réduire les frais en cas de défaillances.

Concurrence féroce

Les frais en cas de défaillances diverses peuvent représenter jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires. C’est énorme, lorsque l’on sait que la marge brute moyenne dans le secteur oscille autour des 4 %. Un projet de construction est certes un processus complexe impliquant de nombreuses parties, mais tout de même... Le secteur n’est-il pas en proie à un problème culturel ?

La nécessité de renforcer la collaboration et la confiance entre les différentes parties s’impose. Sur le terrain, il règne une certaine méfiance, un sentiment souvent alimenté par une concurrence féroce. Pourtant, en procédant de la sorte, les entreprises de construction se tirent une balle dans le pied. Luc Hellemans, CEO de Lantis : « Généralement, un tiers des très grands projets n’est jamais réalisé, alors qu’un autre tiers tourne au fiasco financier. Autant dire que l’absence de collaboration coûte très cher. »

(Auto)contrôle pour plus de précision

Wim Straetmans, administrateur chez BAM Belgium et porteur du projet LST : « Notre secteur ne place pas la barre assez haut. Une mauvaise préparation et une exécution défaillante des travaux entraînent une réaction en chaîne, où chaque erreur en entraîne une autre. Corriger le tir demande énormément d’argent et d’énergie. Sans compter que ces erreurs aboutissent à des discussions dont l’impact négatif s’étend à l’ensemble des entreprises du processus de construction.

« Nous devons tous tendre vers davantage de précision, et pour y parvenir, il faut mettre en place des systèmes de contrôle et d’autocontrôle. C’est ce que fait le BIM (Building Information Management), en gérant les projets de manière virtuelle et grâce aux principes du Lean Manufacturing, tout en menant une réflexion “de bout en bout” aussi bien pour la conception que l’exécution des projets de construction. Or faire cela requiert une véritable collaboration et une excellente communication, ce qui est véritablement l’objectif de l’initiative LST », explique W. Straetmans.

« Nous devons tous tendre vers davantage de précision, et pour y parvenir, il faut mettre en place des systèmes de contrôle et d’autocontrôle »

Matrice digitale

En soi, la LST n’a rien de révolutionnaire. Il s’agit d’une matrice digitale qui reprend l’ensemble des tâches prévues au cours des différentes phases d’un projet, associées aux intervenants chargés de son exécution. Bien sûr, certaines entreprises utilisent déjà leur propre liste. Mais sur le plan de la complétude et de l’uniformité, la LST fait vraiment la différence. Elle est le fruit de trois ans de collaboration entre fédérations importantes d’architectes (G30), bureaux d’études (ORI) et entrepreneurs (ADEB-VBA).

Cette standardisation a pour vocation de renforcer la reconnaissance et la confiance. Pour autant, « standard » ne signifie pas « figée ». Les utilisateurs pourront créer leurs propres modèles au départ de la liste, pour l’adapter à différents types de projets. 

Les utilisateurs pourront créer leurs propres modèles au départ de la liste, pour l’adapter à différents types de projets

Structuration des projets

Dans l’idéal, c’est le maître d’ouvrage qui prend l’initiative d’utiliser la LST. Elle doit être considérée comme le document de départ qui lui permet de structurer son projet. La LST devrait servir de base aux contrats conclus avec les différentes parties impliquées dans le projet. Elle constitue en outre une préparation idéale à la gestion numérique par le biais d’une maquette BIM virtuelle. Elle contient notamment toutes les informations relatives au projet et facilite la préparation, l’exécution et le suivi des tâches.

Ancrage de la LST

La LST a été présentée début avril dans l’auditoire d’ING. Elle a suscité un très grand intérêt, mais pour avoir un impact réel, elle doit être adoptée largement. Didier Cartage, General Manager de ADEB-VBA : « VBA-ADEB est l’un des initiateurs de la LST. A ce titre, nous allons également nous employer à promouvoir cette matrice auprès de nos membres et parties prenantes. Nous avons notamment élaboré une vidéo qui explique comment utiliser la matrice. Nous préparons également un ensemble de posts pour les réseaux sociaux qui traitent des bonnes pratiques.

« Par ailleurs, la LST ne présente pas une utilité uniquement pour les parties impliquées dans l’exécution d’un projet de construction, mais également pour les acteurs qui sont chargés des volets financiers et contractuels du projet. L’idéal serait que les cabinets d’avocats et les banques utilisent également le document, voire qu’ils encouragent leurs clients à en faire usage », conclut D. Cartage.

Encourager plus que contraindre

La LST peut être annexée librement à tout contrat conclu dans le cadre d’un projet, comme les missions d’architectes, de cabinets d’études et le contrat d’entreprise. Dans pareils cas, la matrice jouera certainement un rôle unificateur. Cependant, la LST ne deviendra juridiquement contraignante qu’à condition d’en convenir explicitement.

Quelle est l’utilité d’une liste non contraignante ? W. Straetmans : « Elle ouvre le bal pour une réflexion et une collaboration avant le lancement effectif des opérations. La LST clarifie les responsabilités de toutes les parties, ce qui devrait amener plus de confort et moins d’erreurs. Et puis, je préfère l’idée de remporter l’adhésion de tous en stimulant la responsabilisation de chacun plutôt que de parler de responsabilité au sens strictement juridique. »

« Je préfère l’idée de remporter l’adhésion de tous en stimulant la responsabilisation de chacun plutôt que de parler de responsabilité au sens strictement juridique. »

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