Innovation

28 mars 2018

Voitures partagées: vers la mobilité du futur ?

Partout dans le monde, les métropoles sont en pleine expansion. Cette croissance impose de repenser entièrement la mobilité. Les multiples formes de "voiture en tant que service" peuvent-elles apporter un élément de solution ?

Christian Lambert

CEO DriveNow Belgique

En bref:
  • L'urbanisation croissante de la population entraîne de nouveaux défis en matière de mobilité
  • Grâce à leur influence sur le nombre de véhicules en circulation, les différentes solutions de voiture partagées sont un élément central de l'offre de mobilité
  • L'évolution future de ces différents services promet d'améliorer encore leur effet sur la mobilité

Pour Christian Lambert, CEO de DriveNow Belgique, une des solutions de voitures partagées disponibles à Bruxelles, la voiture individuelle est amenée à disparaître peu à peu des centres urbains. "Les centres urbains connaissent une croissance continue, au point que certaines mégalopoles comme Shanghaï annoncent aujourd'hui vouloir freiner leur expansion", constate notre interlocuteur. "Mais toutes les villes du globe sont confrontées au même phénomène. Et une des conséquences les plus immédiates de la densification de leur population est l'émergence de sérieux problèmes de mobilité !"

Transports en commun insuffisants

Pour notre interlocuteur, les transports en commun ne pourront pas absorber l'entièreté de cette augmentation exponentielle des besoins de déplacement. "Attention, je reste convaincu qu'ils doivent rester la colonne vertébrale de la mobilité urbaine de demain. Mais il faudrait tripler, voire quadrupler les moyens actuels, ce qui me semble peu réaliste", argumente Christian Lambert.

"Je pense que nous allons assister à un déplacement des moyens consacrés aux transports en commun vers les grands axes de déplacement des navetteurs. Ceux-là seront indéniablement renforcés, mais ce sera au détriment des dessertes plus locales. En clair, le bus qui me ramène dans mon quartier à 23h ne sera sans doute qu'un lointain souvenir dans quelques années."

La fin de la voiture individuelle ?

La voiture individuelle aurait-elle montré ses limites ? "L'engorgement que connaissent la plupart des villes, aggravé par la difficulté croissante de se garer, montre bien les limites de ce mode de déplacement, en tout cas en ville. Les constructeurs automobiles en sont d'ailleurs très conscients: ce n'est pas un hasard si l'actionnaire principal de DriveNow est BMW, et si d'autres constructeurs sont également actifs sur le marché."

L'idée est de passer de la possession d'une voiture à sa location instantanée en fonction des besoins

La mise à disposition de voitures à la demande est en effet, à l'heure actuelle une des formes les plus répandues de "product-as-a-service" à destination du grand public. "L'idée est de passer de la possession d'une voiture à sa location instantanée en fonction des besoins", explique notre interlocuteur. "L'option choisie par DriveNow est celle du ‘free-floating'. Les voitures ne sont pas rattachées à une station, mais simplement empruntées par les utilisateurs à l'endroit où elles se trouvent et déposées à leur lieu de destination, tant que celui-ci est à l'intérieur de la zone couverte par notre service. Le conducteur paie des minutes de conduite, et tout est compris dans le prix: assurance, carburant, parking... L'autre possibilité, qui est d'ailleurs exploitée par d'autres acteurs à Bruxelles, est basée sur un réseau de stations où l'automobiliste va retirer et rapporter sa voiture. Ces deux solutions sont complémentaires, et correspondent à des usages différents."

Eliminateur de voitures

DriveNow est actuellement présent dans 13 villes à travers 9 pays européens. "Jusqu'ici, chaque nouvelle implantation débouche sur un succès, même s'il faut parfois plus de temps que ce que nous imaginions au départ", précise Christian Lambert. "À Bruxelles, par exemple, nous pensions atteindre le seuil de rentabilité en trois ans, mais il faudra sans doute un peu plus de temps. La voiture de société, il faut bien le reconnaître, freine l'adoption du système par les Bruxellois. Dans les autres villes où nous sommes présents, on peut constater un vrai impact sur le nombre de voitures en circulation.

Une voiture en car-sharing permet de retirer entre 3 et 12 voitures individuelles de la circulation

Plusieurs études universitaires se sont penchées sur les effets du car-sharing, et montrent qu'une voiture en car-sharing permet de retirer entre 3 et 12 voitures individuelles de la circulation. Et ce sont des voitures plus anciennes remplacées par des véhicules plus économes, voire des voitures électriques. Le phénomène est à chaque fois identique: les résidents des villes se rendent compte que l'offre de voitures partagées est suffisante pour répondre à leur grande crainte, qui est de ne pouvoir disposer d'une voiture à tout moment.

Tous les acteurs fonctionnent différemment, mais chez DriveNow, par exemple, nous essayons de faire en sorte que chaque utilisateur puisse à tout moment trouver une voiture à moins de 500 mètres de l'endroit où il se trouve. À Bruxelles, cela veut dire au moins 5 voitures par kilomètre carré, soit 300 voitures actuellement. Nous avons plus de 25.000 membres à Bruxelles, et nous devons croitre jusqu'à au moins 60.000 utilisateurs réguliers."

Vers un avenir plus mobile

La mise à disposition d'une voiture en free-floating au travers d'une app, telle que proposée par DriveNow, ne constitue qu'une première étape dans les services construits autour de la mise à disposition d'une voiture. L'entreprise teste déjà une extension du service dans plusieurs villes de son réseau. "Pour l'instant, ce n'est qu'une option à Bruxelles, mais dans d'autres villes, nous demandons aux utilisateurs d'indiquer leur destination au moment où ils géolocalisent et réservent la voiture la plus proche. Notre logiciel peut alors prédire le moment où la voiture sera à nouveau disponible. Et la prochaine étape sera de prévenir l'utilisateur suivant de l'arrivée de la voiture près d'où il se trouve. Et ça évitera à celui qui l'utilise de chercher un endroit où se garer. Une économie d'argent pour les utilisateurs, et une diminution supplémentaire de la congestion urbaine."

Et dans un futur plus lointain ?

Christian Lambert s'enthousiasme aussi pour les progrès des voitures sans chauffeur. "Lorsque les voitures autonomes seront devenues courantes, des solutions comme DriveNow seront encore plus efficaces. La voiture viendra vous chercher, et on peut même imaginer des systèmes de carpooling avec des réductions pour les utilisateurs qui acceptent de partager leur trajet avec d'autres. Conjugués aux solutions de mobilité douce et à une refonte des transports en commun, des services de ce genre permettront de réduire sérieusement la congestion dans les grandes villes."

En savoir plus ?