Grandir

7 mars 2017

Une vie au-delà du crédit bancaire ?

Même si la banque reste l’interlocuteur privilégié du chef d’entreprise, le crédit bancaire n’est pas toujours la seule solution. Tout au long du cycle de vie de son entreprise, le dirigeant dispose en effet d’alternatives pour financer son activité.

À retenir
  • L’entreprise doit choisir son crédit en fonction de son cycle de vie et de son besoin de financement.
  • Même si le financement bancaire n’est pas encore possible, l’entrepreneur peut solliciter l’aide de son banquier.
  • Une stratégie efficace mènera souvent à une combinaison équilibrée de différentes sources de financement.

Qu’il s’agisse du démarrage d’un nouveau projet ou du déploiement d’une activité existante, une société ne peut pas avancer sans ressources financières. Même si le crédit bancaire demeure la porte d’entrée principale du financement, de nombreux dirigeants finissent par y renoncer après un refus. "Pourtant, un refus n’indique pas pour autant que le projet n’est pas économiquement viable", indique Sébastien de Launois, Customer Experience Business Lending ING Belgique. "Tout est une question d’adéquation entre le stade de vie du projet et l’instrument de financement sollicité."

À chaque étape, son financement

"L’entrepreneur ne doit pas baisser les bras", poursuit Sébastien de Launois, "car la banque a aussi un rôle d’orientation et de conseil à jouer pour l’aider à définir sa stratégie de financement, notamment grâce à des instruments de financement alternatifs". Cette stratégie doit, entre autres, s‘appuyer sur le cycle de vie de l’entreprise afin de déterminer le meilleur véhicule de financement à activer. Un investissement à long terme, par exemple, requiert un autre type d’apport qu’un problème ponctuel de trésorerie. De plus, un financement efficace associera souvent plusieurs sources de fonds, en misant sur leur complémentarité, ainsi que sur l’effet de levier généré par leur combinaison. "La banque a aussi un rôle d’orientation et de conseil à jouer pour aider l’entrepreneur à définir sa stratégie de financement"

Early stage

Les débuts de la vie de l’entreprise – de l’émergence d’une idée à sa concrétisation et à son développement commercial – exigent souvent des moyens conséquents, alors que l’activité génère peu ou pas de rentrées. "Dans ce contexte, l’accès au crédit bancaire n’est pas toujours une option, du moins sous forme isolée", note Sébastien de Launois. "Il peut, par contre, être activé dans un deuxième temps, en association avec une autre forme de financement." Le risque étant maximum à ce stade, l’entrepreneur devra généralement convaincre des investisseurs de miser sur son projet, afin de récolter le capital nécessaire au démarrage.

Family, friends & fools

Premier réflexe : puiser dans ses fonds personnels ou faire appel à ses proches, que ce soit sous forme de crédit ou d’augmentation de capital. Ce financement alternatif parfois baptisé "love money" ou "3F" comporte des aspects positifs : quasi instantané et avec peu ou pas de garanties. Ce capital représente à la fois un signal de crédibilité du projet et un levier pour l’obtention d’un financement complémentaire. Toutefois, cette forme de capitalisation demande, entre autres, d’accorder une attention particulière aux contours juridiques des modalités de mise à disposition des fonds.

Crowdfunding & crowdlending

Le financement participatif permet à l’entrepreneur de lancer un appel aux investisseurs via un site internet. "L’aide des contributeurs peut prendre la forme d’un don, avec une éventuelle compensation. On parle alors de reward crowdfunding, comme le propose KissKissBankBank", souligne Sébastien de Launois.

"Une structure telle que Seedrs pratique, quant à elle, de l’equity crowdfunding, puisque l’investisseur entre dans le capital de l’entreprise." Le crowdlending applique le même principe, mais pour un prêt. "Un excellent levier pour obtenir d’autres crédits", affirme Martin van Wunnik, gestionnaire indépendant de projets financiers. "Voilà pourquoi le crowdlending représente près de trois quarts du financement participatif." Cerise sur le gâteau, le dirigeant peut mettre son idée à l’épreuve en la confrontant au public.

Early growth, expand & scale-up

À ce stade, le produit est finalisé, les ventes deviennent plus régulières, mais le volume du chiffre d’affaires reste faible. C’est le début de la croissance. "La frontière entre les cycles de vie est parfois mince et le marqueur à suivre pour y voir clair, c’est le cash-flow", précise Sébastien de Launois.

Dès que les recettes sont récurrentes, la société peut apporter les preuves de sa viabilité et de son potentiel de croissance. "Mais ces revenus réguliers sont encore faibles, et il est parfois trop tôt pour faire appel au crédit bancaire." Une société en mutation (lancement d’un nouveau produit, ouverture à l’international) peut également se heurter aux mêmes difficultés de financement. Dans ces cas, le dirigeant peut s’adresser à des investisseurs externes.

Les fonds de private equity

Leur but ? Investir dans le capital d’entreprises non cotées. Compte tenu des risques encourus, cette formule s’avèrera plus coûteuse qu’un crédit bancaire. Il existe des sociétés publiques d’investissement qui jouent un rôle identique (voir encadré ci-dessous).

On entend aussi souvent parler des business angels. Ces entrepreneurs qui disposent des moyens nécessaires offrent, outre les fonds, un accompagnement personnalisé ainsi qu’un carnet d’adresses souvent très utile. L’intérêt des business angels est d’arriver suffisamment tôt pour financer une forte croissance et produire ainsi un effet de levier sur la participation au capital. "Leur capacité à prendre des risques est plus élevée que celle d’une banque", affirme Sébastien de Launois, "mais avec un coût plus important". Les success stories fracassantes de start-up soutenues par un business angel ne doivent pas faire oublier le revers de la médaille, comme le rappelle Martin van Wunnik : "Le taux de réussite des PME financées par un business angel reste très faible. De plus, même pour un projet bien ficelé, les négociations prennent en général au minimum entre six et huit mois".

Des aides publiques à tous les stades de vie de l’entreprise

Cofinancement

La banque et l’autorité publique peuvent s’associer pour cofinancer l’entreprise. Ce partage des risques permet à l’entrepreneur d’obtenir un crédit bancaire grâce au complément du financement public. En Europe, c’est la Banque Européenne d’Investissements (BEI) qui octroie des prêts aux sociétés qui soutiennent la croissance durable et l’emploi. En Belgique, chaque niveau de pouvoir possède un acteur semblable : à Bruxelles, la Société Régionale d’Investissement de Bruxelles (SRIB), en Wallonie, la Sowalfin et la Société Régionale d’Investissement de Wallonie (SRIW), et en Flandre, la Participatiemaatschappij Vlaanderen (PMV).

Garanties

Lorsqu’un entrepreneur n’offre pas les garanties nécessaires, une autorité publique peut se porter caution et couvrir tout ou partie du risque encouru par la banque. En cas de défaut de paiement, c’est donc l’organisme d’État qui devra rembourser l’argent prêté. Ce mécanisme est présent tant au niveau européen (via le Fonds Européen d’Investissement (FEI) ou la BEI) que fédéral (via le Ducroire) ou régional (via le Fonds Bruxellois de Garantie à Bruxelles, la Sowalfin ou la Socamut en Région wallonne et le PMV au nord du pays).

Subsides et primes

Ces outils sont fondamentalement différents, car l’entrepreneur devra dans certains cas avancer les fonds avant de pouvoir bénéficier du soutien public. Vu la complexité et la diversité de l’offre, le dirigeant a tout intérêt à se faire conseiller. Dans les trois Régions, des organismes aident les chefs d’entreprise à y voir plus clair : le 1819 d’Impulse.brussels, MIDAS, le répertoire wallon des aides publiques ainsi que l’Agentschap Innoveren en Ondernemen en Flandre.

Croissance soutenue et maturité

Lorsque l’entreprise atteint cette phase, elle dispose d’une masse critique de clients suffisante et d’un cash-flow conséquent, qui offrent assez de garanties sur sa capacité de remboursement. La banque est alors en mesure de jouer pleinement son rôle. "L’avantage du financement bancaire sera sans aucun doute son coût plus faible", précise Sébastien de Launois. "Par contre, les banques, vu qu’elles doivent notamment garantir les dépôts de leurs clients et répondre à un certain nombre de règles, ont une plus grande aversion pour le risque."

Lorsque le projet est risqué, que l’entrepreneur n’est pas en mesure de fournir de garanties, ou que le montant demandé est trop élevé, les aides publiques peuvent alors s’avérer une solution (voir encadré ci-dessus). Même si cela complexifie le dossier, leur intervention permet de répartir les risques sur plusieurs acteurs, et de faciliter ainsi l’obtention du crédit bancaire.

En savoir plus ?

ING a développé une structure dédiée aux start-up et aux sociétés innovantes, Smart Lending & Innovation Bankers, afin de les accompagner dans leurs réflexions sur le financement de leurs projets et de répondre à leurs besoins financiers spécifiques. Cette approche implique, entre autres, la spécialisation d’une série de Business Bankers et la mise à disposition d’un budget destiné exclusivement à l’octroi de crédits aux start-up.

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