Innovation

2 février 2018

Le rôle de l'architecte dans l'hôpital du futur

Comment un architecte contribue-t-il à l'hôpital du futur ? Il est évident qu'un projet ne se dessine pas en un jour. Comment se façonne un tel complexe et comment les architectes d'aujourd'hui répondent-ils aux besoins de demain ? Els Kuypers d'OSAR architectes apporte un éclaircissement.

Remarquez-vous une évolution dans la conception des hôpitaux ?
Les bâtiments doivent donc être transformables en permanence

“Le plus grand défi, c'est la transformation que connaissent aujourd'hui les hôpitaux. Ce que nous dessinons aujourd'hui sera réceptionné au plus tôt dans 10 ans. La seule certitude que nous avons, c'est que les bâtiments doivent pouvoir répondre, de manière flexible, aux changements des processus de soins. Ce qui fonctionne bien aujourd'hui, fonctionnera différemment demain. Les bâtiments doivent donc être transformables en permanence. Ceci est en contradiction flagrante avec les hôpitaux actuels et désuets composés de bâtiments principaux, bâtiments annexes et labyrinthes y afférents."

Moins de lits et des processus de soins qui changent
De quels changements tenez-vous compte ?

Il y a actuellement en Belgique plus de lits par hôpital que chez nos pays voisins. Cela va diminuer dans le futur. Nous nous attendons ces prochaines années à une diminution du nombre de lits. Un facteur qui est très déterminant pour la conception d'aujourd'hui.”

“Un autre élément incertain, c'est le financement. Tant que le plan stratégique des soins n'est pas définitif, nous ne disposons d'aucun cadre pour le financement. Une chose est toutefois sûre. Dans le futur, les hôpitaux collaboreront entre eux dans le cadre d'accords de partenariat. Ce que cela va impliquer en matière d'infrastructure reste encore une énigme.”

“Nous observons par ailleurs que les petits séjours et les hospitalisations d'un jour continuent d'augmenter. Les trajets courts gagnent en importance. Il faut prévoir de la place car ces trajets courts demandent des processus de soins optimalisés. La numérisation y apporte une belle réponse. Supposons que vous deviez subir une intervention de jour. Aujourd'hui, vous entrez à l'hôpital le matin, on vous attribue un lit et vous attendez votre traitement. Il y a donc une marge d’amélioration. Nous constatons ci et là des adaptations dans l'approche. Vous n'arrivez à l'hôpital que lorsque c'est votre tour, vous signalez votre présence par voie numérique et vous vous rendez directement vers le lieu de traitement."

“Enfin, nous remarquons un déplacement vers les processus clés. Les activités annexes telles que catering et autres processus logistiques sont le plus possible automatisées, ce qui laisse davantage de place à l'essentiel : prodiguer les soins."

Répondre aux changements des processus de soins
Comment vous attaquez-vous à tous ces défis ?

“Tout d'abord, en collaborant avec un certain nombre de partenaires, tels que des ingénieurs et des experts en transport automatisé, processus learn et durabilité. Durant une phase de conception, nous réunissons un comité d'experts pour apporter des connaissances spécifiques. Il est, par exemple, possible qu'un hôpital n'instaure pas encore aujourd'hui un système de transport automatisé mais que cela sera le cas dans le futur. La tâche de l'équipe de conception consiste à prévoir suffisamment de marge à cette fin pour que le bâtiment n'hypothèque pas les évolutions futures. Voilà pourquoi au lieu de dessiner des plans définitifs, nous concevons divers scénarios sur le même plan."

Nous considérons l'hôpital comme un ensemble de différents éléments balisés qui se rencontrent à certains endroits

“Deuxièmement, il est d'une importance capitale qu'un bâtiment soit ouvert et accessible. Il doit vous guider. Une structure logique est dès lors essentielle. Nous prévoyons une marge suffisante pour les lits. Entre-temps, nous intégrons des polycliniques. Nous percevons souvent les départements polycliniques et services comme des vases communicants. Les polycliniques occupent de plus en plus de superficie tandis que les lits vont voir leur nombre diminuer ou être remplacés par des fauteuils. Voilà pourquoi nous estimons toujours avantageux de prévoir une infrastructure uniforme, commune pouvant héberger diverses activités. Cela ne veut toutefois pas dire que les polycliniques ne forment pas un ensemble clair. Il y a bel et bien une distinction entre une consultation et une hospitalisation. Nous considérons l'hôpital comme un ensemble de différents éléments balisés qui se rencontrent à certains endroits. Cette approche stratégique nous laisse une marge pour répondre aux changements des processus de soins."

Un concept tenace

“De nombreuses parties sont impliquées dans la conception d'un hôpital. Il est pour nous essentiel de connaître les points de vue de toutes les parties et de les concilier. Un hôpital, c'est pour tout le monde. Les médecins, la direction, les pouvoirs publics, les partenaires internes et les partenaires externes comme les pompiers et les utilisateurs. Nous sommes le pivot du projet. Nous intervenons et questionnons lorsque c'est nécessaire. C'est la seule manière pour nous de bien évaluer quels sont les trajets et problématiques. Forts de ces infos, nous testons l'impact d'un projet.”

“L'ensemble du projet repose sur le concept clé. Dix ans, c'est long et des changements de direction surviennent souvent sur une telle période. Il va de soi que les projets sont rediscutés à ce moment-là. Le concept doit donc être convaincant. Une seule question nous tient en haleine durant toute la phase de recherche : comment faire en sorte que les différentes disciplines puissent à la fois bien collaborer les unes avec les autres et se renforcer mutuellement ?"

“Si toutes les parties sont sur la même longueur d'ondes et que le concept est ferme et définitif, nous avons une base solide pour le reste du projet.”

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