Innovation

27 mars 2018

Dans quelle mesure vos soins de santé sont-ils (financièrement) accessibles ?

Les hôpitaux passent de plus en plus d'accords de partenariat. Le concept de réseau constitue une partie non négligeable des plans de réforme de Maggie De Block, la ministre de la Santé publique. Quel impact ces réseaux ont-ils sur l'accessibilité (financière) des soins ?

La plate-forme flamande de patients reste très ouverte au concept des accords de partenariat. Ilse Weeghmans : "L'enquête menée auprès des patients a révélé que ceux-ci sont tout à fait disposés, par exemple, à parcourir une plus longue distance pour accéder à certaines spécialisations. Les accords de partenariat n'offrent donc que des avantages pour le patient."

Clarté des prix

La plate-forme insiste fortement sur un contenu des soins de santé de qualité en ne cherchant pas à faire des économies, et surtout sur des constructions et des tarifs clairs au sein de ces réseaux. "Nous ne voulons pas que cela entraîne des coûts imprévus. Il faut de la clarté, tant au niveau du prix des chambres que des suppléments." Les frais de transport préoccupent particulièrement la plate-forme de patients. "Le transport sanitaire non urgent est payé par l'assurance complémentaire de la mutuelle. Mais qui paie le transport si les coûts ne sont pas couverts par l'assurance complémentaire de la mutuelle ? Si, par exemple, lors d'une consultation dans un hôpital de base vous êtes aiguillé vers un hôpital spécialisé pour une opération, avant de retourner vers un hôpital général. Autant de questions sur lesquelles il faut apporter de la clarté et établir des accords", indique Ilse Weeghmans de la plate-forme flamande de patients.

Réforme du financement des hôpitaux

Les récents résultats du treizième baromètre de la Mutualité chrétienne (MC) révèlent que la crainte liée à l'accessibilité financière est justifiée. On peut y lire qu'une intervention chirurgicale en hôpital de jour, dans lequel vous optez pour une chambre individuelle, entraîne en moyenne un supplément d'honoraires de 693 euros. C'est 10 % de plus que l'an dernier. Ainsi, la différence de prix entre une admission en chambre individuelle et une admission en chambre double ou commune ne cesse d'augmenter. "Cela signifie que pour des soins identiques, vous payez des prix différents", indique Luc Van Gorp, Président de la MC. "Et cela, nous ne pouvons plus le justifier", indique le Président de la MC. "Selon nous, le fait que des patients doivent choisir entre une chambre individuelle et une chambre double ou commune appartient au passé. Nous ne voulons pas de soins de santé à deux vitesses, où les chambres individuelles ne sont accessibles qu'aux personnes qui en ont les moyens."

Pour l'association des médecins généralistes Domus Medica, l'histoire des suppléments connaît également ses dernières heures. "Les différences de prix en matière des soins de santé reposant exclusivement sur le type de chambre ne sont socialement plus acceptées. Il est logique de payer un supplément pour bénéficier d'un plus grand confort, mais les tarifs pour les soins doivent rester identiques. Il va de soi que la suppression des suppléments du jour au lendemain n'est pas possible. Cela causerait des problèmes aux hôpitaux. Le système de financement a besoin d'une profonde réforme. La suppression des suppléments d'honoraires doit être un objectif sur le long terme", déclare Roel Van Giel, Président de l'association des médecins généralistes Domus Medica.

"Les suppléments compensent le sous-financement des hôpitaux. Les supprimer requiert donc une profonde réforme du financement des hôpitaux et de la nomenclature afin que la perte de revenus puisse être composée d'une autre manière", poursuit Roel Van Giel. Pour ce faire, la ministre de la Santé publique Maggie De Block entreprend désormais les premières démarches. "Au final, nous devons évoluer vers un financement des hôpitaux qui couvre les coûts. De cette manière, on mettra fin aux versements d'honoraires dont les médecins doivent s'acquitter auprès des hôpitaux afin que ces derniers puissent rester financièrement à flot. En ce qui concerne la réforme de la nomenclature, notre proposition est très claire : un système de financement mixte prônant le principe du 60-30-10 (60 % de financement forfaitaire, 30 % par prestation et 10 % sur la qualité)."

Des mesures existent déjà

"Une suppression des suppléments d'honoraires n'est donc pas pour tout de suite, mais des démarches peuvent déjà être entreprises pour garantir l'accessibilité financière des soins de santé", peut-on entendre à la MC. On estime que tous les patients doivent recevoir au préalable une estimation des coûts afin d'éviter les surprises. Bien que les prestataires de soins s'y soient déjà engagés, c'est encore loin d'être toujours le cas. "Le montant total fixe pour les soins à basse variabilité comme les appendicectomies ou les prothèses de genoux constitue déjà un pas dans la bonne direction. Cette mesure entrera en vigueur au mois de septembre 2018", indique Luc Van Gorp. "Les honoraires n'y sont toutefois pas mentionnés. C'est pourquoi nous demandons un gel des honoraires. Dans un même temps, il faudrait une interdiction des suppléments d'honoraires dans le cas de prestations techniques telles que l'imagerie médicale ou la biologie clinique", préconise le Président de la MC.

Les médecins demandent des réseaux logiques

Malgré les potentiels écueils et inconvénients en matière d'accessibilité financière, les accords de partenariat présentent également des avantages. Domus Medica considère ainsi les accords de partenariat comme une évolution positive. "Concentrer les soins de cette manière est bénéfique pour les soins de santé", indique Roel van Giel. "À la condition toutefois que les réseaux soient établis de manière logique sur le plan géographique. Afin que les soins de première ligne proches du patient restent la norme. Il importe également que les réseaux hospitaliers coïncident avec les zones de première ligne (ZPL). C'est pourquoi les représentants des ZPL doivent faire partie du conseil d'administration du réseau hospitalier et inversement."

"Une étude révèle que les patients sont prêts à parcourir davantage de kilomètres pour bénéficier de soins spécialisés. Nous devons toutefois éviter les mauvaises constructions, car nous créerions des réseaux de concurrence en lieu et place de réseaux hospitaliers. Je suis d'ailleurs convaincu que les réseaux contre nature échouent, car le patient (et son médecin généraliste) doivent rouler parfois pendant des heures alors que le même traitement peut très bien se faire dans un hôpital voisin (mais faisant partie d'un autre réseau). Heureusement, il s'agit là de l'exception", indique le Président de Domus Medica.

À proximité pour les soins de base

"Nous avons cartographié le flux de patients naturel. Nous savons donc où un patient d'une certaine région préfère se rendre. Ces données doivent servir de base au développement des réseaux. Pour les patients et les médecins généralistes, le choix d'un réseau ne devrait pas poser de problème, car le réseau devrait être organisé de manière à ce que les soins suivent le patient. À proximité pour les soins de base, concentrés pour les soins plus spécialisés, mais toujours au sein de la région."

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