Innovation

23 novembre 2017

Des soins en dehors des murs de l’hôpital

L’évolution numérique touche désormais le secteur des soins de santé. Mais dans la pratique, comment se conçoit cette évolution ? Et certaines personnes ne resteront-elles pas sur la touche ? Elena Bonfiglioli, Senior Managing Director Healthcare chez Microsoft, explique les possibilités et les menaces de la numérisation du secteur.

À quoi ressembleront les soins de santé du futur ?

« Le système actuel s'appuie davantage sur les soins aux personnes malades. L'accent est mis sur la guérison, tandis que l’hôpital du futur se concentrera sur la prévention. Le prestataire de soins ne doit pas voir le citoyen comme un patient, mais comme un client. Dans le futur, les soins de santé mettront l’accent sur des prestations de services qui empêcheront les citoyens de devenir des patients. »

« L’orientation client est donc essentielle. Comment pouvons-nous éviter que les gens tombent malades et comment pouvons-nous fournir un travail sur mesure ? La numérisation propose une réponse à ces questions. Un point important dans ce cadre consiste à déplacer les soins des murs de l’hôpital vers l’extérieur. Les possibilités en la matière sont légion. »

Que pouvons-nous imaginer à cet
égard ?

« Supposons que vous souffrez d'une BPCO, une maladie pulmonaire chronique. Que se passerait-il s’il existait une app qui contrôlait votre état et envoyait toutes les informations à votre médecin en cas d'anomalie ? Vous ne devriez ainsi plus vous rendre aux urgences pour n'importe quel problème. En Norvège, un projet pilote de contrôle à domicile des patients souffrant de BPCO est en cours et a déjà entraîné une diminution de pas moins de 30 % des hospitalisations. Vous diminuez les coûts et réduisez le stress chez les patients. »

« Les évolutions technologiques de ce genre offrent aussi une réponse au phénomène selon lequel les patients se rendent trop vite ou inutilement aux urgences, ce qui engendre souvent de longues heures d'attente. Le service de santé publique portugais a d'ailleurs répondu à ce problème avec une app qui vous permet de suivre les temps d'attente en ligne. Il y a une myriade de services de soins de santé en ligne à imaginer, qui feraient le lien entre la salle d'attente et le salon. »

Quelles sont les faiblesses ?

« La recherche de l’équilibre entre les développements technologiques qui améliorent la sécurité et la santé, d'une part, et le respect de la vie privée, d'autre part. Et la technologie doit bien évidemment être facile à utiliser. Le plus grand hôpital d’Europe, Huss à Helsinki, est un pionnier en la matière. Ils ont créé une version numérique de leur hôpital physique. La plateforme en ligne dispose de hubs par service pour communiquer avec les patients. L’accompagnement en ligne comprend un « symptom navigator », des consultations virtuelles et des rendez-vous de suivi. C’est une énorme amélioration dans le domaine du service aux personnes âgées et aux patients à mobilité réduite. »

« Les hubs travaillent aussi avec des chatbots – des agents conversationnels – qui donnent des conseils aux patients lors d'un pre-screening. Ce screening sert de base pour un entretien par Skype avec une infirmière qui détermine si une consultation réelle est nécessaire. La numérisation offre aussi des possibilités pour les médecins en formation. Ainsi, à l’aide d’une hololens, nous pouvons permettre à des médecins en formation du monde entier d'assister à une procédure complexe. Tout devient beaucoup plus accessible, ce qui ne fait que favoriser le partage des connaissances. »

N'y a-t-il pas un risque que ces chatbots ne s'aperçoivent pas de certains problèmes bien particuliers ?

« Non, car tout est enregistré et un tel screening se déroule de manière beaucoup plus précise. Ensuite, un chatbot fonctionne en utilisant une check-list créée par des personnes physiques. Enfin, cette procédure ne sera appliquée que lors de visites de routine ou de check-up, pas pour des hospitalisations urgentes. »

Le but n’est pas de remplacer les médecins, mais de proposer un service supplémentaire qui autonomise les patients

« Il s'agit de soins personnalisés assistés par la technologie : ce n’est pas du tout la même chose que de taper ses symptômes dans Google. Le but n’est pas de remplacer les médecins, mais de proposer un service supplémentaire qui autonomise les patients, qui peut sauver des vies et proposer une meilleure expérience. Des lunettes qui ont été développées pour des personnes souffrant d’un handicap visuel en est un bel exemple. À l'aide d’une caméra, les lunettes enregistrent ce qui se passe dans les alentours et le raconte à la personne en question. Ces lunettes améliorent sensiblement la qualité de vie de ces patients. Dans le meilleur des cas, ce type de technologie sera accessible et abordable pour tous. »

En parlant d'abordabilité, ces technologies coûtent énormément d’argent, tandis que le secteur de la santé doit sans cesse faire des économies. Quelle solution
voyez-vous ?

« Il y a des leaders et des suiveurs dans chaque évolution. Il est clair que tous les hôpitaux ne sont pas en mesure de faire de tels investissements tout de suite. Mais c’est bien le rôle des leaders que de montrer l’impact que la numérisation peut avoir. En partageant des exemples de réussite et en mettant l’accent sur le retour sur investissement, nous pouvons peu à peu convaincre davantage de personnes de croire à l'innovation numérique et d'investir dans celle-ci. »

« Le plus gros défi sera de familiariser les personnes avec ces innovations. C’est notre responsabilité de développeurs de démontrer que les technologies sont fiables. La question n’est plus pourquoi, mais comment et quand. Nous sommes aujourd'hui à l’aube d’une évolution qui ne fera que s'accélérer ces prochaines années. »

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