Innovation

29 octobre 2020

La transformation de pommes de terre en temps de Covid

Certains acteurs de l’agroalimentaire ont saisi l’opportunité de gagner des parts de marché, d’autres ont lutté contre les nouvelles contraintes opérationnelles.

Agristo

Business Impulse est allé pour vous à la rencontre d’entrepreneurs du secteur. À l’affiche cette semaine : Hannelore Raes, CEO d’Agristo.


Hannelore Raes, la dynamique CEO d’Agristo nous accorde une interview à distance, précaution oblige. Agristo est un leader de la transformation de la pomme de terre. L’entreprise en traite 800.000 tonnes par an dans ses quatre centres de production et en exporte 98 % dans le monde entier.

Effet hamster profitable à court terme

« Agristo livre aussi bien aux magasins qu’aux services à la restauration. Nous sommes très dépendants de la demande. Lorsque le confinement a commencé, l’effet hamster a amené les consommateurs à stocker des provisions. Le surplus de demande dans les magasins a donc d’abord compensé, en partie, l’arrêt brutal de l’activité de restauration. Par la suite, la demande a baissé de 30 %, ce qui nous a amenés à ralentir notre production. »

Comment Agristo s’est-elle adaptée aux mesures sanitaires ?

« Assez facilement. Notre entreprise est largement automatisée. Le personnel assure des tâches de contrôle pendant tout le processus de production. Il n’y a vraiment que dans l’emballage que la densité de personnel est plus forte, et que nous avons dû prendre les mesures requises. »

Lorsque nous avions rencontré Hannelore Raes pour « Demain au menu », nous avions déjà pu constater l’avance technologique de l’entreprise : l’ensemble des processus sont digitalisés et automatisés.

« L’automatisation a été un élément déterminant dans notre lutte contre le Covid-19 »

Que faire du stock accumulé ?

« L’approvisionnement n’a pas été un problème. Les pommes de terres sont récoltées entre fin août et fin octobre. Elles sont ensuite stockées et nous travaillons toute l’année avec ces récoltes. Bien entendu, la baisse de la demande a induit une baisse des prix. Nous veillons à garantir une certaine stabilité aux agriculteurs, mais une partie de la production est soumise à la fluctuation des prix. Les revenus de certains agriculteurs en ont donc subi les conséquences. »

« Nous avons respecté les contrats passés avec les agriculteurs pour assurer la durabilité de nos relations. En fin de saison - fin juin, début juillet - le stock de pommes de terre était trop important. Nous les avons transformées en nourriture pour bétail. »

« Nous avons respecté les contrats passés avec les agriculteurs pour assurer la durabilité de nos relations. » - Hannelore Raes, CEO d'Agristo (à droite). À gauche : CIO Martijn Mennen

« Nous avons respecté les contrats passés avec les agriculteurs pour assurer la durabilité de nos relations. » - Hannelore Raes, CEO d'Agristo (à droite). À gauche : CIO Martijn Mennen

Exportations et confinement

« Nous exportons 98 % de notre production. 60% en Europe, où elle est plutôt commercialisée dans le retail. 40 % dans le reste du monde, où les frites en particulier sont consommées dans l’horeca. Nous avons de toute évidence ressenti les effets du confinement sur la demande provenant du secteur de la restauration. Nous restons actuellement à 15-20% en-dessous de la normale. »

Quel impact sur les efforts de durabilité ?

Agristo est une entreprise qui a mis la durabilité au centre de ses processus de production, nous l’avons vu dans « Demain au Menu ». La crise du Covid a-t-elle changé la donne ?

« La durabilité reste inscrite dans la philosophie d’Agristo. Tous nos investissements doivent avoir une composante durable. Si nous décidons d’en postposer un, c’est parce qu’il n’est pas opportun à un moment donné, qu’il soit durable ou non. »

Des aides du gouvernement

En terminant notre conversation, Hannelore Raes nous entretient des efforts fournis par le gouvernement pour soutenir les entreprises pendant la crise.

« Notre secteur, et Agristo en particulier, n’est certainement pas en première ligne des aides fournies par le gouvernement. Cependant, pour maintenir l’ensemble de la filière, certains agriculteurs ont besoin de l’aide de l’Etat. C’est délicat, parce qu’il ne faut pas introduire de distorsion de concurrence, mais c’est vraiment nécessaire pour leur survie. »

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