Innovation

26 juin 2020

Du neuf pour le biométhane belge

Un avenir prometteur pour le gaz vert : les deux usines de biométhane de Bio Blue sont installées à Ypres et Gand. « Mais tant que l’énergie verte sera plus chère que l’énergie fossile, il ne pourra être question de réelle transition énergétique. »

La part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique doit augmenter. L’équipe de Bio Blue, sous la direction de Bart De Lathauwer, a dressé un bilan global du secteur énergétique et en a tiré des conclusions alarmantes. « En Belgique, nous consommons chaque année à nous seuls 600 térawattheures d’énergie primaire, dont environ 185 TWh d’électricité. Pour l’instant, moins de 20 TWh sont issus d’énergies renouvelables.

Nous ne sommes donc pas le meilleur élève de la classe. En Suède par exemple, plus de la moitié de l’énergie provient déjà de sources renouvelables. Nous pourrions réduire ces 600 TWh en adoptant un mode de vie plus écologique et en isolant mieux nos maisons, mais nous devons de toute façon nous focaliser davantage sur les sources d’énergie renouvelable.

Des panneaux solaires dans le désert

Le biométhane est l’une des pièces du puzzle, affirme Bart De Lathauwer. « Si nous équipons les 2,5 millions de toitures disponibles sur les maisons et bâtiments industriels, elles produiront quelque 20 TWh d’électricité chaque année. Si l’on augmente le nombre actuel d’éoliennes de 450 à 2 000, on gagne 10 TWh supplémentaires par an. En mer, on pourrait atteindre, moyennant de sérieux investissements, une production annuelle de 40 à 50 TWh. Mais tout cela ne suffirait jamais à couvrir l’intégralité des besoins en énergie. »

« Le biogaz issu de la production locale sera toujours meilleur marché »

« Transporter l’énergie verte produite à l’étranger est une solution. Selon une étude conduite par Ad van Wijk, expert en systèmes d’énergie du futur et Chargé de cours à la Technische Universiteit de Delft, l’installation de panneaux solaires sur des milliers de kilomètres carrés de déserts de sable est parfaitement réalisable sur le plan technique, tout comme l’installation d’éoliennes dans nos océans. L’électricité produite pourrait être acheminée jusqu’en Europe au moyen de conducteurs d’énergie tels que l’hydrogène ou l’ammoniaque.

Je pense que c’est la manière dont nous procéderons d’ici quelques dizaines d’années. Mais le biogaz issu de la production locale sera toujours meilleur marché. Voilà pourquoi la Flandre doit impérativement miser sur le gaz vert et les écocombustibles. »

« Les centrales de biogaz offrent davantage de stabilité que les installations solaires et éoliennes, qui ne peuvent pas produire de l’électricité en continu. Bart De Lathauwer - Bio Blue (à gauche). À droite : Koen Tahon - ING. »

« Les centrales de biogaz offrent davantage de stabilité que les installations solaires et éoliennes, qui ne peuvent pas produire de l’électricité en continu. Bart De Lathauwer - Bio Blue (à gauche). À droite : Koen Tahon - ING. »

Du biométhane produit d’ici à la fin de l’année

Les sites Bio Blue d’Ypres et de Gand accueilleront deux installations de méthanisation flambant neuves. L’infrastructure d’Ypres dispose d’une capacité d’environ 25 mégawatts. Elle méthanisera des déchets bio-organiques et convertira ensuite le biogaz généré en biométhane. La capacité est cinq fois supérieure à celle de l’installation de méthanisation actuelle. Koen Tahon, Relationship Manager chez ING : « Bio Blue adopte une approche circulaire : l’entreprise transforme des déchets difficilement valorisables de l’industrie agroalimentaire en biométhane. »

« Nous avons recours à des technologies innovantes tant pour le prétraitement des flux résiduels que pour le post-traitement du digestat (biomasse méthanisée, N.D.L.R.). De plus, deux tiers du biogaz sont épurés en biométhane (par élimination du dioxyde de carbone et d’autres impuretés, N.D.L.R.), qui peut directement être injecté dans le réseau de gaz naturel.

Un tiers du biogaz est converti par cogénération en électricité et chaleur, pour notre propre consommation. Nous comptons lancer la production de biogaz en juillet et être prêts pour le biométhane d’ici fin 2020. »

« Notre ambition est de maximiser à la fois la production d’énergie renouvelable issue des déchets de biomasse et le recyclage des nutriments »

En produisant du biométhane, l’entreprise boucle la boucle, tant au niveau de l’énergie que des nutriments. « Nous misons sur un système entièrement circulaire. Notre ambition est de maximiser à la fois la production d’énergie renouvelable issue des déchets de biomasse et le recyclage des nutriments. Nous récupérons l’azote, le phosphore et le potassium des flux de déchets organiques dans le digestat, de façon à pouvoir les transformer en engrais organique. »

Un mécanisme de soutien uniforme

Le lancement de Bio Blue Gand, sur le Kluizendok du port de Gand, suivra d’ici trois ans. Bart De Lathauwer espère dans l’intervalle assister à l’élaboration d’un mécanisme de subventions européen uniforme pour les installations de (bio)méthanisation.

« Pour l’instant, les aides diffèrent dans chaque pays européen. Dans notre pays, les subventions sont par exemple accordées pour dix ou quinze ans (via des certificats verts et de cogénération) et sont ensuite entièrement supprimées. »

« Le manque d’uniformité génère une concurrence déloyale parce que la loi du marché fait aboutir automatiquement la biomasse dans les pays où les subventions sont les plus élevées. Si les mécanismes étaient identiques partout, le jeu serait loyal et équitable. »

Réduction des taxes sur l'énergie verte

Bart De Lathauwer évoque également la possibilité de rendre l’ajout de biométhane obligatoire. « Les producteurs de carburants sont d’ores et déjà contraints d’ajouter un certain pourcentage de biodiesel ou de bioéthanol dans leur diesel ou leur essence. Cela a donné un énorme coup de pouce aux producteurs de biocarburants. Je préconise d’appliquer le même régime au gaz naturel. »

De Lathauwer déplore également le système de tarification. « Pour l’instant, le prix de l’énergie verte dépasse celui de l’énergie issue de combustibles fossiles et de l’énergie nucléaire. Le consommateur paie aussi des frais de transport et de distribution ainsi que des taxes. »

« Or, on pourrait supprimer ce surcoût. En réduisant les taxes sur l’énergie verte ou en les appliquant aux énergies fossiles et à l'énergie nucléaire, le prix payé par le consommateur se rapprocherait de celui des solutions fossiles ou non durables. »

« Les centrales de biogaz offrent davantage de stabilité que les installations solaires et éoliennes, qui ne peuvent pas produire de l’électricité en continu »

Bart De Lathauwer est convaincu que les centrales de biogaz et biométhane peuvent contribuer fortement à la stabilisation du futur réseau d’électricité. « En Belgique, nous ne pourrons jamais miser sur les centrales hydrauliques car notre topographie ne s’y prête pas. Les centrales de biogaz offrent davantage de stabilité que les installations solaires et éoliennes, qui ne peuvent pas produire de l’électricité en continu. Un cadre législatif adapté, au niveau européen et régional, serait donc un must. »

400 millions d’euros pour des projets durables

Le projet Bio Blue a bénéficié du soutien financier d’lNG dans le cadre de son programme Sustainability. ING a signé une convention de financement de 200 millions d'euros avec la Banque européenne d'investissement, permettant aux entreprises de bénéficier d'un taux d'intérêt réduit pour leurs investissements durables. ING a doublé ce montant, ce qui lui permet de soutenir des investissements durables d'une valeur de 400 millions d'euros.

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Cet article est également paru sur la plateforme média Susanova, dédiée à l’entrepreneuriat responsable et à l’innovation durable en Flandre.