Innovation

2 Août 2018

Le bitcoin : monnaie (r)évolutionnaire ?

Yoeri Paesschesoone

Directeur Business Center Bruges ING Belgique

La seconde édition du salon Exportbeurs organisé par Flanders Investment & Trade a accueilli une présentation info-divertissante sur le bitcoin et la technologie blockchain. Yoeri Paesschesoone, Directeur Business Center Bruges d’ING Belgique et fervent partisan de la blockchain, a emmené les participants à la découverte des possibilités et des défis que représentent les cryptomonnaies et leur technologie sous-jacente.

"Andreas Antonopoulos, l’un des pionniers du bitcoin, a animé en 2013 une conférence sur la blockchain et le bitcoin à laquelle seules trois personnes ont assisté."

« Je parle évidemment pour moi », a entamé Yoeri Paesschesoone. « Pour moi, la blockchain et le bitcoin sont un hobby, une passion. Je comprends que pour un banquier, on puisse trouver cela étrange, au vu de l’impact destructeur que pourrait avoir cette technologie sur le secteur bancaire. » Pour illustrer l’ascension fulgurante de la popularité du bitcoin, il a présenté une photo d’Andreas Antonopoulos, l’un des pionniers du bitcoin, animant en 2013 une conférence sur la blockchain et le bitcoin à laquelle seules trois personnes ont assisté. « J’ai moi-même plus de succès aujourd’hui », a commenté Y. Paesschesoone en considérant son public composé d’une quarantaine de participants – dont certains n’ont pu trouver de place assise.

La révolution exponentielle de la blockchain

« Qui parmi vous connait le mot Eisenbahnscheinbewegung ? », a demandé l’orateur. « Il s’agit du terme allemand utilisé pour décrire ce faux sentiment de mouvement que vous éprouvez lorsque vous vous trouvez dans un train à l’arrêt et que le train d’à côté démarre. » De nos jours, beaucoup d’entreprises sont victimes de ce sentiment. Elles pensent évoluer dans la bonne direction, mais, en réalité, elles font du sur-place.

Yoeri Paesschesoone a utilisé cette métaphore pour expliquer que parfois, de nouvelles technologies ou tendances économiques peuvent évoluer de manière exponentielle et révolutionner l’avenir du monde et des entreprises. La blockchain fait partie de ces nouvelles technologies.

Le jour d’après

L’entrepreneur, conseiller et auteur Peter Hinssen a développé un modèle simple selon lequel les entreprises devraient se concentrer à 70 % sur le présent, à 20 % sur le lendemain, et à 10 % sur un avenir plus lointain (le jour d’après, comme le suggère le titre de son livre : The Day after Tomorrow). Dans la pratique, ces pourcentages sont respectivement de 93 %, 7 % et 0 %. Les entreprises se privent ainsi d’opportunités, car la valeur à long terme d’une société réside précisément dans ce jour d’après. Il est donc primordial de se tourner davantage vers le futur et de réfléchir à ce qu’il pourrait se passer au cours des cinq à dix années à venir. 

La relation entre le bitcoin et la blockchain
"Il faut voir le bitcoin comme la pointe de l’iceberg, et la blockchain comme la partie immergée."

Lorsqu’on leur demande ce qu’est le bitcoin, la plupart des gens répondent qu’il s’agit d’une monnaie virtuelle, mais ne savent rien dire de plus. Pour comprendre réellement ce qu’est le bitcoin, il faut d’abord comprendre la technologie blockchain sous-jacente. « Il faut voir le bitcoin comme la pointe de l’iceberg, et la blockchain comme la partie immergée – une structure beaucoup plus importante qui opère sous la surface », explique Yoeri Paesschesoone.

En 2008, Satoshi Nakamoto a publié son bitcoin whitepaper, un livre blanc dans lequel il décrit le concept et les détails techniques d’un système de trésorerie électronique peer-to-peer, résolvant ainsi le problème de double dépense pour permettre l’utilisation d’argent électronique sans l’intermédiaire d’une autorité centrale.

La technologie blockchain décryptée en 1 minute

Le bitcoin rappelle la pierre de Yap

Sur l’Île de Yap, la rai a longtemps servi de monnaie. Ces pierres rondes étaient taillées dans les rochers d’une île voisine et acheminées par bateau sur l’Île de Yap, où elles étaient installées à un endroit fixe. Ces pierres ne changeaient jamais de place, mais pouvaient par contre changer de propriétaire. Chaque habitant de l’île savait à qui appartenaient quelles pierres, et après quelques transactions, une sorte de réunion d’information était organisée pour faire le point sur la situation. Avec la rai, ces insulaires ont créé un système au sein duquel le vol et la double dépense étaient impossibles. Le bitcoin repose sur le même principe.

La technologie derrière le bitcoin

Le bitcoin n’est pas une monnaie physique, mais bien une chaîne de code cryptée envoyée par le biais d’un réseau peer-to-peer. Le bitcoin utilise une clé SHA256 pour hacher les données. Le code est ainsi entièrement modifié. Les mineurs entrent ensuite en jeu. Miner des bitcoins consiste en deux opérations :

  1. Valider le nombre de bitcoins que possèdent un émetteur et un destinataire impliqués dans une transaction.
  2. Trouver une solution mathématique à l’aide de la clé SHA256 pour valider la transaction.

Ces deux opérations prennent aujourd’hui une dizaine de minutes et sont appelées « proof of work ». La clé générée au terme de ces opérations est ensuite ajoutée au bloc suivant. Lorsqu’un bloc de données est modifié, vous obtenez une tout autre clé qui sera également répercutée sur tous les blocs suivants. Ce système permet ainsi de sécuriser la transaction. C’est là l’essence même de la technologie blockchain : un enchaînement de données où chaque bloc est lié au précédent.

Miner ou acheter des bitcoins

Miner des bitcoins nécessite des ordinateurs extrêmement puissants dont les processeurs doivent être refroidis en permanence. C’est pourquoi la Mongolie intérieure – où les températures restent relativement basses toute l’année – fait partie des lieux de prédilection des mineurs qui souhaitent développer une activité rentable.

Il existe deux manières d’obtenir des bitcoins :

  • Miner des bitcoins : les mineurs reçoivent une fraction de bitcoin lorsqu’ils ont trouvé la clé qu’ils recherchent.
  • Acheter de bitcoins : vous pouvez pour ce faire utiliser un distributeur de bitcoins, racheter des bitcoins à quelqu’un d’autre ou acheter des bitcoins sur une plateforme telle que Coinbase.

Dix-sept millions de bitcoins sont à l’heure actuelle détenus par environ 25 millions de personnes. Au total, 21 millions de bitcoins seront produits. Les bitcoins peuvent être divisés en de toutes petites fractions appelées « satoshis » (1 bitcoin = 100 000 000 satoshis).

Les défis du bitcoin
" Un réseau bitcoin consommerait chaque année autant d’énergie qu’un pays tel que la Slovénie ou le Turkménistan."

Le bitcoin a connu une ascension fulgurante et présente des avantages indéniables, le principal étant que les transactions peuvent être effectuées de manière sécurisée sans l’intervention d’un organisme central. Cette cryptomonnaie accuse toutefois quelques péchés de jeunesse.

  • Un cours imprévisible : le cours du bitcoin reste extrêmement capricieux, et des cas de fraude ont récemment provoqué une importante chute des prix. Bien souvent, les plateformes d’échange sont en outre mises à l’arrêt en cas de forte chute.
  • Une énorme consommation d’énergie : miner des bitcoins nécessite des processeurs ultrapuissants qui consomment énormément d’énergie. D’après certains calculs, un réseau bitcoin consommerait chaque année autant d’énergie qu’un pays tel que la Slovénie ou le Turkménistan.
  • Un nombre limité de transactions par minute : les translations en bitcoins ne peuvent être effectuées qu’à raison de 5 à 7 transactions par seconde, alors que des systèmes comme Visa permettent de réaliser 2 000 transactions dans le même temps.
  • Un marché qui effraie : le fisc a décidé de soumettre les plus-values sur bitcoins à un impôt de 33 %. En Belgique, la loi interdit en outre aux banques de vendre de la cryptomonnaie ou de conseiller ses clients en la matière.
Comment utiliser les bitcoins et la blockchain ?
"En Chine, certains mendiants demandent des bitcoins au lieu de demander de l’argent classique. "

Malgré ses dangers, le bitcoin est de plus en plus populaire. « Le nombre d’endroits où vous pouvez survivre uniquement à l’aide de bitcoins augmente à vue d’œil », a déclaré Yoeri Paesschesoone. « En Belgique, il existe notamment de nombreux cafés, restaurants et magasins qui acceptent les bitcoins. En Chine, certains mendiants demandent des bitcoins au lieu de demander de l’argent classique. »

La blockchain offre d’innombrables possibilités. Les nouvelles applications potentielles d’un tel système distribué sans base de données centrale ou intermédiaire se multiplient rapidement et menacent sérieusement les modèles d’entreprise actuels ainsi que les acteurs de marché établis dans de nombreux domaines. Le monde de la finance n’est pas le seul secteur concerné.

En Suède, des systèmes utilisant la technologie blockchain pour enregistrer la propriété de terrains sont actuellement mis à l’épreuve. Le système Primalbase, qui repose sur la plateforme blockchain Ethereum, permet quant à lui de diviser, de vendre et de louer des bureaux. Filecoin est un réseau de stockage de données distribué qui emploie sa propre cryptomonnaie.

Quelle est l'approche d'ING sur la blockchain ?

ING a été reconnue banque la plus avant-gardiste en matière de blockchain. Dans notre Blockchain University, une équipe de 20 collaborateurs travaillent sans relâche sur cette technologie afin de déterminer comment la blockchain peut nous aider à améliorer les processus mis à la disposition de nos clients et à rendre ces processus plus sûrs, plus efficaces et moins chers.