Innovation

5 juillet 2018

Anvers poursuit le développement de son pôle chimique

Le succès du pôle chimique anversois s’appuie sur le port et le rôle logistique de la Belgique en tant que porte d’accès à l’Europe. La digitalisation est un élément qui peut renforcer le développement ultérieur du pôle.

Anvers est le plus grand centre industriel chimique au monde, après Houston. Mieux encore : on peut qualifier l'éventail de produits chimiques et pétrochimiques que l’on trouve dans le port d’Anvers d’unique au monde. Les entreprises chimiques à Anvers s’orientent tant vers des applications générales que vers des applications très spécialisées. “Sa situation explique le grand atout du port”, explique Jan Desmaretz, Senior Manager Strategic Investment Decisions chez PwC. “Il s’agit d’un port maritime ayant les avantages d’un port intérieur, situé en plein cœur de l’Europe et à la main-d’œuvre solide, non seulement en nombre, mais également en termes de formation et de spécialisation.”

La productivité se maintient
"La transition énergétique et la numérisation sont les deux autres défis pour le port"

Anvers est devenue une porte d’accès mondiale pour l’industrie chimique et pétrochimique. L’infrastructure du port est adaptée en conséquence : elle est dotée, d’une part, d’une connexion aux voies navigables intérieures, aux réseaux routier et ferroviaire, et, d’autre part, d’un vaste réseau de pipelines. Tous les cinq ans, la VUB mène une enquête sur la compétitivité du port. “Nous constatons que la productivité des ouvriers portuaires se maintient, sans toutefois augmenter”, explique le professeur Elvira Haezendonck de la VUB. “Aujourd’hui, cette productivité est encore et toujours solide. Mais cela suffira-t-il pour préserver la position d’Anvers, même lorsque l’on tient compte des coûts élevés du travail ?”

Au cours des quinze dernières années, l’entreprise portuaire a investi dans l’amélioration de l’accès maritime. En outre, le port constitue un autre atout de taille pour l’industrie chimique : l’infrastructure présente pour le transport et la logistique. “Anvers est le seul port qui peut assurer la plupart des activités à valeur ajoutée sur place”, précise Elvira Haezendonck. “L’infrastructure comme les bons profils sont en l’occurrence disponibles.” Le professeur souligne toutefois qu’il est important d’élargir davantage le pôle chimique d’Anvers. “Le port peut alors alléger la pression sur la mobilité. La transition énergétique et la numérisation sont les deux autres défis pour le port.”

Situation stratégique

L'entreprise américaine Chevron Phillips Chemical s’est installée dans notre pays dans les années soixante. Pour les sites de production de Tessenderlo et de Beringen, Anvers fait office de principal hub logistique. “Nous travaillons dans un marché hautement concurrentiel”, explique Koen Van Doren, Supply Chain Compliance & Projects Manager. “Le choix de notre implantation est dès lors extrêmement important.” La proximité du port d'Anvers constitue un levier pour Chevron Phillips Chemical. “Anvers est un port maritime intérieur. Voilà toute la différence.” L’entreprise achemine des matières premières via Anvers. La moitié du volume de production belge passe par le port à destination des clients. “Aujourd’hui, nous examinons la façon dont nous pouvons recevoir certains flux provenant des États-Unis ou du Moyen-Orient à Anvers pour ensuite desservir des clients situés en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.”

Pour Dow Chemical, Anvers est le principal port d’Europe. La production peut dès lors être essentiellement établie à Terneuzen, l’ensemble des flux logistiques se déroulant à Anvers. “La majorité de nos clients sont implantés dans un rayon de 500 kilomètres autour d’Anvers”, précise Annick Meerschman, Logistics Director. “Depuis Anvers, nous utilisons de façon optimale le réseau de routes, de chemin de fer et de pipelines disponible.”

Tant Chevron Phillips Chemical que Dow Chemical reconsidèrent régulièrement leur choix pour Anvers. “Jusqu’à nouvel ordre, Anvers reste la meilleure alternative", déclare Koen Van Doren. “Il s’agit d’une combinaison de facteurs : personnes, infrastructure et excellence opérationnelle des services proposés. Le pôle chimique y apporte véritablement un solide avantage concurrentiel.”

De nouvelles opportunités
"L’optimisation reste l’objectif général : organiser le trajet d’un produit de la façon la plus efficace possible"

La digitalisation, y compris les applications de l’Internet des objets, peut rapprocher davantage les entreprises chimiques et les prestataires logistiques. Il s’agit d’un développement qui offre de nouvelles possibilités. “L’histoire ne s’arrête pas aux berges du port”, précise Xavier Vanrolleghem, Commercial Manager Antwerp Chemical Cluster chez Havenbedrijf Antwerpen. “Nous visons un ensemble plus vaste et souhaitons y investir à partir de ce point de vue.” C’est ainsi que, l’année dernière, le port a fait l’acquisition de l’entreprise de pipelines NMP. “La majeure partie de ce réseau se situe à l’extérieur du port”, indique Xavier Vanrolleghem.

La collaboration dans la chaîne d’approvisionnement s’appuie avant toute chose sur l’échange de données. C’est la raison pour laquelle le port participe à la plate-forme de données NxtPort. Xavier Vanrolleghem explique : “Il s’agit d’une infrastructure ouverte où se réunissent toutes les parties prenantes afin de mettre à disposition et d’utiliser des données. Cela doit avoir pour effet d'accélérer l’innovation.” En même temps, la plate-forme ne doit pas se limiter à Anvers. Le port considère NxtPort comme un élément dans un réseau de plates-formes connectées plus vaste. “En matière de digitalisation, dans le secteur chimique, il y a encore un très long chemin à parcourir”, déclare Annick Meerschman. “L’optimisation reste l’objectif général : organiser le trajet d’un produit de la façon la plus efficace possible.” La technologie digitale permet en l’occurrence un bon suivi. “Mais naturellement, chaque entreprise ne doit pas ériger sa propre plate-forme”, explique Annick Meerschman. “Une plate-forme commune sur laquelle collaborent des entreprises est bien plus intéressante.”

Succès futur

“Le pôle chimique d’Anvers va poursuivre son expansion”, explique Elvira Haezendonck, “même avec l’intensification de la transition énergétique et de l’économie circulaire. Tout le monde est d’avis que le triangle Anvers-Rotterdam-région de la Ruhr survivra.” Les entreprises doivent elles-mêmes prendre les rênes, notamment par le partage de données via une initiative comme NxtPort. De même, le déploiement d’un réseau de pipelines, comme quatrième mode à part entière, sera essentiel au succès futur du pôle. “La Belgique et Anvers offrent de solides atouts à l’industrie chimique”, conclut Marcel Claes, président de la chambre de commerce américaine en Belgique. “Nous ne devons toutefois pas nous reposer sur nos lauriers. Il nous faut préserver notre avantage concurrentiel et le développer.”

 

Ce débat s’est tenu dans le cadre du programme “Year of Logistics” de l’AmCham, soutenu par le partenaire ING.

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