Innovation

15 décembre 2020

EpiCURA repense les soins de santé avec son projet CRESCENDO

Le système de santé belge doit se réinventer pour relever de nouveaux défis. Quel rôle joue l’innovation dans ce processus ?

L’étude Health Prospecting 2020 propose 15 recommandations pour réduire l’écart entre l’innovation créée et l’innovation effectivement intégrée. Le Centre Hospitalier EpiCURA, qui regroupe 806 lits dans la région de Mons-Borinage et d'Ath, est déjà à la pointe de l’innovation au sens large. Entretien avec François Burhin, directeur général d'EpiCura.

Comment stimulez-vous la culture de l’innovation ?

La meilleure manière d’introduire de l’innovation est de revenir aux besoins du patient et d’éviter de proposer des solutions techniques. EpiCURA a créé une Direction des projets transversaux pour créer du lien entre les métiers et les départements techniques. L’équipe, qui compte des permanents et des chefs de projets détachés pour des projets spécifiques, a adopté une méthodologie commune de gestion de projet (Prince 2).

Le Comité de pilotage de Crescendo est pluridisciplinaire, cela permet de porter un regard enrichissant sur des questions techniques et de susciter l’innovation. Source d’inspiration supplémentaire : le benchmarking, entre hôpitaux, bien sûr, mais également hors secteur hospitalier.

Comment avez-vous repensé votre organisation afin de faciliter l’intégration de cette innovation ?

Au niveau du projet global, nous préconisons une démarche MOSAR (moderne, opérationnelle, soutenable, agile et raisonnable). Notre projet se veut pragmatique et adaptatif car le secteur connaît des évolutions fortes : ambulatorisation, digitalisation, raccourcissement des durées de séjour, développement technologique.

Nous voulons doter EpiCURA de facultés d'agilité qui lui permettront de faire face à moyen terme aux adaptations à réaliser, encore inconnues à ce jour. La crise sanitaire nous a montré que nous devions pouvoir nous adapter en des temps records.

Comment améliorez-vous l’expérience du patient et l’intégration des soins ?

Pour améliorer, il faut d’abord mesurer. Cela passe par le monitoring de la satisfaction des patients. Classiquement, ce sont bien sûr les questionnaires généraux ou ciblés sur des points particuliers (en radiothérapie, par exemple).

« Nous nous efforçons de faire vivre des cliniques pluridisciplinaires afin de traiter une affection dans sa globalité »

Ensuite, nous avons réalisé une enquête indirecte au travers de la collaboration de nos bénévoles. Ils connaissent bien le terrain et sont en cela de très bons baromètres des attentes, des besoins et de la satisfaction des patients. Il en ressort que bien souvent le patient souhaite une amélioration de l’information qu’il reçoit avant, pendant et après sa prise en charge.

Au niveau de l’intégration, nous nous efforçons de faire vivre des cliniques pluridisciplinaires afin de traiter une affection dans sa globalité, avec un seul code lieu (clinique de la douleur, clinique du poids, etc.). Nous avons également considérablement renforcé nos liens avec l’extramuros, la médecine générale et le tissu des maisons de repos.

Avez-vous conclu des partenariats transversaux avec les maisons de repos ou l’aide à domicile ?

Les partenariats avec les soins à domicile existent depuis longtemps. Nous disposons de conventions de collaboration avec les deux centrales de soins à domicile ASD et CSD, notamment pour réaliser des prélèvements à domicile. Ce qui constitue d’ailleurs une innovation puisque, plutôt que d’obliger le patient à se rendre dans un lieu de prélèvement (faire le déplacement, attendre, etc.), le prélèvement se fait chez lui. À côté de cela, notre réseau d’infirmiers indépendants compte environ 70 conventions.

« Durant la crise du COVID-19, nous avons pris les devants en prenant des contacts systématiques avec toutes les MR/MRS conventionnées »

Pour les maisons de repos et les maisons de repos et de soins (MR/MRS), la situation était simple : nous n’avons pas de MR/MRS en propre. Nous devions donc développer un tissu de relations et faire en sorte de délivrer de bons services. Un bon service est d’abord basé sur l’écoute des autres, ce que nous avons fait. Nous comptons aujourd’hui quelque 50 conventions et des relations très soutenues, notamment (mais pas exclusivement) au travers de notre liaison gériatrique externe.

Durant la crise du COVID-19, nous avons pris les devants en prenant des contacts systématiques avec toutes les MR/MRS conventionnées. Nous les avons aidées, notamment avec des conseils en hygiène et infectiologie et parfois même avec du soutien opérationnel comme, par exemple, du prêt de matériel.

Le pôle de revalidation est un axe essentiel de votre projet.

Nous avons regroupé nos unités de réadaptation sur le site de Baudour, qui deviendra notre pôle gériatrique et de revalidation. Le projet rencontre une tendance de fond de l’évolution hospitalière compte tenu du raccourcissement des durées de séjours et du vieillissement de la population.

Le regroupement permet d’atteindre des masses critiques pour attirer les meilleurs spécialistes et pour permettre la surspécialisation. De plus, nous pouvons disposer d’équipements et d’infrastructures de très haute qualité.

Collaborez-vous avec le secteur privé pour accélérer l'intégration des nouvelles technologies ?

Sans hésitation, oui. J’ai passé 25 ans de ma vie professionnelle dans le secteur privé. Il y a beaucoup à apprendre de partenariats bien compris avec des fournisseurs. Leurs clients sont des hôpitaux, ils nous connaissent bien et peuvent être des moteurs d’innovation. Bien entendu, il faut respecter la législation sur la concurrence et les marchés publics mais cela n’empêche nullement d’être ouvert et curieux de nouveaux produits et services.

À l’heure actuelle, les innovations peuvent venir aussi bien de grandes entreprises multinationales du biomédical ou du pharmaceutique que de start-ups du digital. L’an dernier, nous avons passé commande à une start-up belge pour des compteurs d’eau intelligents.

EpiCURA collabore avec de nombreux partenaires, parmi lesquels ING mais aussi les universités. Comment se formalisent ces collaborations ?

ING est un partenaire fidèle et dynamique, qui a toujours suivi EpiCURA dans ses projets et qui ne manque jamais une occasion de répondre présent lorsqu'on lui présente un bon dossier. Nous apprécions son expertise.

Concernant les universités, le pluralisme est inscrit dans l’ADN d’EpiCURA. Nous accueillons des candidats médecins spécialistes de l’ULB comme de l’UCL. Le nombre de maîtrises de stage a quasiment doublé en trois ans. La diversité est une grande richesse et permet de cumuler les points forts.

Nous avons également conclu une convention de partenariat avec l’UMons, qui s’est étoffée au cours des dernières années : projets de recherche, soutien de thèses, collaborations avec plusieurs facultés comme la faculté de psychologie ou la très cotée polytechnique.

Votre nouvelle manière de travailler implique-t-elle aussi la naissance de nouveaux profils professionnels ?

L’hôpital est en pleine mutation. Lors du congrès des directeurs d’hôpitaux américains en 2019, le mot « disruptive » était sur toutes les lèvres. Les compétences pointues sont recherchées et de nouveaux métiers sont en train d’éclore, comme le dataprotection officer ou encore l’ingénieur civil pour la stérilisation.

Cela dit, nous cherchons aussi des profils plus ouverts, des personnes disposant d’expériences variées et parfois un profil atypique nous apporte un souffle nouveau. Pour l’accueil du patient nous venons par exemple d’engager une personne avec un profil hôtelier.

La règlementation est-elle adaptée pour soutenir des initiatives innovantes ou un obstacle ?

Globalement, il faut souligner l’effort important de la Région wallonne pour investir dans la modernisation du parc hospitalier. La Région a pris la mesure de sa nouvelle responsabilité suite au transfert des compétences à l’issue de la VIème réforme de l’État.

S’il fallait pointer des pistes d’amélioration nécessaire, j’en citerais deux. Tout d’abord, l’éligibilité aux subventions des achats de bâtiments. Nous avions un projet de rachat d’un bâtiment administratif que nous louons actuellement pour y regrouper une très grande partie de notre administration.

Il s’agit d’un projet assez innovant en soi, puisque notre administration pour nos trois sites est centralisée dans un business center située à 1 km de notre hôpital d’Hornu. Cette opération n’a pas été retenue par la Région car l’achat d’un bâtiment n’est pas éligible à une subvention, alors que la construction l’aurait été. Selon moi, c’est absurde.

Ensuite, je pense au deuxième appel à projets qui devrait avoir lieu en 2023 pour le second plan quinquennal. J’espère que celui-ci se fera dans les mêmes conditions que le premier, avec des marges de manœuvre pour ceux qui, comme EpiCURA, ont joué le jeu en rentrant un programme mature et réaliste pour une exécution en 5 ans.