Innovation

5 octobre 2020

FARYS produit de l’eau potable à partir de l’eau saumâtre des canaux

Dans une usine automatisée à Ostende, la compagnie des eaux FARYS transforme l’eau du canal Gand-Ostende en eau potable. Ce projet innovant, cofinancé avec ING, est une première en Europe occidentale.

Ce n’est pas un hasard si la compagnie des eaux FARYS est à la recherche de nouvelles alternatives dans la région côtière pour sa production d’eau potable. L’eau qui sort du robinet à Ostende provient en fait des Ardennes, via un pipeline qui relie Dinant à la côte en passant par Bruxelles, ce qui rend l’eau potable à la côte plus chère qu’ailleurs dans le pays.

« Nous pompons de l’eau potable d’Uccle à destination d’Ostende depuis 1923. À l’époque, nous achetions cette eau à la Compagnie intercommunale bruxelloise des eaux, qui produisait l’eau dans les Ardennes », explique Wim Jacobs, directeur de l'innovation.

« Le développement d’une technologie membranaire a permis de traiter l’eau saumâtre »

« Au fil des années, nous avons dû acheter de plus en plus d’eau, principalement pour la distribution en Flandre occidentale et orientale. Ces régions ont toujours dépendu de l’approvisionnement en provenance d’autres régions. Elles disposent de trop peu d’eaux souterraines, et un traitement local des eaux de surface aurait rendu l’eau encore plus chère. »

« Depuis, le développement d’une technologie membranaire a permis de traiter l’eau saumâtre pour un prix comparable aux coûts de production et de transport de l’eau ardennaise », explique Wim Jacobs.

FARYS a donc construit une toute nouvelle usine d’eau potable à Ostende, qui ne pompe pas les eaux souterraines, mais draine l’eau saumâtre du canal Gand-Ostende et la purifie grâce à une technologie de dessalement innovante. « Nous réduisons ainsi les coûts de transport, car nous devons pomper moins d’eau vers la côte, et nous nous préparons à un scénario climatique dans lequel il y aura de moins en moins d’eaux souterraines disponibles. »

Dessalement, puis ajout de minéraux

L’eau saumâtre est un mélange d’eau douce et d’eau salée. Elle est plus douce que l’eau de mer, mais est impropre à la consommation en raison de sa teneur en sel. FARYS commence par dessaler l’eau, qui devient alors semblable à l’eau déminéralisée que l’on met dans les fers à repasser. Des minéraux sont ensuite ajoutés. L’entreprise a pour ce double processus pu s’appuyer sur l’expérience qu’elle a acquise en 2009 lors de la construction d’une installation de production d'eaux de traitement dans la zone portuaire de Gand.

« L’eau saumâtre passe d’abord dans un filtre racleur et un microtamis pour éliminer les impuretés physiques, telles que les particules de plastique. Nous débarrassons ensuite l’eau des particules en suspension et des bactéries qu’elle contient au moyen d’un système de microfiltres », explique Wim Jacobs. L’étape suivante est une osmose inverse, au cours de laquelle une forte pression est exercée sur l’eau, qui est poussée contre une membrane. Une partie de l’eau déminéralisée ainsi obtenue est achetée par une entreprise chimique voisine.

« Nous sommes en pleine construction d’un réservoir de stockage de 35.000 mètres cubes. »

Quant à l’eau destinée à la consommation, on lui ajoute des minéraux. « Nous ajoutons des minéraux supplémentaires tels que le calcium. L’eau retrouve ainsi une certaine dureté et neutralité. Elle est ensuite désinfectée. L’eau est alors prête à être pompée vers la ligne de transport. Nous sommes en pleine construction d’un réservoir de stockage de 35.000 mètres cubes. »

La nouvelle installation est entièrement automatisée, grâce à l’intégration de nombreux équipements de mesure et de contrôle. Elle a nécessité un investissement de 16 millions d’euros. « En temps de pénurie d’eau, ce projet innovant montre à quel point la technologie joue un rôle essentiel dans la transition durable », déclare Gert De Brabanter, Manager Public Sector chez ING Belgique. « Nous considérons qu’il est de notre devoir de soutenir stratégiquement et financièrement des organisations comme FARYS dans leurs initiatives durables. »

« Nous avons l’intention d’installer six lignes de production supplémentaires, ce qui suffirait à couvrir la totalité des besoins en eau potable de la population dans les deux villes côtières » - Wim Jacobs, FARYS

« Nous avons l’intention d’installer six lignes de production supplémentaires, ce qui suffirait à couvrir la totalité des besoins en eau potable de la population dans les deux villes côtières » - Wim Jacobs, FARYS

Une capacité accrue

L’installation a été mise en service le 6 mars. Avec une capacité de 500 mètres cubes par heure, elle couvre actuellement – pendant la basse saison – 90 % des besoins en eau d’Ostende et de Middelkerke. Même pendant les mois où la côte est la plus fréquentée, lorsque la consommation atteint 17.000 mètres cubes aux heures de pointe absolue (avec beaucoup de monde et des températures élevées), 12.000 mètres cubes de cette quantité proviendront de la nouvelle usine d’eau potable. À terme, ce pourcentage sera encore plus élevé, car il est prévu de doubler la capacité.

Wim Jacobs : « Tous les raccordements ont déjà été faits. Nous avons l’intention d’installer six lignes de production supplémentaires, ce qui suffirait à couvrir la totalité des besoins en eau potable de la population dans les deux villes côtières, et à approvisionner davantage de communes à l’intérieur des terres. » L’agrandissement pourrait être achevé dans deux ans.

Un consortium européen teste des usines de dessalement innovantes

L’osmose inverse a fait ses preuves pour la purification de l’eau, mais elle présente l’inconvénient de nécessiter beaucoup d’énergie. Dans le cadre du projet « REvivED water », un consortium de dix partenaires venant de Belgique, des Pays-Bas, de Suisse, d’Italie, d’Irlande et d’Allemagne a développé des méthodes durables de traitement de l’eau de mer basées sur l’électrodialyse.

Lors du traitement par électrodialyse, l’eau de mer ou l’eau saumâtre est pressée à travers une membrane spéciale qui ne laisse passer que le sel. REvivED water avait l’ambition de faire du traitement par électrodialyse le nouveau standard du dessalement. Le projet, qui a pris fin récemment, était soutenu par le programme européen Horizon 2020 et a testé avec succès différentes méthodes de purification de l’eau.

Énergie et rentabilité

À plusieurs endroits d’Afrique de l’Est et d’Inde, les partenaires du projet ont installé des unités de dessalement fonctionnant à l’énergie solaire, qui éliminent le sel des eaux souterraines tout en conservant leur teneur en minéraux. Le système utilise également des cellules électrochimiques qui produisent du chlore pour désinfecter l’eau. Une unité peut produire jusqu’à 2000 litres d’eau potable par jour.

REvivED water a également développé de nouvelles manières d’appliquer l’électrodialyse aux usines de dessalement industrielles pour les rendre plus efficaces sur le plan énergétique et économique. Aux Pays-Bas, un nouveau système d’électrodialyse pour le dessalement industriel de l’eau de mer a été testé avec succès sur l’Afsluitdijk de l’IJsselmeer.

Dans une usine de dessalement située dans la région espagnole de Valence, c’est la combinaison de l’électrodialyse inverse et des systèmes traditionnels d’osmose inverse qui a été appliquée. Cette technologie innovante a été développée à l’université de Gand. L’électrodialyse inverse mélange l’eau de mer et l’eau douce, générant ainsi de l’électricité verte qui est utilisée pour alimenter l’osmose inverse.

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Cet article est également paru sur la plateforme média Susanova, dédiée à l’entrepreneuriat responsable et à l’innovation durable en Flandre.