Innovation

28 novembre 2017

L’hôpital numérique part du patient

David Renaut est directeur infrastructure de la Clinique Notre-Dame de Grâce de Gosselies, un hôpital de taille moyenne à Charleroi. Sa rénovation profonde de 2011 à 2015 est allée de pair avec une révolution numérique. Sont-ils prêts pour 2030?

David Renaut est confiant sur ce point. « La rénovation était nécessaire, car notre infrastructure était vieillissante. Nous avons profité de cette occasion pour repenser tout notre mode de fonctionnement. Pour ce faire, nous avons entre autres tenu compte de l'évolution des profils des patients et de leurs attentes, ainsi que des nouveaux hôpitaux des environs.

Notre liste de desiderata était longue et nous avons pu réaliser en grande partie ce que nous avions prévu. Est-ce qu'il aurait été possible de faire plus de choses ? « Bien entendu, mais certaines ne sont pas forcément pertinentes compte-tenu de notre taille modeste et nos moyens financiers ne sont pas illimités. »

Numérisation stratégique

Le nouveau bâtiment accueillant offre plus de confort aux patients. Notamment en raison de toute une série d'adaptations technologiques, qui ont aussi un impact sur le mode de fonctionnement. Cette numérisation peut être structurée selon un schéma à quatre piliers (Concevoir et construire un hôpital numérique, Louis Omnès). David Renaut : « L’hôpital communiquant, le bâtiment intelligent, l’automatisation et la robotisation et l’énergie durable. »

L’hôpital communiquant

Une grande partie de la numérisation de l’hôpital se situe dans le premier pilier : l’hôpital communiquant. David Renaut : « Nous avons installé dans chaque chambre un système multimédia numérique semblable à celui d’un hôtel, que le patient peut utiliser via la télévision ou son smartphone - pas de bedside terminal, car nous trouvions ce type de solution trop médicale et difficilement partageable entre le patient et le soignant. Le système a été couplé à une installation domotique qui permet au patient de régler lui-même la température ou l’éclairage. Des points pour lesquels il fallait avant faire appel à une infirmière. Un room-service en ligne n’est pas encore possible, mais c’est une option pour plus tard. Afin de tenir à jour le statut des soins, chaque chambre dispose aussi d’un terminal sécurisé pour le personnel. Ce terminal communique avec les principales apps médicales de l’hôpital. » 

Drones et soins mobiles

Certains aspects de la communication externe ont aussi été numérisés. « Nous travaillons désormais avec un système de SMS pour les rendez-vous. Nous voulons aussi miser sur le patient empowerment en collaborant par exemple avec des plateformes de patients. Au Canada et aux États-Unis, les hôpitaux sont déjà beaucoup plus avancés en la matière.

Nos soins sont de plus en plus mobiles, une tendance qui va perdurer ces prochaines années. Ce point reste donc toujours au programme : étendre notre médecine à distance. Je pense notamment au monitoring à distance, aux drones pour livrer des médicaments, etc.

De nombreuses choses sont aussi prévues dans le domaine des transports. Nous attendons un peu avant de nous lancer dans cette direction. Mais j'ai encore une liste d’une cinquantaine d'évolutions technologiques sur lesquelles nous gardons un œil... Il y a toujours de quoi faire, c’est un domaine extrêmement passionnant. »

Des robots ? Oui, s'ils correspondent à notre infrastructure

Un autre pilier sur lequel nous travaillons est celui de l'hôpital robotisé. « Nous attendons les prochaines évolutions en la matière. Pour deux raisons : la taille limitée de notre site, qui fait que c’est moins pertinent de robotiser notre transport logistique qu’un site plus gros. Et parce que nous nous heurtons aux contraintes de notre infrastructure. J’attends que la technologie soit suffisamment développée pour que nous puissions l’intégrer dans nos bâtiments actuels sans adaptation majeure. » 


Cela ne signifie bien entendu pas que l'on ne se préoccupe aucunement de l’automatisation. « Nous avons fait de notre bâtiment un bâtiment intelligent, qui est géré de manière centrale au niveau de la ventilation, de l’aération et du chauffage. Chaque chambre dispose d'un plafond thermique, tout peut être réglé ou contrôlé à distance. Ces techniques ont coûté pas mal d'argent, mais elles améliorent le confort et permettent une utilisation plus rationnelle de l’énergie au niveau de chaque chambre. Nous disposons aussi de panneaux solaires qui assument une partie de nos besoins en énergie. » 

Travailler dans un environnement numérique et physique flexible
"Il est important d'avoir un environnement numérique flexible que vous pouvez adapter en fonction de l'évolution de vos besoins"

« Il est important d'avoir un environnement numérique flexible que vous pouvez adapter en fonction de l'évolution de vos besoins. Nous avons lancé plusieurs plateformes de logiciel qui sont conçues de la sorte. Pour les financer, l’hôpital les a dans la plupart des cas développées en collaboration avec les fournisseurs ou avec d'autres hôpitaux. »

Il n’y a pas que l'architecture numérique de l’hôpital qui soit agile, mais aussi les briques en elles-mêmes. « Pour pouvoir travailler de façon modulaire, tous les espaces de soins sont aujourd'hui aménagés de la même manière : nous pouvons ainsi nous adapter physiquement aux besoins du futur. »

Internet super rapide

Chaque hôpital numérique doit impérativement disposer d'un réseau fiable et performant. À Gosselies, nous avons opté pour la fibre optique. « Chaque chambre est reliée à ce réseau, avec un commutateur à l’entrée de chaque chambre. Le fait de devoir poser peu de câbles est l'un des avantages de ce réseau. Il est en outre très bien sécurisé, ce qui garantit la continuité du fonctionnement. Notre architecture IP a été structurée de manière à pouvoir facilement y connecter de nouvelles technologies à l'avenir. »

Des choix orientés par une vision plus globale

« J'analyse systématiquement la rentabilité des technologies utilisées ou optionnelles. Je suis moi-même ouvert aux nouvelles technologies, mais certains collaborateurs sont encore un peu technophobes (rire). Ce manque de confiance par rapport aux nouvelles technologies va disparaître au fur et à mesure qu’elles deviendront plus performantes, et lorsque nous pourrons présenter des projets qui auront été fructueux.

 

Nous ne commençons pas toujours à partir d'une feuille blanche. Lors de chaque décision, nous regardons comment nous pouvons y associer les éléments déjà existants, quelle en sera la valeur ajoutée pour les patients, et si le choix entre dans notre stratégie d’innovation et n'est pas contraire à nos valeurs. Je trouve les possibilités du super ordinateur Watson d’IBM extrêmement passionnantes. »

L’hôpital parfait n’existe pas

Les choix technologiques dépendent donc de différents facteurs. C’est toujours une bonne idée de regarder ce que les autres font. David Renaut s’est aussi rendu dans différents hôpitaux en Belgique et à l’étranger. « Je n’ai visité aucun site où tout allait bien. L’hôpital parfait n’existe pas. J'ai même souvent plus appris de ce qui n'allait pas. J’ai trouvé très intéressante la manière dont l’hôpital d’Annecy tirait profit de la robotisation. J'ai aussi été inspiré par la plateforme innovante « Patient Room of the Future », une initiative de l’entrepreneur Jan Van Hecke. Aux Pays-Bas, ils sont généralement aussi plus évolués sur le plan de la numérisation. Mais les budgets ne sont pas les mêmes… »

Des rêves d'avenir ?
"S'ajoute aussi la question de l’emploi : quels jobs vont disparaître et lesquels vont apparaître ?"

David Renaut : « Je garde la robotisation sous le coude. À cela s'ajoute aussi la question de l’emploi : quels jobs vont disparaître et lesquels vont apparaître ? Je suis aussi l’évolution des transports. Pourrons-nous mettre en place des moyens de transport autonomes dans les alentours de l’hôpital ? Une tendance qui va se poursuivre est le raccourcissement de la durée d’hospitalisation. Comment nous préparons-nous à cela en tant qu’hôpital ? Disposons-nous d'une offre de soins mobiles et dans quelle mesure peut-elle être « intelligente » ? Quelle est notre position par rapport aux wearables (les technologies portables) et quel est le rôle des assureurs dans cette histoire ? » David Renaut ajoute que la technologie des imprimantes 3D offre elle aussi des possibilités. « Cela va avoir un impact important à l’avenir. Je vois de nombreux avantages dans le cadre, par exemple, de réparations rapides de machines ou de prothèses pour des patients. » 

Est-ce que l'hôpital existera encore en 2030 ?

David Renaut : « Je pense bien, nous ne sommes pas encore dans la phase de révolution. Mais énormément de choses sont en train d'évoluer. Aucun hôpital ne peut passer à côté de cette transformation numérique s’il veut toujours exister en 2030. »

Check-list pour la numérisation de l'hôpital :
  • Partez d’une stratégie globale

  • Impliquez les collaborateurs dans le processus de réflexion et demandez-leur leur feed-back

  • Est-ce que le patient sera mieux grâce à cela ?

  • Etablissez des priorités en fonction de votre budget

  • Maximalisez votre budget en collaborant avec des partenaires externes

  • Inspirez-vous de ce qui se fait ailleurs, mais aussi de ce qui ne fonctionne pas ailleurs

  • Les robots sont-ils l'avenir ? Oui !

  • Créez un environnement numérique flexible, l'avenir est sans fil

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