Innovation

25 avril 2017

De big data à big business

Omar Mohout

Professeur d’Entrepreneuriat et business consultant

3 conseils
  1. Les entreprises qui veulent travailler avec des big data doivent d’abord élaborer une stratégie et une vision en procédant par étapes : a. inventorisation de leurs propres données, b. possibilités d’adaptation et c. élaboration et mise au point du business model.

  2. Toute entreprise (y compris les PME et les indépendants) possède des big data. Ces données se nichent parfois dans des programmes de fidélité, des fichiers d’adresses mail pour newsletters ou des résultats de ventes d’un webshop.

  3. En tant qu’entreprise, vous ne devez pas forcément travailler vous-même avec vos propres données. Vous pouvez aussi vendre les données à des "entreprises digitales" qui ont fait du big data leur core business.


Aujourd’hui, tout le monde parle du big data. Maintenant que l’e-commerce commence enfin à sortir de terre en Belgique aussi et que de plus en plus d’appareils et d’objets usuels sont connectés à l’internet des objets, les entreprises collectent une mine d’informations intéressantes sans faire le moindre effort. Mais si récolter des big data est une chose, développer un business model durable autour de ces big data en est une autre. Omar Mohout, professeur d’entrepreneuriat, aide surtout les start-ups à valoriser cette "matière première du 21e siècle".

Que vous soyez boucher indépendant ou PDG d’un grand groupe IT, le big data est la nouvelle matière première à partir de laquelle seront pensés et élaborés de nouveaux produits et services. Jusqu’à présent, les grandes multinationales s’intéressaient surtout au big data. Elles étaient en effet les seules à disposer des moyens pour l’utiliser. Mais les clients laissent aussi une quantité gigantesque de données chez de moins grandes entreprises, et même chez des PME ou des indépendants, tant online qu’offline. Pensez, par exemple, aux cartes de fidélité, aux visites de webshops ou aux newsletters. Ce serait dommage de ne rien faire de ces précieuses informations. Car si vous savez dans quel quartier habite votre client, quel est son comportement online ou offline ou quels sont sa profession et ses hobbies, vous pouvez utiliser ces informations pour communiquer avec lui de la façon la plus ciblée et la plus efficace possible.

La plupart des entreprises savent désormais qu’elles ne peuvent plus se passer du big data.
L’importance du big data

Maintenant que les petites entreprises belges sont, elles aussi, massivement convaincues de l’importance du big data, un problème est apparu : il existe un trésor de données qui sont à portée de main mais aucun mode d’emploi sur leur utilisation et leur intégration dans la gestion des entreprises. "La plupart des entreprises sont aujourd’hui convaincues que l’on ne peut plus faire l’impasse sur le big data", dit Omar Mohout, professeur d’entrepreneuriat à la Antwerp Management School et business consultant pour start-ups. "Par contre, elles sont souvent dans le plus grand flou sur la façon de le valoriser et d’en tirer profit. Malheureusement, le matraquage actuel fait parfois oublier que le big data n’acquiert de valeur que quand il est utilisé, tout comme il est indispensable de raffiner le pétrole avant de le vendre."

En sa qualité de business consultant doté d’une spécialisation en ICT et d’une vaste expérience internationale, Mohout assiste des start-ups dans le développement d’un business model durable. Il cible pour cela la valorisation de nouvelles connaissances, techniques et matières premières. Le big data étant à classer dans cette dernière catégorie. Avec les entrepreneurs et les investisseurs, il tente de répondre à la question-clé : comment pouvons-nous gagner de l’argent avec cela ?

Une entreprise comme Colruyt collecte des données offline depuis des années de façon désuète.
Big data offline et online

Mohout aimerait éliminer le malentendu selon lequel le big data constituerait une forme de matière première totalement nouvelle. "C’est le cas avec l’internet des objets (auquel seront bientôt connectés nos appareils électroménagers, nos voitures et nos smartphones) et la croissance de l’e-commerce. Mais n’oubliez pas que des entreprises comme Colruyt collectent des données offline depuis des années de façon désuète. Pour conserver les prix les plus bas, le supermarché compare en permanence ses prix avec ceux de ses concurrents. Cela nécessite une génération non-stop de données."

La différence avec les big data online d’aujourd’hui est sans doute que les entreprises les possèdent déjà sans avoir rien dû faire pour cela, et parfois même sans en avoir conscience. "Dans la fabrication, des machines ont travaillé pendant des années sur base de certains réglages. Ce sont des big data. Prenons l’exemple d’un distributeur d’eau comme Pidpa. Il possède une masse gigantesque de données d’utilisateurs grâce auxquelles l’entreprise peut organiser sa gestion d’entreprise et ses prestations de service."

Il existe deux types d’acteurs sur le marché du big data : les entreprises qui possèdent des données et les entreprises qui en recherchent.
L’importance de la vision et de la stratégie

Mohout plaide pour que les entreprises développent une vision claire et une stratégie avant de commencer à utiliser les big data, ou avant de créer un département "analyse de données" ou d’engager des analystes. "Une entreprise doit d’abord (faire) faire un inventaire des données qu’elle possède déjà ou peut se procurer facilement. Ensuite, elle pourra commencer à réfléchir à des applications et à la façon de les commercialiser. Ce processus peut déboucher sur un brouillon de business model dans lequel des trous éventuels pourraient encore être remplis au moyen de ressources supplémentaires : ce n’est qu’à ce stade qu’intervient la main-d’œuvre supplémentaire."

Si la commercialisation de ses propres big data est trop éloignée du core business d’une entreprise, celle-ci peut aussi choisir de négocier les données. "Il existe deux types d’acteurs sur le marché du big data : les entreprises qui possèdent des données et les entreprises qui utilisent des données et en recherchent activement pour gagner de l’argent. Ce sont ces 'entreprises digitales' qui sont le moteur de l’évolution du big data (Mohout préfère ne pas parler de révolution)."

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