Innovation

22 mars 2017

Un bel exemple d'économie circulaire dans le secteur de l'alimentation

Un biologiste devient entrepreneur. Dès son plus jeune âge, Stijn Van Hoestenberghe s'intéressait aux poissons et à la nature. Qu'il deviendrait un jour entrepreneur dans l'économie circulaire, ne lui est apparu que bien plus tard. Aujourd'hui, il dirige à Kruishoutem sa propre pisciculture de Bar Omega : son poisson d'eau douce. Comment s'y prend-il ? Décourez-le dans cette interview.

"En quoi l'élevage du Bar Omega est-il si particulier ?"
"Nous sommes les premiers à produire un poisson vraiment durable."

"Presque tous les poissons que l'on élève aujourd'hui sont des carnivores et font partie d'un système qui pollue l'environnement. Le secteur poissonnier a encore du pain sur la planche. Le secteur de la viande n'est pas non plus durable, mais il est bien plus avancé que celui du poisson. Nous sommes les premiers à produire un poisson véritablement durable."

Le poisson d'élevage doit également faire face à la critique : il aurait un goût différent parce qu'il ne mange pas de nourriture sauvage. Mais la saveur de notre poisson n'est certainement pas moins bonne. On peut aussi affirmer que le poisson d'élevage est toujours plus sain que le poisson capturé, puisqu'il est élevé dans un environnement mieux contrôlé. Dans notre système de recirculation, toute contamination venant de l'extérieur est exclue."

5 actions qui font de l'élevage du Bar Omega, un élevage durable :
  1. Tous les déchets sont récupérés, y compris dans un avenir proche, les intestins du poisson.

  2. Les déchets provenant du poisson sont utilisés comme engrais sur les plants de tomates des serres voisines.

  3. Les eaux usées sont réutilisées pour l'irrigation des plantes.

  4. Le Bar Omega est végétarien. Il produit lui-même son alimentation. Cette alimentation est saine et savoureuse.

  5. La chaleur et l'énergie produites dans les serres de tomates sont employées dans l'élevage des poissons.

"D'où vous est venue cette idée ?"

"Notre entreprise est née d'un projet de recherche innovant mené à la KU Leuven. Nous avons commencé par établir une liste de poissons susceptibles d'être élevés selon les critères de durabilité. Notre bar tigré figurait au sommet de la liste.

Je suis allé observer ce poisson dans son habitat naturel, en Australie. Le Bar Omega possède encore un autre avantage : il peut se reproduire en captivité. En Australie, on repeuple des rivières naturelles avec le bar. Les gens élèvent également des poissons dans les étangs de leur jardin, et utilisent ensuite les eaux usées comme engrais pour leurs légumes."

"Vous ne vous êtes pas cantonnés à la recherche scientifique ?"

"À Louvain, nous avons mis sur pied un laboratoire et un système de recirculation. Nous avons amené ici quelques milliers d'alevins d'un demi-gramme dans des sacs de 10 litres d'eau. C'est ainsi que nous avons débuté. Dans ma thèse de doctorat, je décris comment augmenter le caractère durable des aliments pour poissons et des systèmes utilisés. J'y décris également des améliorations dans l'alimentation des alevins, ce qui est l'étape la plus difficile.

Deux ans plus tard, nous avons été épinglés par des chefs cuisiniers qui ont trouvé ce poisson délicieux. Ils nous ont encouragés à aller au-delà d'un simple projet de recherche scientifique. Et le département LRD (Leuven Research & Development) nous a beaucoup aidés à mettre en place notre business plan et un business development. C'est un domaine où je n'avais vraiment aucune expérience. Sans leur apport, il n'y aurait sans doute jamais eu d'entreprise."

"Vous êtes une start-up et, en général, les choses ne se passent jamais comme prévu. Qu'est-ce qui a été différent de vos prévisions ?"

"Où avons-nous fait le plus d'erreurs ? Dans la construction de la pisciculture. Cela a duré environ 3 mois de plus que prévu. Il y a plus à faire que simplement construire, puis mettre en marche. Nous avons quasiment fait construire un écosystème, dont tous les éléments dépendent les uns des autres. C'est surtout avec les filtres et le processus de production que notre start-up a rencontré des problèmes.

À cause de cela, notre poisson était un peu trop petit au début. Nous avions fait des promesses au marché. Et nous avons tenu ces promesses. Mais il a fallu mobiliser tout le monde, et aujourd'hui, les problèmes sont résolus."

"Quel est votre business model ?"

"Aujourd'hui, nous sommes une entreprise B2B (business-to-business). Nous vendons notre Bar Omega à des distributeurs qui le vendent à des restaurants, à des traiteurs et à des poissonneries. La plus grande aide reçue lors de la mise en route du volet culinaire nous est venue de l'Arenberg, un restaurant étoilé de Louvain. Toon Dierickx et Lieven Demeestere, les exploitants, savent ce que saveur veut dire. Ils ont cru dans le Bar Omega et m'ont soutenu pendant 5 ans."

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