Innovation

27 novembre 2017

Des blocs de construction durables contre le changement climatique

Depuis deux décennies déjà, Orbix recycle des scories en matériaux de construction. L’entreprise de Genk n’a cessé d’innover dans ce domaine. Son nouveau bloc de construction respectueux de l’environnement est même sur le point d’effectuer une percée mondiale.

    Orbix en bref:
  • Fondation 1996
  • Production de matériaux de construction à base de sous-produits de l’industrie sidérurgique
  • 10 sites en Belgique
  • 22 millions d’euros de chiffre d’affaires (consolidé 2016)
  • 135 collaborateurs
La transformation des scories

Depuis 1996, Orbix transforme les sous-produits de la société Aperam qui produit de l’acier inoxydable et est située à un jet de pierre. Ses produits résiduels – des scories allant du sable presque pur au gravier – sont transformés par Orbix en matières premières pour matériaux de construction. « Par le passé, on ne faisait rien du tout de ces scories. Elles contenaient des métaux lourds et étaient tout simplement placées en décharge », explique notre interlocuteur. « Le coût pour Aperam était de 100 euros la tonne, et l’entreprise en produisait 200.000 tonnes par an. »

Serge Celis y voit une opportunité, et finit par convaincre Aperam de le laisser transformer les scories pour 10 euros la tonne. « Mon associé Danny Vanschoonbeek et moi, nous avions notamment fait breveter un procédé, qui était unique en Europe. Il nous permettait de séparer les scories en résidus de métaux réutilisables et en une fraction minérale résiduelle convenant notamment pour les travaux routiers. Nous éliminions les particules métalliques à l’aide d’un " lavoir à charbon ", sur le conseil de la Technische Universiteit Delft. »

Des blocs de construction contre le changement climatique

Vingt ans plus tard, Orbix – le nom fait référence à « orbis » ou « cercle », et donc à l’économie circulaire – transforme toujours les scories d’Aperam. Durant toutes ces années, elle a investi des millions d’euros dans la recherche et le développement afin de devenir une entreprise " zéro déchet ". L’entreprise a ainsi développé avec le Vlaams Instituut voor Technologisch Onderzoek (VITO), l’Universiteit Leuven et le Centre Terre et Pierres, un processus qui, au contact du CO2, transforme les scories en nouveaux matériaux de construction de haute valeur, comme des clinkers, des briques, des carrelages ou d’autres blocs de construction.


L’idée de cette technologie de carbonatation avait déjà vu le jour en 2004. « C’était la toute première journée de travail de Dirk Van Mechelen, notre responsable recherche et développement. Lors de la visite guidée de notre entreprise, je lui ai montré un énorme tas de fractions résiduelles qu’il nous était difficile de déplacer parce qu’elles étaient extrêmement lourdes. Dirk m’a alors expliqué que les fractions s’étaient durcies au contact du CO2 contenu dans l’air extérieur. Le CO2 agit comme un liant, à la manière du ciment. Avec comme résultat l’obtention d’une pierre calcaire dure, encore plus résistante que le béton. »

En tant qu’entrepreneur actif dans l’économie circulaire, Serge Celis a immédiatement entrevu les avantages et les opportunités possibles de la carbonatation. « Vous puisez du CO2 dans l’air, ce qui est parfait pour la lutte contre le changement climatique, et vous empêchez de nouvelles émissions de CO2, car le processus de production est nettement moins générateur de CO2 que ceux du ciment ou des briques. »

Un investissement de plusieurs millions

Depuis 2004, Orbix a investi chaque année dans le perfectionnement du procédé, pour que le " CO2Mpensatiesteen " qui en est le fruit satisfasse à toutes les prescriptions légales dans le domaine de la sécurité incendie, de la résistance et de la recyclabilité. En 2010, Orbix est même passé à la vitesse supérieure en construisant à Farciennes, près de Charleroi, une usine pilote qui a mis au point la production industrielle du bloc " CO2Mpensatiesteen ".

« Ces sept dernières années, nous y avons investi un total de 27 millions d’euros », indique Serge Celis. « Le Plan Marshall wallon nous a octroyé une aide importante, ce qui a constitué un stimulant de plus pour construire le site de Farciennes. Nous avons aussi reçu le soutien du VITO et des universités de Louvain, Bruxelles, Gand et Liège. Nous avons financé le reste nous-mêmes et nous remercions ING qui a apporté une partie importante des fonds. »

Un marché d’éviction

Depuis l’année passée, la technologie est au point et permet désormais la production du bloc " CO2Mpensatiesteen " à grande échelle. L’entreprise de recyclage de Genk ne s’en charge toutefois pas elle-même. « Le marché des matériaux de construction est un marché d’éviction », explique Dirk Van Mechelen. « Si nous débarquons avec un nouveau bloc de construction, les acteurs existants perdent une partie de leur part de marché. Nous nous heurterions dès lors à une vive concurrence. Si nous nous engageons avec un partenaire, celui-ci peut ajouter le bloc " CO2Mpensatiesteen " à sa gamme. Il peut ainsi trouver en toute tranquillité un marché, sans être trop disruptif. »

Si nous débarquons avec un nouveau bloc de construction, les acteurs existants perdent une partie de leur part de marché

Orbix a entre-temps déjà trouvé un premier partenaire. Le Ruwbouw Groep néerlandais, filiale du groupe irlandais coté en Bourse CRH, souhaite produire à grande échelle les blocs de construction respectueux du climat. Orbix a conclu avec lui un contrat de licence mondiale, et va aussi livrer le Carbinox, une des matières premières. En échange, les Néerlandais ont promis de construire dans les cinq ans une usine qui produirait chaque année 300.000 tonnes de ces blocs de construction. Ce qui permettrait d’éviter une émission de 36.000 tonnes de CO2.

La première usine

Les partenaires ignorent encore à l’heure actuelle où cette usine sera installée. « Quoi qu’il en soit, ce sera un endroit où le CO2 sera produit en abondance, car le transport du CO2 est très onéreux. Elle doit aussi se situer dans un rayon de 300 kilomètres de Genk et, de préférence, être accessible via le canal. Les coûts de transport de notre Carbinox doivent en effet rester abordables. Une entreprise située dans le port d’Anvers fait donc partie des possibilités. La décision doit être prise début 2018 », précise Serge Celis.
Comme CRH, le titulaire de la licence, est actif dans le monde entier, l’avenir du bloc " CO2Mpensatiesteen " et d’Orbix est coloré de rose. Ce contrat de licence permettra probablement un bon retour sur l’investissement de treize années. À Amsterdam, Rhapsody in West, un premier projet de construction avec 200 habitations, a déjà démarré. Mais c’est surtout en Asie que l’intérêt est grand. Néanmoins, Serge Celis ne veut pas encore se reposer sur ses lauriers.

L’impression 3D avec le béton

Orbix continue d’investir afin de diversifier un maximum ses activités. Les implantations d’Aperam à Genk et à Châtelet sont les seuls fournisseurs de ce type de scories pour Orbix. L’entreprise a dès lors repris dès 2007 les carrières de Sprimont Blue, et investit aussi dans le développement de l’impression 3D avec le béton. Dans ce but, Orbix a conclu l’année passée un partenariat avec une entreprise suisse. « Nous sommes encore en phase expérimentale avec l’impression 3D. Ce sera surtout intéressant pour les projets de construction complexes, mais sans doute aussi pour les camions-toupies qui font la file pendant deux heures et risquent que le béton liquide ne durcisse trop vite. »

Le bénéfice n’est pas ma première priorité. Je préfère investir dans la recherche et le développement

Mais, ce qui anime surtout Serge Celis, c’est sa passion pour les scories. « Le bénéfice n’est pas ma première priorité. Je préfère investir dans la recherche et le développement. Je suis impatient de découvrir comment nous allons pouvoir recycler les scories de façon encore plus durable et rentable. Je ne suis pas prêt de prendre ma pension ! »

Conseils d’entrepreneur
  • Entourez-vous de collaborateurs jeunes, talentueux et motivés

    « C’est un cliché, mais les collaborateurs talentueux et fiables sont toujours rentables. Dès son premier jour de travail, Dirk Van Mechelen nous a mis sur la voie de la carbonatation. »

  • Volonté, détermination, confiance et persévérance

    « L’année passée, un test a montré qu’un mur bâti en " CO2Mpensatiestenen " n’offrait pas une résistance suffisante au feu. Après adaptations, j’ai décidé en concertation avec nos collaborateurs d’effectuer un second test, mais ce dernier coûtait 15.000 euros. Heureusement, notre mur a passé ce second test avec succès. »

  • Adoptez une stratégie multipiste

    « Ayez plusieurs cordes à votre arc, car vous pouvez un jour vous retrouver dans une impasse. Évitez dès lors de vous y enliser en diversifiant vos activités. »

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