Innovation

17 Février 2017

Des souris et des hommes


La fin du travail ? Les augures des nouvelles technologies ne sont guère optimistes : les automates seraient sur le point de détruire des millions d’emplois d’ici quelques années. Ce qui nous est présenté comme une rupture technologique ne vient pourtant pas d’une invention nouvelle (comme la machine à vapeur ou le moteur à explosion), mais de la convergence de quatre technologies au développement exponentiel : les capteurs, les réseaux, l’ordinateur et la robotique.

La combinaison de ces quatre éléments permet non seulement de surpasser l’homme en matière de force physique, de fiabilité ou de vitesse d’exécution (caractéristiques des précédentes révolutions industrielles), mais dote surtout la machine de trois aptitudes nouvelles : la perception de l’environnement, la motricité fine et une capacité de raisonnement et de prise de décision suffisante pour battre l’homme au jeu de go comme dans le diagnostic de certaines maladies.

Les robots et logiciels ont une connaissance infiniment précise et une capacité de calcul implacable. Ils apprennent d’eux-mêmes à prendre de meilleures décisions que les humains dans de nombreux domaines.

L’ère de l’automatisation

Nous sommes en pleine nouvelle vague d’automatisation, dans l’industrie mais encore plus dans les services. Avec des coûts marginaux proches de zéro et des rendements jamais décroissants, le logiciel ne laisse aucune chance au travail. Davos (World Economic Annual Meeting 2017) ne prend donc pas beaucoup de risques en affirmant que des millions d’emplois sont menacés par les automates. Faut-il pour autant condamner l’homme à l’oisiveté ? Rien n’est moins sûr.

"Faut-il condamner l’homme à l’oisiveté ? Rien n’est moins sûr."

Les fondements de l’intelligence artificielle fixent des limites à l’automatisation. Que ce soit Deep Blue jouant aux échecs ou la Google Car circulant dans le trafic, le logiciel qui les pilote ne fait qu’obéir à des probabilités, sans en comprendre le sens ni les règles auxquelles elles obéissent. Les humains disposent là d’atouts majeurs : les valeurs, le jugement, l’empathie, l’émotion, la créativité. Ces attributs constituent le socle sur lequel nous devrions refonder notre rôle dans un monde robotisé et les raisons d’envisager l’avenir avec sérénité.

Tous les métiers ne peuvent pas être automatisés

Il y a d’abord tous ces métiers dont la valeur provient justement du travail manuel ou de la pensée humaine et dès lors inaccessibles à la machine par principe : l’art, l’artisanat, certains soins médicaux ou esthétiques, la politique. Viennent ensuite les métiers nouveaux requis pour développer la technologie, concevoir les interfaces homme-machine et en gérer les conséquences : statisticiens, programmeurs, roboticiens, graphistes, ergonomes, psychologues, sociologues…

Vient aussi la bureaucratie - inépuisable vivier d’emploi moyennement qualifié - dont le numérique promet sans cesse de nous débarrasser mais qu’en réalité il entretient et exacerbe. Il y a surtout les opportunités engendrées par la technologie si nous sommes assez inventifs et audacieux pour les saisir. Pour commencer, les plates-formes d’échange comme Airbnb permettent de mieux exploiter nos ressources, libérant le micro-entrepreneuriat voire l’artisanat.

Robotisation et réhumanisation

Il existe aussi des besoins qu’aucune machine ne saurait satisfaire, le premier étant la reliance sociale. Apprenons - tant collectivement qu’individuellement - à distinguer les interactions que nous consentons avec des automates et celles que nous exigeons de traiter avec d’autres humains. Mettons à profit les ressources libérées par les machines pour développer le service aux personnes et mettre fin à l’isolement social. Le reste est une affaire de valeur : à nous de veiller à ce que celle créée par les robots et logiciels soit redistribuée à l’humain.

Il n’est pas raisonnable de craindre ce qu’on ne peut éviter. Le progrès du numérique est si fulgurant qu’il balayera de nombreux métiers et secteurs. Soit ! Laissons aux automates ce qu’ils font mieux que nous, mais efforçons-nous d’adapter nos organisations et normes sociales avant que la technologie nous les dicte et faisons rimer robotisation avec réhumanisation.

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