Innovation

24 novembre 2017

L'hôpital social en 2030

Le secteur des soins est un secteur social par excellence qui attire des collaborateurs socialement engagés. Depuis quelques années, quelques évolutions ont mis l'aspect social et l'accessibilité des soins sous pression, notamment en attribuant la priorité à l’efficacité et aux procédures, aux économies perpétuelles et à l'augmentation de la numérisation. Où est-ce que cela nous mènera en 2030 ? Comment les hôpitaux peuvent-ils veiller à ce que leur rôle social reste garanti ? ING a posé la question à Lon Holtzer, Ambassadeur flamand des soins.

Selon Lon Holtzer, l’innovation technologique a un impact important sur le rôle social des soins : « Le but n'est pas que la technologie vienne à remplacer le personnel. Je ne pense pas non plus que cela va arriver. Le visage humain fait partie intégrante de ces soins. Le vieillissement et le fait que les gens restent plus longtemps en bonne santé, ainsi que le progrès médical, contribuent à ce que les gens aient besoin de soins à un âge plus avancé. Ça signifie également que nous devons gérer de plus en plus de maladies chroniques et que les patients qui sont hospitalisés souffrent plus souvent de pathologies multiples. C’est pourquoi nous devons investir dans des prestataires de soins spécialisés qui s'aident des innovations technologiques. »

Embrasser la technologie

De nouvelles fonctions, comme celle de technologue des soins, se développent sous l'influence de la numérisation. Lon Holtzer : « Dans l’idéal, il s'agit d’une personne qui a une expérience médicale et qui est le lien entre les soins et la technologie, et qui réfléchit à quelle technologie promouvoir et à la manière de le faire.
Nous devons éviter que le personnel soit trop occupé par les aspects technologiques de leur job et n’ait plus de temps à consacrer à la personne qui se cache derrière le patient. C’est une plainte que nous entendons beaucoup aujourd'hui. Nous devons en revanche nous assurer que la technologie aide les prestataires de soins dans l’exercice de leur travail. C’est pourquoi les hôpitaux doivent embrasser la technologie. »

Accorder plus d'attention à une méthode de travail numérique pendant la formation
Ils doivent non seulement se familiariser avec la technologie, mais aussi réapprendre à dialoguer avec les patients

« Cette intégration est un processus qui demande du temps. Mais j’y crois dur comme fer. Nous sommes aujourd'hui dans une phase difficile où les prestataires de soins apprennent à utiliser la technologie. Y accorder plus d’attention lors de la formation est crucial, tout comme est essentielle la formation continue des médecins, des infirmiers et des autres prestataires de soins. Ils doivent non seulement se familiariser avec la technologie, mais aussi réapprendre à dialoguer avec les patients. Je vois à l’heure actuelle que les prestataires de soins se cachent parfois derrière la technologie, alors que le lien personnel avec le patient peut faire toute la différence pour lui lorsqu'il choisit un hôpital. »
La technologie offre aussi des outils qui permettent au patient de prendre lui-même les commandes. « Il existe une app pour les enfants dans le service oncologie avec trois touches pour appeler les infirmières : rouge pour les urgences, orange si vous pouvez attendre un petit peu et vert pour les problèmes qui ne sont pas urgents. La conséquence ? Les enfants reçoivent un droit de décision, plus de responsabilité. Et les infirmières sont moins sollicitées. »

Vers une véritable politique familiale

« L’hôpital joue en fin de compte un rôle limité dans la place totale qu’occupent les soins, une chose dont les hôpitaux n'ont pas souvent conscience. Chaque hôpital doit réfléchir à la manière dont il veut ou peut évoluer. » Lon Holtzer voit des changements s’opérer dans le paysage hospitalier dans un futur proche, avec, d’un côté, des « focused factories » spécialisées où les patients pourront subir une intervention bien spécifique et, de l’autre côté, des hôpitaux dispensant des soins plus complexes. « Dans les centres spécialisés, le côté social est d’une importance secondaire. Mais les hôpitaux qui mettent l’accent sur la prise en charge totale du bien-être et des soins au patient doivent passer à la vitesse supérieure. »
« Aujourd'hui, on accorde encore trop peu d'attention à une approche intégrée des soins par des équipes multidisciplinaires. Les hôpitaux sont actuellement encore extrêmement axés sur la médecine et non sur les soins périphériques. Pour travailler dans une optique davantage orientée sur le patient, il est nécessaire d’utiliser tous les externes. Pensez par exemple aux équipes qui impliquent les médecins généralistes et les aides familiales de confiance. Ces externes englobent aussi les membres de la famille ou le conjoint du patient. Je plaide en faveur d’une véritable politique familiale, qui tire parti des capacités et des expériences des membres de la famille. La famille doit en outre être bien informée sur la période qui suit l’hospitalisation et sur la manière dont elle peut par exemple jouer un rôle dans le processus de revalidation. »

Un village dans la ville
De bons soins, ça va plus loin que dispenser des soins médicaux, il s'agit de donner aux gens une place dans la société

Le docu-série éponyme de Jan Van Rompaey sur le Gasthuisberg de Louvain faisait déjà état de cela : un hôpital peut aussi jouer un rôle social dans le quartier où il est situé. Rendez les bâtiments accessibles aux autres. Pour Lon Holtzer, il est important que les riverains trouvent leur chemin vers les établissements de soins qui sont au coin de la rue. « De bons soins, ça va plus loin que dispenser des soins médicaux, il s'agit de donner aux gens une place dans la société. Si les gens ont l'impression de faire partie d'un tout, cela favorise leur bien-être. Les hôpitaux devront se concentrer de plus en plus sur cet encadrement social. Peut-être en faisant disparaître les murs entre les différents prestataires de soins. »

Le lien avec les soins de santé primaires

Pour les soins ambulatoires et socialisés, il reste la question de savoir comment les hôpitaux considèrent ce lien avec les soins primaires. À l’heure actuelle, ce lien n’existe pas encore dans la tête de nombre de directeurs d’hôpitaux. « Pour répondre à cette question, il est préférable que vous sortiez des sentiers battus. Le lien entre les hôpitaux et les soins de santé de première ligne peut aller un cran plus loin, par exemple, qu’un poste de garde pour les urgences. Aujourd'hui, lorsqu'une personne âgée est hospitalisée, l’expertise accumulée par les prestataires de soins habituels - comme les infirmières à domicile ou les aides familiales - et la relation construite avec eux, sont immédiatement perdues. Pourquoi ces personnes de confiance ne pourraient-elles pas continuer à dispenser leurs soins à l’hôpital ? »

Acteur économique important

Lon Holtzer s’indigne lorsqu’on l'interroge sur l'abordabilité du secteur des soins de santé. « Il est vrai que les soins de santé reçoivent beaucoup de subsides, mais ce secteur est aussi un acteur économique important qui crée de nombreux emplois. Et, en soi, le coût pour le patient peut être supportable. Prenez les soins aux personnes âgées. Les prix d’une journée dans une maison de retraite et de soins sont en effet très élevés mais, d’un autre côté, la durée de séjour est aujourd'hui en moyenne d'à peine deux ans. C’est une diminution sensible par rapport à il y a quelques années. Même dans les hôpitaux, nous allons vers des séjours plus courts. Nous devons évaluer le coût des soins en fonction des gains économiques que le secteur génère. Et la situation est alors bien plus nuancée. »

Garantir l'accessibilité est possible

Lon Holtzer est aussi assez confiant quant au fait de continuer à garantir l'accessibilité aux soins de santé. « Je ne veux être pessimiste en ce qui concerne l'accessibilité future. Tout évolue : il y a des aspects qui deviennent plus chers et d'autres dont le prix diminue. Les hôpitaux peuvent eux aussi faire des adaptations pour proposer des soins abordables : en proposant une offre de soins différente, en se concentrant davantage sur la prévention, en diminuant leur prix et en laissant les patients faire plus de choses par eux-mêmes. »

    Rendre les hôpitaux social proof d’ici 2030 :
  • en impliquant les patients et leur famille dans la politique
  • en développant des réseaux multidisciplinaires au sein des hôpitaux et en dehors de ceux-ci
  • en œuvrant pour la prévention
  • en investissant dans la technologie sans perdre de vue la composante sociale.
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