Innovation

4 novembre 2016

Créer une start-up innovante : récit d’un succès

Eric Kenis s'entretient avec Wouter Uten, fondateur d'UgenTec

Wouter Uten est entrepreneur à succès et fondateur d'UgenTec, une entreprise qui propose un logiciel révolutionnaire automatisant les analyses ADN. Il dispose donc d'une bonne expérience. Uten avait 21 ans lorsqu'il a créé UgenTec, au printemps 2014. Huit mois plus tard, la société comptait déjà huit collaborateurs. En 2015, l'entreprise passe encore à la vitesse supérieure suite à l'intégration de moyens supplémentaires. Aujourd'hui, deux ans après la création de l'entreprise, Uten et son équipe de 15 collaborateurs obstinés chamboulent le monde des laboratoires médicaux. Pour info, Uten vient d'avoir 23 ans.

“Comment tout a commencé pour vous ?”

“À 16 ans, j'étais éboueur l'été, un boulot d'étudiant. Un jour, pendant ma tournée, j'ai vu quelques jeunes mecs dans un garage assis derrière un ordinateur. Sur la pancarte accrochée au-dessus de la porte du garage on pouvait lire : Création de sites internet. Je me suis dit : 'S'ils peuvent le faire, moi aussi'.”

“Moins de deux semaines plus tard , je demandais un numéro de TVA et démarrais ma première entreprise. Utec Solutions était une petite entreprise de création de sites internet. Je me chargeais des ventes et embauchais quelques autres étudiants talentueux. Nous avons créé des sites internet de même qualité, et même meilleurs, que ceux conçus par des agences renommées. Mais à des prix plus compétitifs ! Un bon business model en fin de compte. Et c'était le cas. Au bout de quelques mois, nous étions devenus le partenaire web d'environ 35 entreprises.”

“Utec Solutions, c'était un mélange de jeunes talents, d'envie d'entreprendre et de fun. Durant cette période, j'ai pu gouter à l'entreprenariat, sous toutes ses facettes. Ça m'a beaucoup plu. Dès la fin de mes études, je le savais : je me lancerai à temps plein dans l'entreprenariat. Pendant mon stage réalisé dans une grande entreprise de biotechnologie, j'avais développé un prototype de logiciel. C’était le prédécesseur de celui que nous commercialisons actuellement. Et c'était la base d'UgenTec.”

UgenTec repose sur 3 piliers : un prototype, mon enthousiasme d'entreprendre et un client qui paie.

“UgenTec repose pour ainsi dire sur trois piliers : le prototype que j'avais développé, mon enthousiasme d'entreprendre et enfin, et c'est important, sur un client qui paie, c’est-à-dire l'entreprise dans laquelle j'ai réalisé mon stage. Je vivais encore chez mes parents et n'avais rien à perdre. Si ça ne se passait pas bien, cela resterait malgré tout une bonne expérience à inscrire sur mon cv.

6 conseils de Wouter Uten aux start-ups
  • Lorsque votre entreprise apparaît dans la presse, elle devient plus attractive et vous pouvez plus facilement recruter des collaborateurs de haut niveau.
  • Structurez bien votre entreprise dès le départ. En tant que fondateur, vous pourrez ainsi partir en vacances l'esprit tranquille.
  • Avant de vous adresser à des investisseurs, assurez-vous de bien clarifier les choses concernant la propriété et le contrôle de l'entreprise.
  • Avant de vous lancer dans l'aventure avec votre co-fondateur, assurez-vous de bien fixer les règles en cas de séparation.
  • Vous ne devez pas avoir peur de dépenser de l'argent pour bien construire votre entreprise.
  • Tirez le maximum des euros que vous investissez.
“À quoi sert le logiciel au juste ?”

“Notre logiciel aide les labos à traiter plus vite leurs analyses ADN. Nous automatisons en quelque sorte les tâches répétitives exécutées aujourd'hui manuellement par les laborantins. C'est important, car dans un labo, il n'y a pas de temps à perdre. La durée des analyses doit être la plus courte possible, pour savoir le plus vite possible à quel type de virus ou cancer on a affaire. Il existe par exemple 20 types de leucémies, chacune avec son propre traitement à démarrer le plus vite possible. Notre logiciel contribue à réaliser un diagnostic plus rapide et précis pour ce type de patients, mais aussi pour des patients présentant une autre forme de cancer, un VIH, des infections gastro-intestinales ou des voies respiratoires.”

“Et il existe donc un marché pour cela ?”

“Cela semble être le cas. Je ne me suis pas lancé avec UgenTec sans me préparer bien sûr. J'ai discuté avec beaucoup de monde avant de me lancer dans l'aventure. C'est ainsi que j'ai progressivement développé et approfondi mon histoire. J'avais déjà une idée assez précise de ce que je voulais atteindre, mais je devais encore apprendre à me vendre et à vendre mes produits. J'ai servi mon premier client comme un roi. Lorsque deux mois plus tard, un deuxième client se présentait déjà, j'ai commencé à comprendre : un marché existait bel et bien pour mes produits ! Une fois familiarisé avec le marché, il m'est apparu évident que celui-ci croissait rapidement et qu'il dépassait les frontières. Un terreau de croissance parfait pour une start-up de rupture ambitieuse.”

“Quand votre partenaire Tom Mertens est-il apparu”

“J'allais parfois boire une bière avec Tom, et je suis tombé sur lui lors d'une soirée de réseautage. Un soir, nous nous sommes mis à parler de mon idée. Il est vite devenu évident que nous étions complémentaires. Je me concentre sur l'aspect technique et opérationnel alors que Tom est orienté ventes et stratégie. Il avait plus d'expérience et avait fait plus d'études. J'étais ambitieux et enthousiaste. Le timing était par ailleurs parfait : Tom venait de décider de se retirer d'un autre projet. Peu de temps après, nous avons développé ensemble le premier plan financier.”

“Comment avez-vous convaincu vos investisseurs de soutenir votre projet ?”

Avant toute chose et surtout, Tom et moi avons bien tout préparé en interne. Toute la discussion sur les actions a heureusement été balayée assez vite. Je vois beaucoup de start-ups se perdre dans ce type de discussions. Mais nous, nous avons tout de suite su que nous étions tous les deux et nous ne sommes pas tombés dans le panneau. Nous avons bien réfléchi à ce que nous ferions si les choses ne se passaient pas bien. Nous savions déjà, en quelque sorte, de quelle manière nous nous séparerions avant même d'être mariés.

Deux phrases nous suffisaient pour expliquer aux investisseurs notre mode d'organisation interne. Ça c'est un 'check'

“Les discussions avec les investisseurs ont vite commencé. À ce moment précis, nous étions capables de leur expliquer en deux phrases de quelle manière la propriété et le brevet étaient organisés en interne. Un bon 'check' pour les investisseurs ! Car si vous ne pouvez pas l'expliquer, vous n'allez nulle part.”

“Mais les investisseurs seuls ne suffisent pas bien sûr.”

“Tout à fait. Trouver des clients a été un peu plus difficile. Enclencher des ventes a été plus long que nous l'aurions souhaité. 80 % des labos nous trouvaient peut-être intéressants, mais en même temps, nous arrivions avec une solution qui allait automatiser une activité essentielle de leur entreprise. Parallèlement à cela, les labos n'étaient pas ou peu familiers avec des termes tels que 'cloud' et 'logiciel service' et notre plate-forme n'avançait pas. C'était entièrement nouveau, ce qui est difficile pour convaincre des clients potentiels. Vous devez dans ce cas gagner leur confiance en analysant bien les données historiques. C'est la seule manière de les convaincre de l'intérêt de la nouvelle technologie. Mais à ce moment-là, vous vous heurtez aussi à un nouveau modèle de prix. Cela prend bien évidemment un certain de temps, mais aujourd'hui tout va très bien.”

“Le défi est maintenant de trouver les bonnes personnes expérimentées pour nos ventes à l'international. Nous nous concentrons actuellement sur l'Europe et travaillons exclusivement avec des collaborateurs locaux construisant un réseau local. Ici aussi, nous plaçons la barre haute. Nous ne travaillons qu'avec les meilleurs et essayons de tout mettre en place professionnellement. C'est une exigence absolue sur notre marché : nous devons structurer notre entreprise et fonctionner comme si nous étions déjà beaucoup plus grands. Heureusement, nous recevons souvent des avis très positifs sur notre manière de travailler, aussi bien de nos clients que de nos partenaires. Cela nous motive énormément pour nous donner à fond chaque jour.”

“Que conseilleriez-vous à d'autres start-ups de rupture ?”

“De poursuivre ce qu'elles ont commencé. Si je ne sais pas passer à gauche ou à droite du mur, par dessus ou par dessous, alors je dois le traverser. Mais quoi qu'il arrive, je passerai !”

En savoir plus ?

Quels sont les facteurs les plus importants dans le succès des entreprises de rupture ?

Découvrez les réponses de Philippe Bergez, responsable de l’ING FinTech Village.

Philippe Bergez explique la technologie de rupture


Trouvez de l’inspiration lors d’un des nombreux événements que nous organisons ou soutenons ! Plus d’info sur ing.be/businessevents