Gert Bervoets  

Gert Bervoets

CEO de H.Essers

 

Grâce à sa triple stratégie, H.Essers connaît une croissance exponentielle depuis plus de deux décennies. L’entreprise logistique de Genk enchaîne les reprises et ne cesse de grossir son chiffre d’affaires en Europe centrale et de l’Est. Son CEO, Gert Bervoets, nous explique pourquoi et comment.

Près de 410 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, un peu plus de 3.700 collaborateurs, 32 filiales dans 11 pays, des chiffres qui laissent rêveur. « Tout est relatif », estime Gert Bervoets, CEO de H.Essers depuis le 1er avril 2013. « Au Limbourg, nous nous trouvons dans le peloton de tête – nous sommes le plus gros employeur de la province –, mais au niveau belge, nous ne figurons que dans la moyenne, et au niveau européen, nous ne représentons pas grand-chose. Nous gardons donc les pieds sur terre. »

De grandes ambitions

Les pieds sur terre, certes, mais de grandes ambitions. Depuis le milieu des années 1990, la firme a plus que quadruplé son chiffre d’affaires. L’entreprise familiale – Hilde Essers, petite-fille de Henri Essers qui a fondé l’entreprise en 1928, est aujourd’hui administratrice déléguée avec son père, Noël Essers – vise dans les prochaines années une poursuite de l’expansion, tant via des reprises que via une croissance naturelle.

Une croissance annuelle de 10 %

« Une croissance annuelle de 10 % ou plus est nécessaire pour soutenir notre stratégie », explique Gert Bervoets. « Nous voulons être une entreprise asset-based, c’est-à-dire basée sur ses propres actifs : nous investissons l’intégralité de notre bénéfice dans des tracteurs, des semi-remorques, des entrepôts et l’IT. Cette stratégie nous permet de répondre à la demande du marché avec rapidité et flexibilité, comme nous le voulons. Les choses ne sont pas aussi fluides quand vous louez des entrepôts. Néanmoins, pour pouvoir rembourser ces crédits, nous devons continuer à croître. Et pour pouvoir croître, nous devons continuer à investir. Croissance et investissements sont donc indissolublement liés. »

Des investissements à concurrence de 56 millions d’euros

H.Essers réalise de nombreux investissements chaque année. En 2013, l’entreprise a investi 56 millions d’euros : 25 millions dans des bâtiments, 25 millions dans du matériel roulant et 6 millions dans l’IT. En octobre 2013, cette entreprise qui fait la fierté du Limbourg a également ouvert une nouvelle implantation de 30.000 m2 à Bucarest, capitale de la Roumanie.

1 million de m2 d’espaces de stockage

Autres investissements récents: un entrepôt de 12.000 m2 mis en service en septembre 2013 à Wilrijk, 10.000 m2 d’espaces de stockage supplémentaires au siège principal de Genk, adaptés en janvier 2014 à la manutention des produits pharmaceutiques, et un nouveau centre de distribution de 10.000 m2 à Lommel. Ce centre sera opérationnel en mai 2014 et a été tout spécialement construit pour la collaboration avec Spaas Kaarsen. L’offre de services de H.Essers remonte en effet toujours plus en amont dans la chaîne d’approvisionnement, au plus près de la production. La logistique et le stockage représentent un bon quart du chiffre d’affaires. Pour le chocolatier Godiva, par exemple, le site de Kampenhout assure non seulement la logistique et la distribution, mais aussi l’emballage. Tous sites confondus, H.Essers disposera à la mi-2014 de près de 1 million de m2 d’espaces de stockage.

Un nouveau tracteur par jour

Une seconde tranche de 25 millions d’euros est consacrée aux tracteurs et aux semi-remorques. La flotte de H.Essers compte 1.250 véhicules, qui sont remplacés tous les quatre ans. « Nous avons ainsi besoin chaque année de 200 à 350 véhicules. Cela revient pratiquement à un nouveau tracteur ou semi-remorque par jour. A cet égard, nous pouvons compter sur ING Lease, un département spécialisé d’ING. »

Aussi par voies aérienne et ferroviaire

En plus du transport classique par la route, l’entreprise occupe encore d’autres niches, comme le transport spécialisé entre les aéroports européens, les convois exceptionnels, le transport en vrac et le transport multimodal. Le siège principal de Genk possède un terminal d’où part un train cinq fois par semaine à destination de Curtici en Roumanie.

Des coffres-forts sur roues

Si l’asset-based constitue le premier choix stratégique, le second est la spécialisation dans les produits pharmaceutiques, les produits chimiques et le « high security », c’est-à-dire le transport de marchandises à haute valeur, comme l’électronique, les vêtements ou les cigarettes. Le niveau des investissements est dès lors encore plus élevé. « En raison de leurs cargaisons, nos camions doivent pouvoir être suivis à distance. Nos semi-remorques doivent pouvoir conserver leurs cargaisons au frais et ils bénéficient d’une protection supplémentaire. Ce sont de véritables coffres-forts sur roues. Nous avons ainsi intégré pas moins de sept cartes SIM dans certains de nos semi-remorques : grâce à cela, les espaces de chargement ne peuvent être déverrouillés que si le siège de Genk en prend l’initiative. C’est la raison pour laquelle nous investissons aussi chaque année près de 6 millions d’euros dans nos propres développements IT. »

Un regard sur l’Europe de l’Est

Le troisième choix stratégique de H.Essers est la focalisation sur l’Europe centrale et de l’Est. L’entreprise de logistique estime qu’il y a encore là-bas de nombreuses possibilités de croissance. Entre-temps, la Roumanie est devenue sa deuxième « patrie », suivie de près par la Turquie et la Russie. Le trafic vers Moscou a ainsi fortement augmenté au second semestre 2013. L’offre de transport « high security » n’y est certainement pas étrangère. « Alors que cet été encore, 10 à 15 camions par semaine partaient pour la Russie, nous en sommes aujourd’hui à 50 par semaine. Ils vont jusqu’en Lituanie où ils sont relayés par nos chauffeurs russes. La douane russe ne laisse pas pénétrer qui veut dans le pays ! », précise Gert Bervoets.

Des crédits conformes au marché

Vu le fort accent sur la croissance et la stratégie asset-based, H.Essers a besoin chaque année d’importants crédits d’investissement. « Depuis de nombreuses années, ING est un partenaire important en la matière. La banque met tout en œuvre pour nous proposer des tarifs conformes au marché. Notre volume de crédit et notre relation à long terme – H.Essers et ING collaborent depuis vingt ans déjà – n’y sont assurément pas étrangers. »

Extension du cash pooling vers la Roumanie

En 2013, H.Essers a remporté un « Leeuw van de Export », un prix décerné par Flanders Investment & Trade aux entreprises qui cartonnent à l’exportation. H.Essers réalise 84 % de son chiffre d’affaires à l’étranger. « Notre groupe compte énormément de sociétés, dans différents pays, avec chacune leurs propres comptes. Nous avons instauré avec ING un cash pooling, une gestion centralisée de la trésorerie, afin de l’optimaliser. Le système fonctionne de façon fluide et nous voulons désormais aussi l’étendre à la Roumanie. Un projet peu évident à cause des difficultés posées par la législation, mais je suis convaincu qu’ING y parviendra. »

Le factoring

Outre le leasing, les crédits et le cash pooling, ING va prochainement aussi faciliter la croissance de H.Essers avec le factoring ou affacturage. « Un sixième de notre chiffre d’affaires de 410 millions d’euros est continuellement ouvert, étant donné que nos clients ont un délai de paiement à 30 ou même 60 jours. Ce mécanisme financier nous permet de nous débarrasser de cette dette auprès de la banque, tout en continuant nous-mêmes à assurer le suivi du paiement des factures. Cette forme de financement suit en principe le chiffre d’affaires et peut donc contribuer à la croissance. »

Vision et conseil

Un service d’ING, auquel recourt actuellement encore trop peu H.Essers, d’après Gert Bervoets, est celui des conseils et études de marché. Récemment, ING Event Financing a réalisé une étude afin de permettre à H.Essers de mieux comprendre sa structure bilantaire actuelle et les possibilités de financement de sa croissance. « Les tendances macro-économiques, les nouvelles technologies et les prévisions portant sur le prix du diesel, par exemple, peuvent aussi être très utiles. Nos semi-remorques consomment 50 millions de litres de diesel par an. Savoir que le prix au litre va augmenter ou diminuer de 10 centimes est une information très précieuse pour la budgétisation. Je me demande aussi quel sera l’impact pour H.Essers d’une éventuelle percée du gaz de schiste parmi les sources d’énergie. »

Confiance et transparence

« Des mots comme “confiance” et “transparence” sont souvent galvaudés dans une relation bancaire, mais tant la Relationship Manager ING Belgique Martine Vansweevelt que le CFO Koenraad Rogiers, Hilde Essers et moi-même, nous avons l’habitude de communiquer de façon ouverte et sans langue de bois », dit Gert Bervoets. « Nous nous réunissons chaque trimestre pour passer en revue les résultats et présenter nos projets. Les rapports que nous entretenons nous permettent de savoir ce que nous pouvons attendre des uns et des autres. Nous n’enjolivons pas la réalité quand elle est moins rose et nous ne sommes pas non plus continuellement en train de faire notre marché auprès des autres banques. En échange, nous sommes assurés d’avoir de bons tarifs et une large prestation de services. Je pense que c’est la meilleure base pour une collaboration axée sur l’avenir », conclut-il.

Gert Bervoets : CEO maison

Le Limbourgeois Gert Bervoets (44 ans) est CEO de H.Essers depuis le 1er avril 2013. Avant d’occuper ce poste, il travaillait depuis onze ans déjà chez H.Essers. En 2002, il y a démarré sa carrière en tant que Plant Manager à Wilrijk, avant de se voir progressivement confier de plus en plus de responsabilités, notamment en Roumanie, jusqu’à assurer ces dernières années la fonction de General Manager Warehousing. Avant d’arriver chez H.Essers, Gert Bervoets a travaillé huit ans comme Group Product Manager chez Nestlé. Gert Bervoets a fait des études d’ingénieur commercial à la Hogeschool-Universiteit Brussel.

 

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