ÉCONOMIE

03 juillet 2017

Le futur de la trésorerie en Belgique


Karen Van den Driessche

Assistent Treasurer chez Avnet & Président d'ATEB

Michel Verholen

Director Global Treasury Center chez Zoetis & Vice President d'ATEB

Le paysage financier ayant considérablement évolué ces dernières années, nous nous sommes demandés quel en avait été l’impact sur le rôle du directeur financier. Et pourquoi la Belgique était toujours le meilleur pôle pour la trésorerie. Michel Verholen et Karen Van den Driessche développent le sujet.

Le nombre de centres financiers à grande échelle en Belgique a décru au cours de ces deux dernières années. « Il y a une dizaine d'années, la plupart des centres financiers situés en Belgique étaient de vastes entités opérationnelles. De nos jours cependant, il s’agit surtout de plus petits centres de compétence », explique Karen Van den Driessche.

"Aujourd’hui, il y a moins de centres, mais de meilleure qualité et qui ont une plus grande influence stratégique vis-à-vis du siège principal international."

Cette évolution a été en partie influencée par la décision du gouvernement belge de se passer du statut des centres de coordination. Ce qui ne fut pas nécessairement une mauvaise chose, au contraire. « Les précédentes trésoreries se concentraient davantage sur l’opérationnel, principalement à cause du nombre limité d’effectifs. Aujourd’hui, il y a moins de centres, mais de meilleure qualité et qui ont une plus grande influence stratégique vis-à-vis du siège principal international », explique Michel Verholen.

Évolution des trésoreries

Depuis la fin des années 1990 et jusqu’en 2008, juste avant la crise financière, on discutait beaucoup de l’emplacement des centres de trésoreries, notamment à cause des changements relatifs à la législation fiscale. Quand la crise a frappé, les entreprises ont été obligées de trouver leur place au sein d’un environnement économique nouveau et qui était en train de changer rapidement. Nombreuses furent celles qui se tournèrent vers leurs équipes financières pour les aider à relever la pléthore de nouveaux défis.

Le régime fiscal d’un pays a toujours joué un rôle prépondérant en matière d’emplacement de centre financier, mais le nouveau monde économique exigeait davantage de transparence ainsi que la centralisation de toutes les informations. Or, c’est exactement le travail auquel les finances se sont attelées par le passé. Avec comme conséquence un positionnement plus stratégique des équipes financières. En outre, l’évolution technologique et l’automatisation leur ont permis de travailler avec des équipes plus petites et plus efficaces. « Le modèle des trésoreries régionales strictement opérationnelles est dépassé. Pour souligner le rôle crucial de la trésorerie, il est devenu plus facile de faire approuver des projets qui génèrent davantage de transparence, tels que les efforts réalisés pour centraliser plus d’activités au sein des équipes corporate. »

Pourquoi la Belgique est la plate-forme parfaite pour la trésorerie
"La Belgique a bien plus à offrir qu’un simple climat fiscal attractif."

Les changements de la dynamique et des demandes ont eu un impact positif sur le rôle de la Belgique dans le secteur de la trésorerie. « La Belgique a bien plus à offrir qu’un simple climat fiscal attractif. Les trésoriers belges sont hautement qualifiés et disposent de nombreuses et solides compétences. En outre, les employés belges comprennent les complexités internationales d’autres régions.

Mis ensemble, ces facteurs font de la Belgique la plate-forme parfaite pour la trésorerie internationale… Raison pour laquelle beaucoup de centres de trésorerie situés en Belgique sont responsables des marchés asiatiques et africains. Nous constatons même que les sièges financiers sont installés ici plutôt que dans leur pays d’origine », explique Karen.

Michel Verholen confirme cette évolution : « De nombreux pays voisins de la Belgique disposent de la même gamme de compétences, mais dès que les choses deviennent un peu plus complexes, les employés belges se démarquent. C’est en partie dû à notre propre situation unique : d’une part, nous sommes connectés à la région anglo-américaine et d’autre part, nous comprenons la culture et la manière de penser des pays de l’Europe du Sud. Nous représentons la meilleure combinaison des deux mondes. »

Régime de taxation

Si une entreprise internationale ne s’intéresse qu’à la situation fiscale, la Belgique n’est peut-être pas le meilleur élève de la classe. « Le problème, c’est notre taux d’imposition assez élevé. Mais dans le même temps, il y a de multiples exceptions pour certains groupes. Nous devons changer cela. Nous devons nous débarrasser des différentes règles et exceptions, et nous assurer que la Belgique ait un climat fiscal clair, stable et transparent avec un taux d’imposition attractif », déclare Michel Verholen.

Heureusement, le régime de taxation n’est plus le seul facteur qui importe aux entreprises internationales lorsqu’elles cherchent un endroit pour ouvrir un centre de trésorerie. « La Belgique est un magnifique endroit pour vivre. Les équipements, les soins de santé et l’enseignement y sont de très bonne qualité. Mieux encore, les employés belges travaillent dur et sont excellents dans ce qu’ils font. Mais nous avons besoin de mieux promouvoir notre pays que nous ne le faisons actuellement. Il n’est pas étonnant de voir de nombreux directeurs financiers belges engagés pour travailler dans des pays voisins, précisément en raison de leurs compétences. Si nous pouvions améliorer la perception de notre pays et proposer un taux d’imposition plus attractif, il y aurait alors encore plus de bonnes raisons d’investir dans un centre de trésorerie en Belgique. »

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