Centres d'intérêt

11 décembre 2017

Apprendre autrement

Une école ordinaire mais néanmoins extraordinaire est née en 2016 dans le petit village wallon d'Hermalle-sous-Huy. Elle accueille des enfants présentant des troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité, pour lesquels l'enseignement traditionnel n'a pas les outils adéquats. Ce projet est porté à bout de bras par la fondation privée « Grandir avec le TDA/H ».

L'école communale d'Hermalle-sous-Huy, située entre Liège et Namur, est un établissement classique. Mais en apparence seulement, car dans deux de ses classes, la journée se déroule à un rythme différent. Les modules de cours sont limités à 25 minutes et les leçons de calcul ou de français alternent avec un cours de cuisine, un atelier bricolage, une promenade dans les bois ou encore une séance de méditation de pleine conscience. Il n'y a ni devoirs ni punitions, mais les soins à apporter aux deux pensionnaires du poulailler font partie du programme de la semaine et l'accent est mis aussi sur le développement personnel. L'école « Grandir autrement » accueille des enfants présentant des troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H).

Qu'est-ce que le TDA/H ?

Cet acronyme dissimule une situation compliquée pour de nombreuses familles. Un enfant diagnostiqué TDA/H présente une série de symptômes persistants qui compliquent la vie quotidienne et l'apprentissage scolaire : inattention, impulsivité, agitation permanente, manifestations d'impatience… auxquels s'ajoutent généralement des troubles « dys » (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, etc.). Cette diversité neurodéveloppementale a des causes multiples, notamment la génétique ou certains facteurs environnementaux (l'exposition à des toxines, par exemple). En Belgique, le TDA/H toucherait entre 4 % et
5 % des enfants de 6 à 12 ans et est diagnostiqué trois à quatre fois plus souvent chez les garçons que chez les filles.


Danielle Marchand a choisi de s'intéresser à ces enfants qu'elle décrit comme « cabossés par l'enseignement traditionnel » après avoir croisé la route de l'un d'entre eux dans son entourage proche. « Je me suis rendue compte assez rapidement que son cas n'était pas isolé et que bon nombre d'enfants TDA/H sont transbahutés d'une école à l'autre ou délaissés au fond d'une classe pour finir en décrochage scolaire. Mon mari (cadre supérieur dans un grand groupe français, ndlr) et moi-même avons alors eu envie d'agir. »

Une deuxième classe à la rentrée 2017

En 2016, le couple crée la fondation « Grandir avec le TDA/H », dont Danielle est la cheville ouvrière. Il lui faudra une année pour donner vie à son projet d'école primaire ordinaire (non spécialisée) axée sur les enfants présentant des troubles de l'attention. Elle se fait épauler par une équipe pluridisciplinaire et le bourgmestre d'Engis, Serge Manzato, se révèle être un précieux allié pour mener cette expérience unique au sein d'une des écoles communales de l'entité. L'intégration au sein d'une école « ordinaire » permet des échanges constructifs avec les enfants qui la fréquentent à la récré, à la cantine, à la garderie ou durant les activités extrascolaires. « Dans la pratique, nous sommes assimilés à une école privée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui nous contrôle mais ne nous octroie aucun subside. »

Tous ces enfants sont attachants. Ils ont une sensibilité à fleur de peau qui, à mon sens, apporte quelque chose de positif à nos sociétés

L'école « Grandir autrement » démarre ses activités à la rentrée de septembre 2016 avec… un élève, à qui le réseau d'enseignement officiel n'a pu apporter l'aide adéquate pour éviter le décrochage scolaire. Top chrono : une année scolaire pour combler les « trous » dans les compétences, retrouver l'estime de soi, apprendre à contenir des émotions débordantes, cicatriser des blessures profondes, c'est un délai extrêmement court. « Ma grande fierté est que, grâce à l'équipe de professionnels qui m'entoure, cet enfant a réussi son CEB ! », déclare Danielle Marchand de sa voix douce. « Notre objectif n'est pas forcément qu'il entre un jour à l'université, mais qu'il devienne un citoyen épanoui, quelle que soit la voie qu'il aura choisie. C'est ce que nous souhaitons d'ailleurs à tous les enfants que nous accueillons. »

L'école mise sur pied par la fondation « Grandir avec le TDA/H » compte actuellement 11 élèves, ce qui correspond pratiquement à sa capacité maximale. « J'ai reçu des demandes d'admission d'un peu partout en Wallonie, et même de Paris, mais nous nous limitons à six enfants par classe », précise la directrice. Pour les accompagner : deux institutrices, une psychologue, une éducatrice spécialisée, des professeurs de karaté, de yoga, de méditation, des bénévoles dotés de compétences multiples et des stagiaires, en logopédie notamment… Une équipe soudée et profondément engagée dans le projet. « C'est très dur de devoir faire une sélection à l'entrée car tous ces enfants sont attachants. Ils ont une sensibilité à fleur de peau qui, à mon sens, apporte quelque chose de positif à nos sociétés, mais qu'ils doivent apprendre à gérer. Cela fait partie de notre mission », commente Danielle Marchand. « Pour être accueillis à l'école « Grandir autrement », les enfants doivent être diagnostiqués par un médecin comme présentant un TDA/H et ne pas manifester de troubles du comportement qui mettraient à mal le vivre ensemble au sein de notre petite communauté. Nous les avons donc accueillis trois demi-journées en juin dernier pour évaluer si notre école pouvait répondre à leurs besoins.

Ils comptent sur vous !
Nous aimerions pouvoir ouvrir une troisième classe dans l'enseignement fondamental car les demandes sont nombreuses

Pour développer l'école ainsi que d'autres activités de soutien aux enfants et adolescents présentant un TDA/H, la fondation « Grandir avec le TDA/H » - jusqu'ici financée par le couple -– compte sur l'appui de généreux donateurs. « Nous aimerions pouvoir ouvrir une troisième classe dans l'enseignement fondamental car les demandes sont nombreuses et, à terme, permettre aux enfants ayant décroché leur CEB de suivre chez nous le premier cycle de l'enseignement secondaire, qui est déterminant pour la poursuite d'une scolarité harmonieuse dans le circuit traditionnel », explique Danielle Marchand. Des démarches sont actuellement en cours pour obtenir la déductibilité fiscale. Un simple petit geste peut faire une immense différence pour la qualité de vie de ces enfants et de leurs familles !

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site ecole-grandir-autrement.be/fondation/.