ÉCONOMIE

06 juin 2017

Les communes face au défi démographique : grandes disparités passées et futures.


Philippe Ledent

Senior Economist

Dans cette nouvelle série d’études, nous confrontons les communes à différentes problématiques macroéconomiques traitées traditionnellement au niveau national ou régional. Or, les données nationales ou régionales paraissent souvent trop agrégées et trop éloignées de la situation ressentie par chaque citoyen. Par contre, les communes présentent le niveau de pouvoir mais aussi l’espace de vie le plus proche. Obtenir plus de granularité en utilisant des données communales, lorsque c’est possible, permet donc de mieux appréhender les différences parfois importantes vécues en fonction de la localisation de chacun. Si cette démarche peut être utile individuellement, elle vise également à éclairer les mandataires communaux sur la situation relative de leur commune par rapport à l’ensemble que constitue la Belgique.

De ce premier numéro consacré à l’évolution démographique et des revenus, on retiendra les résultats suivants :

"Il existe également un lien (négatif !) entre la taille de la population d’une commune et les inégalités de revenus."
  • Les villes n’ont pas plus de succès que les autres communes : il n’y a pas de lien clair entre la croissance de la populationet la taille initiale d’une commune.

  • Par contre, il y a un lien assez clair (et négatif) entre la taille de la commune et la croissance du revenu de ses habitants.

  • Dès lors, même si ce résultat est sujet à interprétation, il existe également un lien (négatif !) entre la taille de la population d’une commune et les inégalités de revenus.

  • La combinaison de l’évolution de la population et du revenu de celle-ci entre 2005 et 2014, ainsi que du niveau desrevenus et de leur dispersion permet de rassembler les communes en 8 groupes qui, à notre sens, ont fait et font encore face à des défis communs. Chaque état de ces variables représente en effet un type de défi que partagent les communes d’un même groupe. Ainsi, un groupe très restreint de 18 communes cumulent à la fois une démographie très dynamique, mais aussi une faible hausse des revenus fiscaux sur la période 2005-2014, alors que ceux-ci étaient déjà inférieurs à la moyenne en début de période. Pourtant, ce groupe de communes multipliant les défis socioéconomiques est loin d’être négligeable, puisqu’il rassemble pas moins de 1,5 million de personnes. L’étude complète et son annexe statistique donnent tous les détails relatifs à chaque commune et au groupe auquel elle appartient.

  • L’évolution parallèle ou opposée de la démographie et des revenus ne sont en fait pas totalement indépendantes l’une de l’autre. L’évolution de la composition par âge de la population de chaque commune peut jouer un rôle important, car le revenu n’est pas indépendant de la classe d’âge. En d’autres termes, l’évolution de la structure démographique d’une population peut être, parmi d’autres, un facteur clé expliquant l’appartenance d’une commune à un groupe particulier.

  • Or, une révolution se prépare en raison du vieillissement de la population. Le changement profond que subira la structure de la population, et qui touchera les communes de manière très différente, risque d’exacerber certaines évolutions observées sur le passé tout en imposant un nouveau défi important. Si pour l’arrondissement de communes de Bruxelles-capitale, ou encore ceux d’Arlon, Gand et Liège, le défi du vieillissement se traduira par une hausse modérée du taux de dépendance (le ratio entre les personnes en dehors de la population en âge de travailler et celle-ci), dans des arrondissements tels que Bruges, Ostende ou Furnes, le taux de dépendance dépassera l’unité contre une valeur inférieure à 0,8 aujourd’hui. Cela signifie qu’en 2037, il y aura dans ces arrondissements plus de personnes inactives que de personnes en âge de travailler. En Wallonie, c’est l’arrondissement de Philippeville qui semble le plus exposé au vieillissement, le taux de dépendance y passant de 0,66 à 0,9.

Et maintenant ?