Investir

20 avril 2022

Editorial

La crise énergétique mondiale étant exacerbée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui sont deux grands exportateurs de matières premières, les pressions inflationnistes gagnent en intensité – ING a récemment relevé ses prévisions relatives à la croissance des prix à la consommation à 5,4 % pour 2022 – et ce alors que l’activité économique perd de son allant.

Les consommateurs voient, en effet, leurs factures grimper et leur pouvoir d’achat s’éroder en raison du renchérissement des prix de l’alimentation, du transport et du chauffage. Et comme l’invasion russe vient encore renforcer les perturbations dans les chaines d’approvisionnement qui, depuis deux ans, mettent à mal la production, on comprend que de plus en plus d’entreprises sont confrontées à une hausse de leurs coûts de production et à une contraction de leurs bénéfices.

Ces dernières, qui avaient réussi à générer un retour sur investissement record en 2021, risquent, du coup, d’avoir du mal à réitérer l’exploit si l’on en juge par la hausse des coûts des intrants et des salaires à laquelle elles sont confrontées. Une situation plus complexe qui n’a pourtant pas empêché la Réserve fédérale américaine (Fed) d’entamer ce qui s’annonce comme le cycle de resserrement monétaire le plus agressif depuis le milieu des années 2000. La Fed laisse entrevoir la possibilité de recourir à sept relèvements de taux cette année. Son principal taux directeur devrait ainsi clôturer 2022 à 1,9 % et avoisiner les 2,8 % fin 2023.

Un changement de cap qui s’accompagne d’une hausse des rendements obligataires dont les effets se font déjà ressentir aux niveaux des entreprises. Quelle que soit leur santé financière, elles sont désormais confrontées à des conditions de refinancement plus difficiles. Un indicateur mesurant le coût de l’emprunt destiné à refinancer les obligations d’entreprises arrivant à échéance a atteint son niveau le plus élevé depuis 2009 (0,4 %), date de la crise mondiale du crédit.

La crise de l’énergie et le resserrement des politiques monétaires des banques centrales alimentent ainsi le spectre d’une stagflation comparable à celle que nous avons connue dans les années 1970 dans les principales économies de la planète. Bien que toujours peu probable à l’heure actuelle, les gestionnaires craignent de plus en plus que ce scénario – une inflation hors de contrôle sur fond de croissance en berne – finisse par devenir réalité, surtout en Europe. 

Ce contexte s’est jusqu’à présent montré nettement plus préjudiciable aux obligations (elles ont perdu 8,6 % de leur valeur depuis le début de l’année) qu’aux actions (-4 %). Les marchés boursiers des deux côtés de l’Atlantique sont, en effet, repartis à la hausse depuis le choc initial provoqué par l’invasion de l’Ukraine et ont récupéré une grande partie des pertes subies début mars (-10 %). Alors que les rendements réels – à savoir les rendements nominaux diminués de l’inflation – restent ancrés en territoire négatif dans de nombreuses régions du monde, se protéger de l’inflation par le biais du marché obligataire coûte très cher. Les matières premières et les actions devraient, à cet égard, offrir une solution plus abordable, même si ces classes d’actifs ne sont pas à l’abri d’un regain de volatilité en raison de l’instabilité géopolitique. Sachant que nous nous trouvons dans une situation inédite marquée par des rendements réels négatifs et une poussée très sensible de l’inflation, le raisonnement consiste simplement à comparer le rendement des bénéfices (l’inverse du ratio cours/bénéfice) des actions au rendement des obligations à 10 ans. Plus le chiffre obtenu est élevé (5,5% en Zone Euro), plus il y a de raisons de préférer les actions aux obligations.

Mais comme nous sommes aujourd’hui confrontés au premier régime d’inflation depuis le début des années 1990 et comme les banques centrales en ont fini avec les injections massives de liquidités, les investisseurs ont intérêt à faire preuve de sélectivité et à se concentrer sur les entreprises dont les bénéfices sont plus stables et prévisibles. On songe, notamment, aux actions peu sensibles aux variations des taux d’intérêt, comme les actions de valeur, les actions peu volatiles et celles offrant un rendement du dividende élevé, mais aussi à celles émises par les entreprises peu endettées et aux bilans sains, capables d’accroître leurs prix de vente et dont les flux de trésorerie progressent. Ces dernières, à l’instar des matières premières et des obligations indexées sur l’inflation, se comportent mieux en période de hausse des attentes inflationnistes et des taux d’intérêt. Ces actions se trouvent notamment dans l’industrie minière, le pétrole, l’acier et les produits chimiques.