Private Banking

17 mai 2022

Fin des rendements négatifs pour les obligations d’entreprise

Alors que les investisseurs se préparent au resserrement des politiques monétaires, le marché des obligations d’entreprise semble avoir tourné la page des rendements négatifs.

Tous les titres repris dans l’indice Bloomberg relatif aux obligations de bonne qualité crédit (« investment grade ») affichent aujourd’hui un rendement de 0 % ou plus. Il s’agit d’un revirement spectaculaire par rapport au mois d’août. A l’époque, plus de 1 500 milliards de dollars d’emprunts, principalement en Europe, présentaient encore un rendement négatif. Nous assistons donc à la fin d’une ère marquée par l’argent facile et les politiques exceptionnelles mises en œuvre par les banques centrales en vue de maintenir bas le coût du crédit et stimuler l’inflation et en réaction à une succession de crises - la crise financière de 2008, la crise des dettes publiques européennes en 2011 et la crise sanitaire de 2020. La situation s’est aujourd’hui totalement inversée. Les rendements obligataires flambent partout dans le monde et les investisseurs craignent de voir l’inflation devenir hors de contrôle. L’indice Bloomberg des obligations d’entreprise affiche actuellement un rendement moyen d’environ 3,7 %, son niveau le plus élevé depuis mars 2020, alors qu’à la fin 2020 il pointait à 1,3 %.

 

Les obligations d'entreprise à taux négatifs ont disparu


Le retour des rendements positifs constitue en soi une bonne nouvelle pour toute personne qui achète une obligation et qui entend la conserver jusqu’à son échéance. Avec un rendement moyen 1,5 % supérieur au rendement moyen des dividendes moyen de l’indice MSCI des principales actions mondiales, les obligations d’entreprise commencent à redevenir attrayantes. Pour retrouver un surplus de rendement comparable, il faut, en effet, remonter à 2011 !  

Selon la plupart des stratégistes, les rendements obligataires resteront positifs tant que les banques centrales garderont leur posture restrictive. Les banques centrales des sept pays les plus industrialisés ont collectivement alourdi leurs bilans d’environ 2 800 milliards de dollars l’année passée, portant ainsi le montant de leurs achats de dette durant la crise sanitaire à plus de 8 000 milliards de dollars. Au premier trimestre de 2022, elles ont encore fait gonflé l’addition de 340 milliards de dollars, mais cela représente environ 50 % de moins que les achats opéré l’année passée sur la même période. La tendance semble donc s’infléchir et Bloomberg Economics s’attend à ce que, pour le reste de l’année, leurs bilans se contractent de +/- 410 milliards de dollars. Le hic c’est que même si les banques centrales se désengagent progressivement, il est toujours plus difficile de retirer la prise que d’injecter des liquidités, surtout lorsque, comme c’est le cas aujourd’hui, les banques centrales se sont déjà engagées dans un cycle de hausse des taux.

A cet égard, il convient de préciser que le président de la Fed, Jerome Powell, semble bel et bien décidé à adopter le plus agressif resserrement monétaire depuis le milieu des années 2000 afin de « refroidir » une inflation et un marché du travail en surchauffe. Après avoir maintenu le coût du crédit proche de 0% pendant deux ans, dans le but de protéger l’économie contre les effets de la pandémie, la Fed a, en mars et en avril, rehaussé son taux directeur de 0,75 % (son objectif de taux se trouve désormais compris dans une fourchette oscillant entre 0,75 % et 1 %). Et la banque centrale US a clairement laissé entendre qu’elle allait procéder à cinq autres hausses de taux en 2022. Son principal taux directeur devrait ainsi terminer l’année autour de 2 % et avoisiner 2,8 % à la fin 2023.

Pour ce qui est de la Banque centrale européenne (BCE), les observateurs s’attendent à ce qu’elle fasse repasser ses taux, qui se situent pour le moment à un plancher record de -0,5%, au-dessus 0% cette année, ce qui serait une première depuis 2012 !

Les investisseurs hésiteront probablement à acheter des obligations tant que les banques centrales continueront de relever leurs taux, ou tant qu’ils ne seront pas totalement convaincus que l’économie est vouée à ralentir. L’histoire de la Fed montre que « piloter » les taux pour obtenir un atterrissage en douceur de l’économie est une tâche très complexe, à fortiori lorsqu’il faut, comme c’est le cas aujourd’hui, faire baisser une inflation au plus haut depuis 40 ans, tout en veillant au plein emploi ! Si elle resserre sa politique trop lentement, la banque centrale risque de faire déraper l’inflation et de devoir prendre des mesures encore plus agressives par la suite. Mais si elle agit trop rapidement, elle risque de déstabiliser les marchés et de faire tomber l’économie en récession. Et pour complexifier encore davantage la situation, la guerre en Ukraine fait grimper davantage les prix de l’énergie, de l’alimentation et des métaux, tout en ravivant le spectre d’une stagflation comparable à celle que nous avons connue dans les années 1970…

Dans ce contexte et sachant que l’indice Bloomberg des obligations « investment grade » (émises à la fois par les État et les entreprises) a déjà perdu 12 % de sa valeur depuis le début de l’année (du jamais vu depuis la création de l’indice en 1990 !), la volatilité sur les marchés obligataires risque de rester élevée.

 

Performance des obligations