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L’avenir du nucléaire

La décennie en cours sera cruciale si l’on souhaite atteindre, d'ici à 2050, l’objectif visant à réduire à zéro les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Afin de s’inscrire dans cette voie et limiter le réchauffement climatique à 1,75 °C, lesdites émissions doivent, selon BloombergNEF, être réduites de 30%, en l’espace de huit ans, par rapport à leurs niveaux de 2019.

On l’aura compris, l’enjeu est de taille, tout comme les efforts à consentir! L'arrêt de la production d'électricité à partir du charbon et le retrait progressif des véhicules à moteur thermique, au profit de ceux à propulsion électrique, ainsi que des chaudières à mazout et à charbon dans les bâtiments et l'industrie sont des étapes essentielles. Tous les secteurs d’activités devront être mis à contribution. Mais ce sont surtout les fournisseurs d’électricité qui devront, selon BloombergNEF, assumer l’essentiel (près de 80%) de l’effort avec, d'ici à 2030, une contraction de 57% de leurs émissions - soit l’équivalent de 55 gigatonnes de CO2 (GtCO2) - par rapport à leur niveau de 2019. Pour y parvenir, ils pourront compter sur le déploiement de technologies aujourd’hui rentables comme les parcs éoliens et solaires ainsi que les batteries électriques. Mais, au cours des huit prochaines années, il faudra également développer de nouvelles technologies pour espérer pouvoir atteindre une décarbonisation profonde de nos économies après 2030. Ces technologies dites de "phase II" comprennent l'hydrogène, le captage et le stockage du carbone (CSC) et certaines technologies en phase initiale de développement, notamment dans l'aviation et les industries à forte intensité énergétique, ainsi que de nouveaux réacteurs nucléaires plus petits et modulaires (ou SMR pour small modular reactors).

 

Le nucléaire peut contribuer à la lutte contre le changement climatique

Alors que les gouvernements du monde entier établissent des plans ambitieux pour tourner la page des combustibles fossiles, on réalise aujourd’hui que la fermeture des centrales au charbon ou au gaz naturel pourrait entraîner des pénuries d'électricité. Il est, en effet, difficile d'envisager un système énergétique reposant uniquement sur les énergies renouvelables ! Bien que les installations solaires, éoliennes et hydrauliques soient en plein essor, elles ne peuvent pas fournir de l'électricité en permanence. Le cas de la Californie est un bon exemple. Malgré un taux d’ensoleillement de 320 jours par an et un gros tiers de la production électrique provenant des énergies renouvelables, les Californiens vivent sous la menace quasi permanente de coupures électriques lors des pics de chaleur. Pendant ces épisodes, les besoins en termes de climatisation peuvent représenter jusqu’à 70% de la demande d’électricité.

Bien que considérée comme suspecte depuis les accidents de Fukushima, Tchernobyl et Three Mile Island, l’énergie nucléaire semble, du coup, regagner ses galons. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime qu'au cours des 50 dernières années, l'énergie nucléaire a permis d'éviter deux années d’émissions de dioxyde de carbone induites par les activités humaines ! En février, la Commission européenne a même franchi un pas supplémentaire en attribuant le label « vert » à l'énergie nucléaire. Elle considère désormais que cette technologie peut « faciliter la transition vers un avenir essentiellement fondé sur les énergies renouvelables. » Ce qui permet aux investisseurs privés d'injecter plus facilement des fonds dans ce secteur.

Si les Etats souhaitent réduire à zéro leurs émissions nettes de CO2, l'industrie nucléaire civile doit, selon l’AIE, doubler de taille au cours des deux prochaines décennies. Or, à l’heure actuelle, 441 réacteurs sont exploités dans le monde, soit autant qu'il y a dix ans. Et les projets de construction de nouveaux réacteurs – ils étaient au nombre de 51 en octobre de l’année passée – n’ont jamais été aussi faibles depuis 20 ans ! La lenteur de l'avancement des projets – moins de 20 GW par an – est également interpellant.

 

Nombre de réacteurs nucléaires en construction


Se doter de réseaux électriques plus verts grâce à de mini-réacteurs nucléaires

La course au gigantisme ayant manifestement atteint ses limites, le monde du nucléaire civil semble trouver la parade en imaginant des centrales de plus petite taille. L'année dernière, plusieurs pays et entreprises ont annoncé des initiatives ou des partenariats afin de développer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires (SMR), dont certains seront plus de 90 % plus petits que les imposantes installations érigées ces dernières décennies. Parmi les pistes imaginées, il y a même un prototype qui pourrait tenir dans une maison individuelle.

Ces nouvelles centrales ont en commun qu’elles sont conçues pour être plus rapides et plus faciles à construire. Elles pourraient aussi faire de l'énergie nucléaire une option abordable dans les pays qui n'ont pas besoin d'énormes réacteurs. Avec la flambée des prix de l’énergie, leurs coûts de production de l’électricité, qui oscillent, selon les estimations, entre 40 et 70 USD/MWh, s’avèrent compétitifs, même si le coût de l’énergie éolienne et solaire évolue entre 45 et 50/MWh dans une grande partie du monde.

Par ailleurs, les promoteurs des SMR mettent également en avant que leurs réacteurs auront besoin de beaucoup moins d'uranium que les grosses centrales conventionnelles. Ils sont donc plus sûrs puisque cela réduit d’autant le risque de fuite de radiations inhérent à toute centrale. Autre avantage, ces réacteurs peuvent être construits dans des usines, livrés par camion ou par train, puis assemblés sur place, ce qui permet de gagner du temps et de l'argent.

 

Le prix de l’uranium reprend vie

Preuve supplémentaire que les investisseurs sont attirés par les entreprises développant de nouvelles technologies dans le nucléaire civil, l'indice Solactive Global Uranium & Nuclear Components, qui leur est consacré ainsi qu’aux sociétés actives dans l'extraction et l'exploration d'uranium, a gagné plus de 280 % (en euros) depuis son point bas de mars 2020, en pleine crise de la Covid-19. Il faut dire que le bénéfice par action moyen des sociétés actives dans le secteur est attendu en hausse de 13,5% sur un an.

 

Le nucléaire civil attire les capitaux