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Les températures plus clémentes font chuter les prix du gaz naturel en Europe

L'Europe devrait connaître son mois de janvier le plus chaud depuis des années, avec à la clef une sensible atténuation des effets de la crise énergétique qui frappe le vieux continent depuis plusieurs mois.

Bien que cette situation climatique anormale mette encore davantage en lumière la nécessité de combattre le réchauffement de notre planète, la chaleur des dernières semaines a été accueillie comme une bénédiction dans nos pays qui, faut-il le rappeler, sont confrontés à une crise inflationniste qui a littéralement fait exploser les factures énergétiques des ménages et, par ricochet, renchérit sensiblement le coût de la vie. Le sursaut des températures constitue un fameux revirement par rapport aux températures glaciales de début décembre, qui avaient fait craindre un épuisement trop rapide de nos réserves de gaz naturel. On se souviendra que les gouvernements et les consommateurs avaient passé une grande partie de l'été à s’inquiéter du risque de blackouts après que la Russie a décidé de diminuer drastiquement ses livraisons de gaz. Mais les stocks sont actuellement plus remplis que d'habitude, certains pays ayant même profité de la contraction de la demande pour renforcer leurs réserves ces dernières semaines. La demande de chauffage en Europe est inférieure à sa moyenne sur dix ans, selon Maxar Technologies. Grâce aux solides importations de gaz naturel liquéfié et aux mesures d'économie d'énergie prises par l'industrie et les ménages, il est de plus en plus probable que le continent parviendra à sortir de l'hiver indemne, sans avoir expérimenté de pénurie de gaz. Le niveau élevé des stocks (voir le graphique) à la fin de la saison froide - en Allemagne, les installations de stockage affichent un taux de remplissage d’environ 91 %, contre 54 % il y a un an – devraient même permettre de réapprovisionner plus facilement les sites de stockage pour l'hiver prochain.



Résultat des courses, les prix des contrats à terme sur le gaz européen ont chuté en janvier à leur plus bas niveau depuis octobre 2021 et les prix de l'électricité se sont également fortement repliés (voir le graphique). Ces derniers pourraient d’ailleurs encore diminuer, car Maxar prévoit des conditions très venteuses au Royaume-Uni et en Europe continentale, ce qui devrait doper la production d’énergie éolienne et donc diminuer la demande d’énergie fournie à partir du gaz. D’après S&P, l'augmentation de la production éolienne et solaire devrait contribuer à réduire cette année de 39 % la production d'électricité d’origine gazière dans dix des marchés européens les plus énergivores. La demande de gaz sur le vieux continent s’est à ce point contracté que l’on importe désormais trop de gaz liquéfié (GNL) ! Ce qui signifie que la diversification des sources d’approvisionnement en gaz non russe devrait permettre d’éviter une envolée des prix telle que celle que nous avons connue l'année dernière.

 


D’autant que le spectre de la récession et la contraction de la demande dans plusieurs régions grandes consommatrices d’énergie risque de continuer, à court terme, de peser sur le marché des ressources naturelles et d’empêcher les prix de l'énergie de rebondir significativement.

o  Les données collectées depuis le début des années 1940 montrent clairement que les matières premières sont la seule grande classe d'actifs qui surperforme systématiquement lorsque l'inflation est élevée. Mais lorsque l'inflation commence à fléchir, le rendement de cette classe d'actifs tend à être nul.

o  Avec le ralentissement de la croissance économique, les prix des principales matières premières se sont d’ailleurs repliés ces dernières semaines (-25 % en euros), réduisant ainsi la pression sur les coûts des produits manufacturés et des denrées alimentaires. Une évolution favorable renforcée par des chaînes d’approvisionnement moins tendues (voir le graphique) et des coûts du transport moins élevés. Du coup, l'inflation globale des prix à la consommation devrait diminuer au premier semestre, même s’il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle revienne rapidement à ses niveaux d’avant le double choc du Covid et de la guerre en Ukraine. Les loyers et les prix des services à forte intensité de main-d'œuvre devraient continuer de grimper, étant donné les pénuries observées sur les marchés de l’emploi et les pressions à la hausse sur les salaires. Et la faible croissance de la population active et une mondialisation moins exacerbée restent des tendances inflationnistes de fond.

 


  • Par ailleurs, la levée soudaine des restrictions liées au coronavirus en Chine pourrait aussi peser négativement sur la demande d'énergie et de matières premières. L'assouplissement des restrictions a, dans un premier temps, provoqué un rebond de la mobilité - nous avons assisté à une forte reprise du marché aérien chinois (qui est le plus important au monde) -, mais cette reprise pourrait toutefois ne pas durer. Une destruction de la demande n’est en effet pas à exclure au vu de la flambée des nouvelles contaminations et de la saturation du système hospitalier. Le pays pourrait, en effet, connaître de nouvelles turbulences dans les semaines et mois à venir, son économie risquant d’être confrontée à des pénuries de main-d'œuvre et des perturbations dans les usines.

C'est pourquoi nous avons décidé de réduire notre exposition aux matières premières (de surpondérer à neutre), en prenant une partie de nos profits sur l’énergie, même si la crise énergétique est vraisemblablement loin d'être terminée. Les prix du gaz en Europe ont beau se trouver à leur niveau le plus bas depuis 2021, ils sont encore trois fois plus élevés que leur niveau moyen sur la période 2010-2020. Les ruptures d’approvisionnement en provenance de Russie demeurent une sérieuse source de préoccupation étant donné l’ampleur des volumes en jeu et la difficulté à trouver des alternatives. Les livraisons quotidiennes de gaz russe à destination de l'Union européenne ont chuté d'environ 80 % par rapport à la même période l'année dernière et le risque d’une fermeture totale du robinet est bel et bien réel. C'est une des raisons pour lesquelles les gouvernements continuent d'exhorter leurs citoyens à économiser l'énergie. Les conditions climatiques pourraient aussi changer rapidement et redevenir moins clémentes. Force est également de constater que le marché de l’énergie reste confronté à un sous-investissement chronique qui est de nature, en cas de rebond de la demande, à soutenir les cours. Les prix pétroliers ont grimpé de 47 % (en euros) en 2022, alors que les dépenses d'investissement dans l'industrie pétrolière n'ont augmenté que de 6 %. La dernière fois que le cours de l’or noir a évolué à des niveaux proches de ceux observés en 2022, les investissements dans le secteur s'élevaient à 736 milliards de dollars, soit près de 60% de plus que leurs niveaux actuels. Même si la transition énergétique occupe le devant de la scène et que les Etats tentent de se détourner progressivement des énergies fossiles, le secteur énergétique va vraisemblablement devoir continuer à composer avec la problématique du manque d’investissements pendant encore quelques années. Enfin, il faut garder à l’esprit qu’un éventuel rebond de l'économie chinoise pourrait renforcer la demande énergétique en provenance d’Asie et accroître la compétition avec l’Europe dont les capacités énergétiques disponibles ne devraient pas augmenter significativement avant 2025. Une éventualité qui est, elle aussi, potentiellement source de hausse des prix énergétiques…