Private Banking

En quête de protection contre l’inflation et la volatilité

La manière dont évoluent les marchés d’actions laisse à penser que les investisseurs ne sont toujours pas certains que l’inflation ait atteint son pic.

Depuis leur rebond du mois de mars, les principales actions reprises dans l’indice MSCI Monde ont effacé tous leurs gains et affichent aujourd’hui une baisse de 11 % (en euros) par rapport au début de l’année et ce alors que les ruptures observées dans les chaînes d’approvisionnement continuent à exercer des pressions inflationnistes en raison des confinements en Chine et de la guerre en Ukraine.

Le spectre d’un ralentissement de l’économie se fait aussi de plus en plus pressant à mesure que les banques centrales durcissent l’environnement monétaire afin de contenir le renchérissement du coût de la vie.

  • Après avoir maintenu les coûts de l’emprunt proches de 0% pendant deux ans dans le but de protéger l’économie contre les effets de la pandémie, la Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé qu’elle allait procéder à sept relèvements de taux cette année. Le taux directeur devrait ainsi terminer 2022 à environ 2 % et avoisiner 2,8 % fin 2023. Il s’agirait du cycle de resserrement le plus agressif de la Fed en 40 ans ! En zone euro, de plus en plus de membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne estiment que le taux de dépôt (-0,5 %), qui est bloqué en territoire négatif depuis 2014, devra aussi être relevé d’au moins 0,25 % cette année. Par ailleurs, la BCE a indiqué qu’elle cesserait ses achats nets d’obligations dans le courant du troisième trimestre.
  • Mais l’histoire montre que la Fed aura difficile à ralentir l’inflation sans provoquer une récession. Sur les 14 cycles de resserrement monétaire effectués aux États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, 11 ont, en effet, débouché sur une récession dans les deux ans qui suivirent. Il n’y a, dès lors, rien d’étonnant à ce que l’optimisme des gestionnaires de fonds à l’égard de la croissance économique soit tombé à un plancher historique, selon l’enquête menée le mois passé par Bank of America. Les anticipations de stagflation ont bondi à 66 %, un record depuis 2008, alors que les pressions sur les prix aux États-Unis ont atteint, en mars, un niveau inédit depuis fin 1981 (+8,5 %) ! Les gestionnaires se préparent de plus en plus aux mauvaises nouvelles, en particulier en Europe, douchant ainsi les espoirs de voir la région surperformer les États-Unis cette année.

 

Les gestionnaires de fonds sont excessivement pessimistes à l'égard de la croissance


Les effets positifs de l’inflation sur la croissance des bénéfices pourraient aussi avoir atteint ses limites. La flambée des coûts de production commence, en effet, à peser sur les marges des entreprises et ce alors que les pressions haussières sur les prix induites par la guerre en Ukraine et la dégradation de la situation sanitaire en Chine frappent de plein fouet les consommateurs.

  • Les mesures de restriction prises en Chine pour lutter contre la Covid-19 devraient créer de nouvelles tensions dans les chaînes d’approvisionnement entre l’Asie, les États-Unis et l’Europe cet été. La politique « zéro Covid » menée par Pékin sur fond de recrudescence de la pandémie ramène le pays plus de deux ans en arrière, lorsque les premiers cas avaient été détectés à Wuhan. La congestion dans les ports chinois – la Chine représente environ 12 % du commerce mondial –, combinée à la guerre en Ukraine, risquent de faire dérailler la reprise, déjà mise à mal par les pressions inflationnistes et une croissance en perte de vitesse.
  • La combinaison entre une demande plus faible et des intrants plus chers commence à impacter les prévisions bénéficiaires. Même si la guerre en Ukraine devrait davantage toucher l’Europe que les autres régions du monde – la zone euro a le plus à perdre dans ce conflit en raison de sa dépendance à l’énergie russe et de ses liens commerciaux étroits avec le pays –, on constate que l’indice Citigroup mesurant les révisions de prévisions de bénéfices par action au niveau mondial est retombé en territoire négatif, et ce pour la première fois depuis septembre 2020. Cela signifie que les révisions à la baisse des bénéfices par action sont désormais plus nombreuses que les révisions haussières ! Une évolution qui doit être surveillée comme le lait sur le feu car l’amélioration des marges bénéficiaires est à la base d’environ trois quarts de la croissance des rendements du capital (ROE) observée ces deux dernières années.

La hausse des rendements obligataires commence, en outre, à peser, y compris sur les multinationales les plus solides, signe que les conditions de financement deviennent plus difficiles. Un indicateur mesurant le coût de l’emprunt destiné à refinancer les obligations d’entreprises arrivant à échéance a atteint son niveau le plus élevé depuis 2009 (0,8 %). L’écart entre le rendement moyen et le coupon actuel des obligations d’entreprise présentes dans l’indice Bloomberg relatif à la dette de bonne qualité crédit («  investment grade ») des marchés développés et émergents est donc revenu cette année en territoire positif et ce pour la première fois en plus de dix ans (à l’exception d’un bref sursaut au début de la pandémie) ! 

Dans un contexte caractérisé par de nombreuses sources d’inquiétudes et une volatilité relativement élevée, les investisseurs recherchent en priorité les entreprises, les secteurs et les styles d’investissement qui peuvent encore tirer leur épingle du jeu.

  • A cet égard et pour autant que l’inflation reste une de ces préoccupations, les matières premières et les actions liées aux matières premières devraient rester attractives.
  • Comme les craintes suscitées par le ralentissement de la croissance commencent à se traduire par un mouvement de repli des capitaux vers les actifs moins risqués (« flight to quality »), comme le dollar US qui enregistre une forte appréciation, on peut s’attendre à ce que les gestionnaires de fonds adoptent un profil plus défensif en privilégiant les sociétés dont les bénéfices sont plus stables et prévisibles. On songe, notamment, aux actifs à faible duration, telles que les actions de valeur que l’on retrouve principalement dans les secteurs énergétique et financier et qui surperforment les valeurs de croissance (+19 % depuis le début de l'année, en euros) lorsque les prévisions d'inflation et de taux d'intérêt sont revues à la hausse. On songe aussi aux sociétés plus "défensives", comme les services publics ou les soins de santé, qui, grâce à leur moindre sensibilité à la conjoncture économique, leur pouvoir de fixation des prix, leurs dividendes élevés ou leur faible volatilité, surperforment les actions plus cycliques de près de 17 % (en euros) depuis le début de l'année.


Performances des principaux facteurs d'investissement