Private Banking

17 mai 2022

Le billet vert est plébiscité par les investisseurs

Le dollar US est de nouveau le chouchou des investisseurs. Mais cette fois, pour des raisons qui vont au-delà des frontières américaines.

La décélération de l’économie et les nouvelles mesures de confinement en Chine, la décision de la Russie d’utiliser ses exportations de gaz naturel comme arme de représailles contre les alliés de l’Ukraine et le maintien des taux à des planchers historiques au Japon sont autant de facteurs qui poussent le dollar à s’apprécier face aux autres devises jusqu’à des niveaux inégalés depuis des années. Les tensions géopolitiques sont telles que l’on peut dire que le billet vert a retrouvé son statut de valeur refuge. La monnaie américaine, qui avait déjà profité des perspectives de hausse des taux de la Fed en début d’année, continue de progresser. L’indice Bloomberg qui retrace son évolution face à un panier constitué par les devises des dix pays les plus industrialisés a atteint son niveau le plus élevé depuis 2002 et fait état, depuis le début de l’année, de sa progression (+8 %) la plus significative depuis 2010. 

 

Performances des principales devises par rapport au panier des devises des 10 principaux pays industrialisés


En dépit de la flambée de l’inflation aux États-Unis, l’instabilité de Wall Street et le risque de voir les resserrements de taux de la Fed provoquer une récession outre-Atlantique, le rallye du billet vert alimente la théorie du « dollar smile » selon laquelle le dollar tend à s’apprécier dans deux cas de figure pourtant opposés : lorsque l’aversion pour le risque stimule la demande pour les actifs les plus sûrs et lorsque l’économie américaine se porte mieux que les autres. Aujourd’hui, face aux inquiétudes des marchés, c’est le côté « valeur refuge » de l’équation qui joue en faveur de la monnaie américaine.

Le dollar est également soutenu par le rebond des rendements obligataires, qui se sont rapprochés des attentes inflationnistes. Pour la première fois depuis la pandémie, le rendement des bons du Trésor à 10 ans (qui flirte avec les 3 %) est, en effet, passé au-dessus du taux d’inflation attendu dans dix ans par le marché obligataire (2,7 %). Cette hausse des rendements, alors que la croissance en dehors des Etats-Unis montre des signes de fébrilité, constitue un scénario idéal pour le billet vert !

 

Le billet vert s'apprécie sur fond de hausse des rendements obligataires et des taux de la Fed


Nombreuses sont, dès lors, les devises à avoir décroché face au dollar avec, à la clef, une volatilité sur le marché des changes que l’on n’avait plus connu aussi élevée depuis le début de la pandémie. La livre sterling a ainsi renoué avec son plus bas de 2020 face au billet vert, le yen a chuté à son niveau le plus faible depuis 2002, l’euro est tombé à un plancher inégalé depuis cinq ans, le franc suisse a retrouvé la parité avec le billet vert pour la première fois depuis 2019 et la roupie indienne a touché un plus bas historique. Les devises des pays en voie de développement souffrent aussi du risque de voir les capitaux, attirés par la hausse des rendements aux États-Unis, fuir leurs marchés domestiques (que ce soient celui des actions ou des obligations). Les économies émergentes affichant des déficits de la balance des comptes courants, telles que la Turquie et les pays africains, semblent, à cet égard, particulièrement vulnérables. Il faut, en effet, savoir que lorsque les capitaux désertent les marchés émergents cela a pour effet de resserrer leurs conditions financières.