Famille

18 mars 2021

Connaissances financières des jeunes belges : lacunes et disparités

Tous les jeunes ne possèdent pas forcément les clés leur permettant d’épargner, de gérer un budget ou d’emprunter de manière rationnelle. Dès lors, comment inculquer la valeur de l’argent à vos enfants ?

En Belgique, de très nombreux jeunes présentent d’énormes lacunes dans le domaine financier. Dans une enquête menée par Febelfin auprès de 2 000 jeunes, un quart d’entre eux s’attribuent une note entre 0 et 5 en matière de connaissances financières. Les sujets qu’ils maîtrisent le moins sont l’emprunt, les assurances, l’épargne-pension et les impôts. Pratiquement 50 % des jeunes sont incapables de gérer un budget et 75 % ignorent que les banques convertissent l’épargne en crédits.

Environ 50 % des jeunes se disent allergiques aux questions d’argent. Il semble également que le manque de culture financière aille de pair avec un faible degré d’implication en la matière : plus vous avez de lacunes en matière d’éducation financière, moins vous manifestez d’intérêt pour les questions d’argent et plus vous avez de soucis pécuniaires. C’est ce que l’on appelle un cercle vicieux.

D’autres études relatives à l’éducation financière viennent étayer ces constatations. « Les résultats de toutes ces études sont extrêmement versatiles », explique Ilse Cornelis, enquêtrice au Centrum voor budgetadvies en -onderzoek* de la haute école Thomas More (CEBUD). « D’une part, il y a les jeunes qui sont parfaitement au fait de ces questions. D’autre part, il y a ceux qui ne possèdent pas le niveau élémentaire en la matière. Ils sont notamment incapables de déchiffrer correctement une facture ou d’élaborer un budget simple. »

*Centre de conseil et de recherche budgétaire

"50 % des jeunes sont incapables de gérer un budget"

Plus que de simples connaissances

L’éducation financière ne se limite pas à une connaissance théorique (par exemple, savoir calculer un intérêt ou comprendre la notion d’inflation). Le comportement et l’attitude envers l’argent sont tout aussi importants. « Vous avez beau savoir précisément en quoi consiste une obligation, si vous estimez que l’argent est fait pour être immédiatement dépensé, vous avez tout faux. Il s’agit par conséquent de combiner connaissances théoriques et comportement financier responsable (par exemple, éviter de prêter sa carte de banque à des amis) », souligne Ilse Cornelis. En matière d’éducation financière, le comportement des filles diffère singulièrement de celui des garçons. « Là où les garçons affichent une connaissance financière plus pointue, les filles font preuve d’une attitude plus pragmatique. S’agissant d’argent, elles ont généralement une vision à plus long terme que leurs homologues masculins. »

Casse-tête financier

L’enquête de Febelfin révèle que 4 jeunes sur 10 s’inquiètent de leur situation financière. Les tentations d’achat ou les envies de ne « rien rater » sont plus fortes que jamais chez les jeunes, tandis que l'argent devient moins tangible. Par ailleurs, les jeunes parlent encore trop peu souvent des questions et des problèmes d’argent, ce qui peut être une source de stress. Et qui dit stress, dit impact sur les études, la famille et la santé. 

Un groupe vulnérable

Si la plupart des jeunes comprend qu’il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que l’argent coule à flots, tous n’en sont pas conscients. Le fait qu’un grand nombre d’entre eux affichent un score médiocre en matière de culture financière résulte de la responsabilité partagée des parents, des éducateurs, de l’école, des jeunes eux-mêmes, ainsi que des institutions financières. Aussi est-il important d’impliquer ce groupe de jeunes vulnérables. Les jeunes – mais également les adultes – qui souffrent d’illettrisme financier sont davantage susceptibles de contracter des dettes importantes et de prendre des risques financiers inconsidérés ou des décisions préjudiciables à long terme.

L’éducation financière à l’école

Ces dernières années, diverses initiatives ont été prises afin d��inculquer aux enfants et aux jeunes une connaissance financière de base. Aujourd’hui, des organisations telles que Wikifin (le programme d’éducation financière de la FSMA, l'Autorité des services et marchés financiers) et Febelfin (une fédération d’institutions financières belges), ainsi qu’un grand nombre de banques, sont engagées dans la lutte contre l’illettrisme financier.  

Parallèlement, le système scolaire a également pris le taureau par les cornes. Depuis l’année dernière, l’éducation financière fait partie des compétences de base en Flandre. Cela signifie que les élèves reçoivent des cours d’éducation financière de la première à la sixième secondaire. Dans l’enseignement wallon, l’éducation financière est inclue dans les compétences « développement durable » et « éducation à la citoyenneté ». 

Découvrez la contribution d’ING à l’éducation financière

En Belgique, l’illettrisme financier est souvent un phénomène occulté. Dans la société actuelle, où le numérique est devenu la norme, certains risquent de rater le coche. En partenariat avec la Fondation Roi Baudouin, ING soutient chaque année financièrement des projets sociétaux visant à contribuer au développement de l’économie circulaire, de l’inclusion numérique et de l’éducation financière. Outre ses activités d’information et de conseil, ING a lancé un certain nombre d’initiatives, telles que The Money Talk, destinées à apprendre aux enfants à gérer intelligemment leur argent.

L’exemple à suivre

Même si les initiatives prises par le système scolaire et les institutions financières sont importantes, le rôle des parents est, quant à lui, essentiel. « Les choix financiers effectués à l’âge adulte dépendent largement de l’exemple donné par les parents. Les enfants ont le don de mimétisme : d’abord, ils observent et ensuite, ils imitent et reproduisent les comportements des adultes. Toutes les études le confirment. Si vous grandissez dans une famille possédant peu de connaissances financières, voire pas du tout, le risque est grand que ce manque vous accompagne tout au long de votre vie. »

"Les choix financiers effectués à l’âge adulte dépendent largement de l’exemple donné par les parents."

Les 5 conseils en or d’Ilse Cornelis

1. Pour les enfants, les parents sont un modèle de référence. La manière dont les parents gèrent leur argent forge le comportement financier de leurs enfants. Organiser un pic-nic en famille, par exemple peut être convivial et économique.

2. N’hésitez pas à aborder, dans les grandes lignes, les questions d’argent avec vos enfants. Apprenez-leur en quoi consiste un budget ménage. Expliquez-leur la différence entre louer et acheter un bien immobilier. Et ainsi de suite…

3. Emmenez vos enfants faire les courses. Un tour au supermarché peut se révéler extrêmement instructif. Éplucher les dépliants publicitaires, établir une liste de courses (et vous y tenir), comparer les prix, traquer les promos, payer de manière sécurisée, vérifier les tickets de caisse… autant d’actions susceptibles de leur faire prendre conscience de l’importance d’une bonne gestion financière. 

4. Si votre budget vous le permet, octroyer de l’argent de poche – même sous forme de petits montants – est un excellent moyen de leur faire comprendre la valeur de l’argent. Cela permet à vos enfants de faire des choix mûrement réfléchis. Lorsqu’ils sont adolescents, vous pouvez leur confier une carte de banque. Quelques conseils dans cet article.

  • Il est inutile d’allouer de l’argent de poche sans accord clair quant à son utilisation et à sa destination.
  • Déterminez le temps qu’ils doivent tenir avec la somme qui leur est allouée.
  • Donnez toujours le même montant, à date fixe.
  • Tolérez une certaine marge d’erreurs. Il est préférable que vos enfants les commettent maintenant, plutôt qu’à l’âge adulte (avec des montants plus importants).
  • Si tout est dépensé prématurément, n’intervenez pas immédiatement. Cela fait partie du processus d’apprentissage.

5. Les transactions financières s’effectuent de plus en plus de manière numérique. Choisir un mot de passe sécurisé, se méfier des infos sur internet, reconnaître et prévenir l’hameçonnage (phishing) ... tout cela fait partie de l’éducation financière.

Où en sont vos connaissances financières ?