Pension

Bien-être financier au moment de la pension : un autre gender gap

Charlotte de Montpellier

Charlotte de Montpellier

Economiste chez ING Belgique

A l’heure de la retraite, les femmes sont moins à l’aise financièrement. Comment cette différence se traduit-elle en chiffres ? Et comment s’explique-t-elle ? Charlotte de Montpellier fait le point dans cette étude.

Il ne fait aucun doute que chacun aspire à une retraite calme et confortable. Pourtant, force est de constater que ce n’est pas la réalité pour tout le monde. En Belgique, selon les données d’Eurostat, les retraités ont 16.2 % de risque de pauvreté. Ce risque est encore plus important pour les femmes que pour les hommes (16.5 % contre 15.9 % en moyenne). Cette différence s’explique de plusieurs façons.

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Une pension légale moins importante

La pension mensuelle moyenne versée à un salarié est de 1576 €, contre 1206 € pour une salariée. Chez les indépendants, la différence est encore plus importante : la pension n’est que de 761 € pour les femmes contre 1188 € pour les hommes. Bien entendu, cette différence n’est pas due à une conception discriminatoire du système. Elle s’explique par le fait que les femmes retraitées ont souvent eu des carrières brèves et des salaires inférieurs à ceux des hommes, d’où des droits à des prestations plus faibles. C’est donc simplement le reflet de la situation qui prévalait sur le marché du travail pendant la carrière des actuels retraités.

Les données d’Eurostat permettent de mesurer spécifiquement l’écart de pension entre hommes et femmes pour les 65 ans et plus. En 2020, cet écart était de 33.8 % en Belgique.

Même en faisant abstraction des différences en termes de pensions légales, les femmes ont généralement un patrimoine financier moins important à l’heure de la retraire car elles épargnent et investissent moins et elles tendent à investir de façon moins rentable.

Les femmes ont généralement un patrimoine financier moins important à l’heure de la retraire car elles épargnent et investissent moins et elles tendent à investir de façon moins rentable

Moins d’épargne…

D’abord, pour une série de raisons qui ne sont pas du ressort de cette étude, les femmes ont généralement moins d’épargne que les hommes. Notre enquête ING Epargne indique que seules 13 % des femmes déclarent posséder une épargne supérieure à 50 000 €, contre 24 % d’hommes, ce qui a des conséquences importantes en termes de confort financier. Ainsi, 37 % des femmes disent se sentir inconfortables avec le niveau d’épargne de leur ménage, contre 29 % des hommes.

…et moins d’investissements

Les femmes sont également moins nombreuses à investir : 40 % des femmes déclarent investir dans au moins un instrument financier, contre 50 % des hommes. Les femmes qui investissent tendent en outre à investir un montant moindre que les hommes : 50 % des femmes investisseuses possèdent un portefeuille de moins de 25 000 €, contre 38 % des hommes, et seulement 4 % d’entre elles ont plus de 100 000 € investis, contre 16 % des hommes.

Une plus grande aversion au risque

Ces différences sont bien entendu d’abord dues aux différences en termes d’accumulation de richesse et de revenus, elles-mêmes liées aux inégalités sur le marché du travail, qui impactent la capacité à épargner et donc à investir. Mais les enquêtes indiquent également que les femmes et les hommes ont des comportements différents qui conduisent à appréhender différemment l’investissement : elles tendent à être plus averses au risque que les hommes.

Tous les mois, notre enquête auprès des investisseurs leur demande si le moment est opportun d’investir dans des secteurs risqués. Systématiquement, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à affirmer que c’est “un bon” ou “très bon moment” d’investir dans ces secteurs. Par exemple, en novembre 2021, parmi les investisseurs, 33 % des hommes considéraient que c’était un bon ou très bon moment d’investir dans les secteurs risqués, contre 28 % de femmes.

A la question de savoir quel est le meilleur investissement à long terme, les femmes sont beaucoup moins nombreuses à conseiller en première position les actions (4 % contre 9 % d’hommes) et les fonds mixtes (6 % contre 9 %). En revanche, elles sont plus nombreuses à conseiller l’immobilier (45 % contre 33 %).

Les femmes et les hommes ont des comportements différents qui conduisent à appréhender différemment l’investissement

Une éducation financière perçue comme plus faible

L’aversion au risque n’est pas le seul élément qui peut expliquer les différences de comportement financier en fonction du genre. L’éducation financière (perçue ou effective) a également un impact important. 

Quand il leur est demandé d'auto-évaluer leurs connaissances en matière de finances, 32 % des femmes, contre seulement 18 % des hommes, s’attribuent une note d’échec (entre 0 et 4/10).

Les femmes tendent par conséquent à être moins actives dans la gestion de leurs finances. Ainsi, par exemple, moins d’un quart des femmes disposant d’économies ont envisagé investir au cours des 12 derniers mois contre un tiers des hommes dans la même situation.

Conclusion

Ces différents éléments aident à expliquer pourquoi les femmes ont tendance à moins investir que les hommes. Mais cela conduit à un handicap important pour les femmes à l’heure de leur pension. En effet, les femmes ont une espérance de vie plus élevée (83 ans) que les hommes (78 ans) en Belgique. Cela signifie que leurs besoins en matière de planification doivent souvent couvrir un horizon temporel plus long. Dès lors, dans le but d’augmenter le confort financier de chacun à l’heure de la pension, l’ensemble de la société gagnerait probablement à ce que l’investissement financier soit davantage considéré par les femmes. Cela passe probablement par une diffusion accrue de l’information sur l’investissement auprès des femmes. La littérature montre en effet qu’une meilleure connaissance des concepts financiers est un des éléments qui permettrait aux femmes d’investir davantage.

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