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29 juin 2017

La politique influence-t-elle les marchés ?


Lors du Petit Déjeuner Financier organisé par La Libre en collaboration avec le blog MoneyStore, Roland Gillet, Professeur à la Sorbonne et à l'ULB (Solvay) et Thierry Masset, Chief Investment Officer chez ING Private Banking ont débattu sur les perspectives économiques et financières en fonction des fondamentaux économiques et des programmes politiques annoncés par les nouveaux élus.

En dépit de l’imprévisibilité de Donald Trump et des inquiétudes que peuvent générer les élections en Europe, les indicateurs économiques au niveau mondial ont tendance à s’améliorer.

Retour à l’économie
“ Les marchés ont, quant à eux, réagi de façon claire et positive suite à l’arrivée de Donald Trump au poste suprême.”

Où en est-on aux Etats-Unis six mois après l’élection de Donald Trump ? « Avec son slogan America First, Donald Trump pourrait bien remettre les Etats-Unis sur le devant de la scène internationale. Mais il faut qu’il soit capable d’enclencher toutes les réformes qu’il a promises. S’il arrive à instaurer sa réforme fiscale en réduisant l’impôt des sociétés, des sommes importantes pourraient être rapatriées vers ce pays. Mais il ne pourra pas non plus faire ce qu’il veut avec le contre-pouvoir du Congrès », note Roland Gillet. Les marchés ont, quant à eux, réagi de façon claire et positive suite à l’arrivée de Donald Trump au poste suprême. Ses promesses d’une relance politique et économique sont arrivées dans une économie déjà forte.

Cependant, il faut reconnaître que, pour l’instant, on assiste plutôt à de grandes annonces et que peu de réalisations sont mises en place. « On constate que 6 mois après cette élection, les effets sur le marché sont positifs alors que les mesures annoncées ne se sont pas encore manifestées. Ce sont les valeurs cycliques qui se sont particulièrement bien comportées. Aujourd’hui, on est revenu à un marché qui se soucie davantage des fondamentaux économiques », estime Thierry Masset.

En Europe, certains investisseurs frileux sont prêts à investir dans la dette allemande à des taux d’intérêt négatifs. Ce placement se conçoit dès lors comme une assurance contre une éventuelle chute de l’euro ou contre des risques politiques dans la zone euro. « Il faut aussi être conscients qu’en Europe certains problèmes n’ont jamais été réglés. Les Grecs sont quasiment morts et les dettes des pays européens ne cessent de grimper. Personne ne s’en rend vraiment compte. Pourquoi ne pas remplacer les horloges sur les clochers ou les maisons communales par des indicateurs de dettes communales, nationales et européennes ? Tout le monde a les moyens de connaître l’heure, les horloges sont inutiles mais peu de gens réalisent l’importance des niveaux de dettes », ironise Roland Gillet.

"Les actions européennes ne sont pas chères mais ce n’est pas suffisant pour y investir."
Europe en forme

Mais tout ne va pas si mal en Europe. D’un point de vue économique et politique, l’Allemagne se porte bien et la France suscite beaucoup d’espoirs avec son nouveau président. L’Espagne va mieux mais il faudra suivre l’évolution des partis populistes dans ce pays. L’Italie, quant à elle, porte encore près de 209 milliards de créances douteuses (soit 10% de son PIB) dans son système bancaire. « Les actions européennes ne sont pas chères mais ce n’est pas suffisant pour y investir. Il faut coupler ces valorisations avec une analyse politique et avec les fondamentaux des entreprises. Pour l’instant, la dynamique européenne semble favorable pour les marchés », conclut Thierry Masset.

Dans les choix d’investissement, on ne peut donc pas totalement occulter l’aspect politique des évolutions économiques. L’importance des éléments politiques varie en fonction des périodes : élections, Brexit,… Certains hommes politiques arrivent à donner une impulsion positive dans la sphère économique. Cela pourrait être le cas d’Emmanuel Macron. « Finalement, le risque pourrait venir d’un endroit auquel on ne s’attend pas forcément, comme l’immobilier par exemple. Le vrai cancer de l’économie pourrait bien être l’immobilier résidentiel dans plusieurs pays européens », prévient Roland Gillet. Mais ça, c’est une autre histoire…

Isabelle de Laminne
Article publié dans LA LIBRE BELGIQUE et sur MoneyStore.be