Gérer votre capital

Humeur des marchés: quelle dynamique boursière en période de crise?

Même si la raison devrait l’emporter, nous nous laissons souvent guider par nos émotions. A fortiori en période de crise. Comment les bourses réagissent-elles face au coronavirus ? Et que nous enseigne la finance comportementale ?

Tétanisées par la pandémie de coronavirus, l’économie et les bourses ont plongé de manière spectaculaire. Le fait que l’accès physique à la consommation soit partiellement cadenassé n’explique pas tout. Dans un tel contexte, les entreprises et les consommateurs y regardent à deux fois avant de dépenser le moindre euro. Le chômage temporaire augmente, les revenus diminuent et l’incertitude grandit…

Si la perte de chiffre d’affaires affecte la trésorerie des entreprises, elle impacte également les indices boursiers. Les investisseurs se montrent plutôt perplexes quant à une reprise à court terme et cette indécision se répercute sur le prix des actions. Outre la situation actuelle des entreprises et la distribution de dividendes hypothétiques, ils sont avant tout préoccupés par les perspectives à long terme. C’est pourquoi les graphiques boursiers ont généralement une longueur d’avance sur les statistiques économiques réelles. 

Deux visions antinomiques

La bourse est le lieu de rencontre entre l’offre et la demande. Chaque jour ont lieu des millions de transactions et plusieurs milliards de titres changent de mains. Chaque transaction met en relation deux parties possédant une vision radicalement différente. Nous avons, d’une part, un vendeur qui estime que l’actif a atteint son rendement maximum et, d’autre part, un acheteur qui, dans le même titre, entrevoit un potentiel de croissance.  

Investir sous le coup de l’émotion

La décision de vendre ou d’acheter dépend de mille et un facteurs. On a longtemps pensé que les investisseurs se basaient exclusivement sur des faits tangibles et des convictions : rendement potentiel, distribution de dividendes, indicateurs économiques, compétence du management, etc. Depuis quelques décennies, la finance comportementale a quelque peu nuancé ce postulat. Même si, en principe, nos partis pris d’investissement sont guidés par la raison, il nous arrive de prendre des décisions sous le coup de l’émotion. C’est en cela que l’expression « humeur des marchés » prend tout son sens. 

Même si, en principe, nos partis pris d’investissement sont guidés par la raison, il nous arrive de prendre des décisions sous le coup de l’émotion.

Un manque de compétences ?

En période de crise comme celle que nous traversons actuellement, ce type de comportement est extrêmement fréquent. De Tokyo à Wall Street, les bourses font du yo-yo. On assiste en alternance à des mouvements de panique, qui poussent les investisseurs à vendre à tout prix, et à un comportement euphorique permettant aux marchés de repartir à la hausse. Un changement de stratégie aussi radical comprend une part de rationalité : propos rassurants des banques centrales, nouveaux incitants fiscaux, algorithmes de trading, nouvelles positives à propos du coronavirus, etc. À l’opposé, il existe un comportement qui peut être dicté par la panique, l’euphorie, le goût du risque, la spéculation,… Cette attitude n’est pas due à un quelconque manque de compétences. Il s’agit tout simplement du résultat d’influences auxquelles même l’investisseur le plus averti ne saurait échapper.

Intolérance aux pertes

Parmi les influences en question figure notre aversion naturelle aux pertes. D’après la « Théorie des perspectives » (« Prospect theory ») développée par Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie, et son collègue Amos Tversky, la douleur causée par une perte est presque deux fois plus intense que le plaisir tiré d’un gain équivalent. En d’autres termes, les sentiments négatifs générés par une perte sont plus intenses que les émotions positives créées par un bénéfice. Il n’est donc nullement question de symétrie, ce qui engendre chez les investisseurs des comportements particuliers. Comme, par exemple, porter toute son attention sur un actif qui plonge dans le rouge, tout en ignorant les placements qui ont un bon rendement. Ou vendre un actif afin de prévenir des pertes ultérieures alors qu’il est objectivement préférable d’acheter. Ou encore investir exclusivement dans des produits défensifs dont le rendement est quasi nul, au risque de perdre du pouvoir d’achat. 

Risque de « contamination »

Bien qu’investir relève principalement de l’initiative individuelle ou résulte d’une collaboration avec un conseiller, il nous arrive également de calquer notre comportement sur celui des autres investisseurs. En période de crise, comme c’est le cas aujourd’hui, le risque de « contamination » est prégnant et les « comportements grégaires » sont monnaie courante. Qu’il s’agisse de vendre ou d’acheter, on préfère ne pas être seul(e) à prendre des risques. Il ne s’agit pas forcément d’une attitude négative car il arrive que l’émulation porte ses fruits. La dynamique de groupe permet en outre de limiter les dégâts : si tout le monde commence à vendre, c’est que c’est le bon moment. Si le « troupeau » prend une mauvaise décision, celle-ci est considérée comme collective. L’investisseur individuel ne se sent pas responsable puisque tout le monde a commis la même erreur d’analyse. Selon les théoriciens de la finance comportementale, un épargnant supporte plus difficilement une perte ou un bénéfice limité s’il a le sentiment d’en porter seul la responsabilité. S’il lui arrive d’être bénéfique, l’instinct grégaire peut également s’avérer néfaste et amener les investisseurs à rater des opportunités de croissance à long terme. 

Le court terme

Les investisseurs ont horreur de l’incertitude. La crise actuelle ne résulte pas uniquement de l’instabilité des marchés. De nombreux investisseurs sont angoissés car leur environnement social et sanitaire est directement impacté. Si on y ajoute une forte dose de volatilité, notre aversion naturelle aux pertes et le fait que les informations boursières soient à portée de clic ou de « swipe », on comprend aisément qu’une décision puisse être prise de manière impulsive. La finance comportementale nous apprend également que nous avons tendance à ne pas nous projeter trop loin dans l’avenir en matière d’investissements. Des études ont démontré que nous avons souvent tendance à privilégier un petit bénéfice à court terme, plutôt que de patienter en misant sur une vision à long terme. C’est pourquoi, particulièrement en période de crise, les investisseurs privilégient les prévisions à court terme. 

La persévérance est l’un des éléments principaux du succès

Que vous soyez investisseur débutant ou chevronné, ne perdez jamais de vue qu’il est préférable d’opter pour une stratégie à long terme. Quelle que soit l’ampleur de la tempête qui agite les marchés financiers, et qui n’est probablement pas près de se calmer, les investisseurs ayant une vision à long terme ne devraient pas être trop impactés par ces turbulences et cette volatilité. L’histoire a prouvé que, quelle que soit la gravité des crises, les bourses finissent toujours par se ressaisir et par reprendre leur ascension. Ces cent dernières années, l’indice S&P 500 (et ses prédécesseurs) a connu 14 périodes de « bear market » (marché baissier), ce qui ne l’a pas empêché d’afficher une forte croissance, passant de 9 points début 1920 à 3 278 points fin 2019.  

Quelles sont les solutions ?

Opter pour l’investissement périodique, privilégier les placements avec protection de capital, choisir des fonds mixtes flexibles, préférer la gestion discrétionnaire… Quel que soit votre profil d’investissement, il existe des solutions susceptibles d’éliminer les comportements impulsifs, tout en vous permettant de continuer à dormir sur vos deux oreilles. 

Vous avez besoin d’accompagnement dans la gestion de vos investissements ?