Économie

6 février 2020

Economic Hotline: Contagion

Selon le dernier rapport de l’OMS, on dénombre plus de 20.500 cas de coronavirus (nCoV) dans le monde. L’OMS a déclaré l’urgence internationale. Quel est l'impact économique ?

Un SRAS Bis ?

La maladie étant de la même famille que le SRAS apparu en 2003, cet épisode est souvent cité comme point de comparaison, non seulement sur le plan médical, mais aussi au niveau de son impact économique. Il est normal que face à l’inconnu, tout le monde cherche des points de comparaison.

Mais l'énorme incertitude qui entoure la propagation du coronavirus rend l’évaluation de son impact très difficile et la comparaison a donc ses limites. D’une part, 30 jours après le premier cas déclaré, on dénombre 3 fois plus de cas recensés que dans le cas du SRAS. Mais heureusement, avec un taux de mortalité de l’ordre de 2 %, le nCoV s’avère moins mortel que le SRAS (30 jours après le début de l’épidémie, le SRAS avait fait autant de victimes que le nCoV…mais avec 3 fois moins de cas déclarés). D’autre part, sur le plan économique, le monde a bien changé depuis 2003 : le poids de la Chine dans l’économie mondiale est bien plus important, et les mouvements de personnes se sont encore intensifiés. En bref, ce nouveau virus doit être pris comme un cygne noir, et non comme une répétition du SRAS.

Alors quel impact économique ?

C’est évidemment la question que tout le monde se pose. Une chose est certaine : il y aura un impact relativement important sur l’économie chinoise, et au moins limité sur l’économie mondiale. En 2003, le SRAS a fait chuter le PIB chinois de plus de 1 %. Une étude réalisée par Jong-Wha Lee et Warwick J. McKibbin de l'université coréenne et de l'université nationale australienne a révélé que l'impact total du SRAS sur l'économie mondiale s'est élevé à près de 40 milliards de dollars en 2003, en tenant compte des effets de second tour entre les secteurs.

Mais encore une fois, l’ampleur de l’épidémie du nCoV n’est pas connue. Ces résultats ne sont donc que d’une faible utilité. En Chine, il y aura clairement un impact sur la consommation des ménages par l’intermédiaire des ventes au détail, des voyages et du tourisme. Le début de l’épidémie est arrivé au pire moment, lorsque pour les fêtes de nouvel an chinois, des millions de personnes se déplacent, sont en congé, et multiplient les achats. Les congés étant terminés, l’impact sur l’économie chinoise sera maintenant tributaire de la capacité des résidents chinois à retourner au travail.

Le ralentissement de la demande intérieure chinoise aura un impact sur l'économie mondiale. N’oublions pas non plus que l’économie essaie juste de se remettre des effets de la guerre commerciale avec les Etats-Unis. C’est donc un nouveau coup dur qui va se ressentir sur toute la planète. Pour s’en convaincre, il suffit de penser au fait que pour certaines chaînes hôtelières ou entreprises de produits de luxe mondiales, la Chine et l’Asie en général représentent déjà 10 à 20 % de leurs ventes annuelles.

La mesure précise dans laquelle une économie chinoise plus faible aura un impact sur ses partenaires commerciaux mondiaux est également incertaine. Cependant, une étude du FMI réalisée en 2016 pourrait apporter quelques éclaircissements à ce sujet. Bien que l'étude se soit concentrée sur les effets d'entraînement de l'économie chinoise au sommet de son cycle, l'une des simulations comprenait un ralentissement cyclique provoqué par des tensions financières - ces tensions étant déclenchées par "un incident de crédit, une réévaluation des perspectives de croissance ou un autre choc". L'impact d'un tel ralentissement cyclique de 1 % en Chine se fait sans surprise largement sentir dans la région Asie - Pacifique, où les liens commerciaux sont les plus importants, ainsi que dans les pays producteurs de matières premières (voir ci-dessous). Par contre, les retombées sur l'économie américaine ont été considérées comme limitées.

La Chine étant le plus important importateur de matières premières, ces marchés sont en première ligne des dégâts éventuels causés par le nCoV. Plus les usines restent fermées longtemps, plus les déplacements sont restreints et la construction bloquée, plus le ralentissement de la demande de matières premières sera important. Cette classe d'actifs a d’ailleurs connu une vente massive depuis l'apparition du coronavirus en Chine. Au moment où nous écrivons ces lignes, les prix du cuivre ont chuté de 8,5 % par rapport à leur sommet de la mi-janvier. Le minerai de fer de Singapour s'est effondré de plus de 6 % et le Brent a chuté de près de 10 %.

Les autorités agissent préventivement.

Les autorités chinoises sont conscientes de l’impact que le virus a déjà eu sur leur économie et des risques que celle-ci encoure. Dès lors, la banque centrale chinoise, la BPdC, a réduit son taux Repo à 7 jours de 2,5 % à 2,4 %, un mouvement qui est 5 pb plus important que d'habitude (généralement seulement 5 pb à chaque mouvement). Dans le même temps, son injection de liquidités semble importante, avec 1,2 trillion de yuans le 3 février, bien qu'il y ait également eu environ 1,05 trillion de yuans arrivant à échéance le même jour. La BPdC a également réduit les taux d'intérêt pour les entreprises de Wuhan, mais jusqu'à présent, il n'y a pas eu de réduction du coefficient de réserve des banques (le principal instrument de politique monétaire de la BPdC).

Nous pensons que la banque centrale souhaite calmer le marché par des injections de liquidités suffisantes pour éviter une hausse des taux d'intérêt à court terme, qui pourrait créer le chaos sur les marchés. Le fait qu'elle réduise les taux d'intérêt de manière préventive et plus importante que d'habitude montre par ailleurs qu’elle est préoccupée par le risque que l’économie ne fonctionne pas normalement dans les prochaines semaines en raison du virus. Mais nous pensons également que la banque centrale ne veut pas réagir de manière excessive en assouplissant trop la politique monétaire.

Outre les mesures sanitaires prises pour limiter la propagation du virus, des mesures ciblées de relance fiscales devraient être prises par le gouvernement. Celui-ci dépensera de l'argent pour construire rapidement plus d'hôpitaux. Dans le même temps, les importations de matériel médical en provenance du monde entier pourront être exemptées des droits d'importation et de la taxe à la consommation.

En conclusion…

Ce n’est que dans quelques mois que l’on pourra juger de l’impact réel de cette crise sur l’économie mondiale. La propagation du virus, sa durée de vie et son taux de mortalité seront ici des éléments clés. Mais d'ici là, nous nous attendons à ce que le commerce de détail, la restauration, les transports de masse et le tourisme entrant et sortant en Chine soient touchés. Le secteur manufacturier pourrait également être durement touché si certains travailleurs choisissent de ne pas revenir sur leur lieu de travail (car une fois rentrés, ils ne peuvent plus en sortir en cas de cas de nCoV). Les chaînes d'approvisionnement mondiales pourraient alors être touchées.

Les marchés financiers ont besoin de réponses et d’éléments plus rapidement. L'expérience du SRAS montre que le seul fait de voir le nombre de nouveaux cas ralentir dossier n’a donc pas fini d’occulter les données macroéconomiques et d’être source de volatilité sur les marchés.