Économie

1 octobre 2020

Le Monde d'après #4

Charlotte de Montpellier

Charlotte de Montpellier

Economist ING

Vers un monde sans cash ?

Le coronavirus a induit un changement brusque dans les comportements. En quelques jours, la population entière s’est confinée chez soi et toute une série d’habitudes ont fortement été chamboulées. Parmi celles-ci, l’usage d’argent liquide pour effectuer des paiements. La fermeture des magasins physiques pendant le confinement, la distanciation sociale et la crainte que les billets de banque soient porteurs du virus a conduit à une forte diminution de l’usage du cash. La question qui se pose désormais est de savoir si cette diminution est temporaire ou définitive. Le cash restera-t-il le moyen principal de payements dans le futur ? Ou bien se dirige-t-on vers un monde sans cash ?

Le roi cash est lentement détrôné

Avant d’aborder l’impact du Covid sur le futur du cash, il convient de se rappeler des tendances qui existaient déjà au préalable. Tout d’abord, contrairement à ce que certains pensent, le cash n’était, avant le Covid, pas en en train de disparaitre. Une étude de la BCE réalisée en 2016 indique que le cash est le moyen de paiement le plus fréquemment utilisé pour des achats à des points de vente dans la zone euro.

Mais si le cash restaient bien le roi des transactions en magasins, il semble néanmoins lentement détrôné par d’autres moyens de paiement, en expansion constante. Selon l’enquête internationale d’ING (IIS), quelle que soit la catégorie de dépenses, il y a moins de Belges en 2020 qui indiquent utiliser du cash qu’il y en avait en 2017. En outre, 70 % des Belges déclarent qu'ils utilisent moins de cash depuis qu'ils ont commencé à utiliser les paiements sans contact. 59 % des Belges déclarent utiliser moins d'argent liquide en 2020 qu'il y a un an.

"59 % des Belges déclarent utiliser moins d'argent liquide en 2020 qu'il y a un an."

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Le coronavirus joue un rôle d’accélérateur de tendance

En plus des évolutions technologiques, l’année 2020 a, on le sait, été marqué par l’un des plus grands perturbateurs de l’histoire : le coronavirus. Avec le confinement et la fermeture des magasins, la population a été contrainte d’acheter massivement en ligne pendant plusieurs semaines, augmentant ainsi les paiements électroniques. Si la fin du confinement a permis un retour vers les magasins, il est probable que le commerce en ligne ait reçu un boost durable, ce qui favorisera durablement les paiements électroniques par rapport au cash dans le futur. En outre, la menace potentielle que les billets de banque soient porteurs du virus a conduit à une diminution drastique de l’usage du cash. Selon l’enquête, 52% des Belges déclarent être plus hésitants à utiliser du cash depuis le début de la pandémie.

Comparé à la même période en 2019, de début mars à fin août 2020, les Belges se sont rendus 43 % moins souvent au distributeur de billet et y ont prélevé un montant 36 % moindre. Bien que moins marquée qu’au moment du confinement stricte, cette tendance était toujours très présente en août 2020, malgré la réouverture des commerces et restaurants. Sur le mois, les consommateurs ont retiré 25 % de cash en moins qu’en 2019, tandis que les visites aux distributeurs ont diminué de 30 %. Il est probable que l’usage du cash soit durablement réduit dans le futur.

"Il est probable que l’usage du cash soit durablement réduit dans le futur. "

Le cash comme réserve de valeur

S’il est vrai que le cash est lentement détrôné comme moyen de paiement, le cash est loin d’être en train de disparaitre. La demande de billets de banque augmente donc systématiquement plus rapidement que celle de l’économie européenne depuis plus de 17 ans. Cela s’explique par la fonction de réserve de valeur du cash. La BCE estime que plus d’un tiers des billets en euros en circulation est utilisé comme réserve de valeur au sein de la zone euro. Compte tenu des taux d’intérêts bas, les coûts d'opportunité liés à la détention d'espèces sont actuellement faibles, ce qui poussent la demande de billets de banque en tant que réserve de valeur à la hausse. Cette attractivité du cash en tant que réserve de valeur est néanmoins fortement menacée par l’apparition potentielle des CBDC (monnaies digitales émises par les banques centrales).

Conclusion

Le coronavirus a probablement donné un coup d’accélérateur à une tendance déjà présente d’utilisation lentement décroissance du cash comme moyen de paiement. Néanmoins, le cash est bien loin d’avoir disparu, car il reste primordial dans sa fonction de réserve de valeur. Si le roi cash pourrait, avec l’avènement des nouvelles technologies, être détrôné pour payer dans le futur, il reste bien ancré sur son trône pour les autres usages. Il est donc très peu probable que le monde post-Covid soit sans cash. Néanmoins, le cash va probablement continuer à perdre du terrain dans les prochaines années.