Économie

19 juin 2017

La Belgique attire-t-elle encore les entreprises internationales ?

Marcel Claes

Directeur de la Chambre de commerce américaine en Belgique

La Chambre de commerce américaine en Belgique a mandaté une étude sur l'attrait de la Belgique comme destination pour les entreprises internationales. La Belgique figure-t-elle parmi les destinations européennes privilégiées ? Entretien avec Marcel Claes, directeur de la Chambre de commerce américaine.

De nouveaux sièges européens en Belgique : rêve ou réalité ?

Par le passé, les entreprises internationales ont souvent considéré la Belgique comme une destination de choix en raison de ses nombreux points forts : situation idéale en matière d'accès au marché, proximité des institutions européennes et qualité de la main d'œuvre. Pourtant, la Belgique ne peut aujourd'hui plus se reposer sur ses lauriers. Les changements politiques et économiques obligent les sociétés à réévaluer leur empreinte corporate.

La Chambre de commerce américaine en Belgique a voulu savoir si notre pays possédait encore toujours les atouts nécessaires pour attirer les entreprises internationales. Elle a, pour ce faire, mandaté une étude à laquelle ont participé 70 entreprises internationales disposant d'une implantation en Belgique comme base pour étendre leurs activités en Europe. Au total, ces entreprises emploient plus de 33.800 personnes dans le « plat pays ». Les entreprises américaines représentaient 81 % des répondants.

L'étude a permis d'aboutir à une conclusion principale : lorsqu'un centre de décision corporate se situe en Belgique, les chances que ces entreprises y investissent par la suite sont sensiblement plus importantes. « Notre objectif était de montrer l'importance des sièges locaux pour l'économie belge, et pour le pays dans son ensemble. La situation unique de la Belgique au cœur de l'Europe lui permet de sortir du lot dans un monde qui change. Aujourd'hui plus que jamais, c'est un excellent moment pour se repositionner en tant que centre préférentiel pour les sièges régionaux", explique Marcel Claes.

Pourquoi investir dans des sièges et centres de décision régionaux ?

Investir dans des sièges et centres de décision régionaux est bénéfique pour les deux parties. "Tout d'abord, cela a un effet immédiat sur le taux d'emploi. Les sièges régionaux créent des emplois. Mais cela provoque aussi un effet de contagion très important. Près des deux tiers des répondants ont déclaré que l'emplacement de leur siège régional influence grandement les décisions d'investissement. Lorsqu'une entreprise internationale ouvre un siège régional, il y a de fortes chances que de futurs investissements suivent."

L'entreprise en question bénéficie aussi automatiquement des avantages liés à l'installation d'un siège régional à l'étranger. « Posséder un centre de décision s'accompagne d'un avantage stratégique lorsqu'il s'agit d'attribuer les ressources : celui-ci connaît la situation du pays, son fonctionnement ainsi que les défis qui existent dans la région. Il s'agit d'un atout inestimable pour toute entreprise internationale. »

« Après l'ouverture de notre site européen à Bruxelles en 1996, nous avons procédé à de nombreux investissements ciblés, parmi lesquels la reprise de Kiala en 2012. Ce fut une étape déterminante pour UPS, à tel point que nous avons décidé par la suite d'étendre le modèle Kiala à d'autres pays. »

– Karl Haberkorn, ancien directeur général d'UPS Belgique et actuel directeur général d'UPS Italie.

La Belgique, destination européenne de choix

L'étude montre que la plupart des sièges régionaux sont satisfaits de leur situation actuelle en Belgique et se montrent optimistes quant à leur avenir sur place. En effet, un tiers d'entre eux ont l'intention d'étendre leurs activités dans le pays au cours des cinq prochaines années. Leur croissance est principalement due à des fusions et acquisitions, le contexte international et le réservoir de talents dont dispose la Belgique.

Les sièges régionaux situés en Belgique ont généralement une forte valeur stratégique : plus de 80 % d'entre eux gèrent la direction générale, les ressources humaines, la comptabilité, le marketing, la trésorerie et les finances. Depuis leur base en Belgique, les sièges régionaux coordonnent la région EMEA (Europe Middle East & Africa 35 %), l'Europe (16 %) et le Benelux (14 %).

Une main-d'œuvre belge polyglotte et de qualité

« La Belgique est un endroit très intéressant pour les investisseurs étrangers. Et de fait ! Le personnel multilingue et instruit en est bien sûr l'une des principales raisons. Les autres facteurs sont l'environnement économique stable, le personnel disponible, la proximité par rapport aux institutions internationales et le lien fort avec le marché européen. La combinaison de tous ces éléments fait de la Belgique une destination de choix pour y implanter un siège régional. » Outre ces facteurs, les entreprises qui installent un site en Belgique évoquent souvent d'autres avantages encore : la compétitivité du marché immobilier, la qualité de vie et une infrastructure financière solide.

Améliorer le système fiscal

La plupart des entreprises qui possèdent un siège régional en Belgique ont l'intention d'y rester et d'y poursuivre leur croissance. Cependant, 19 % d'entre elles ont l'intention de réduire leurs activités dans les trois prochaines années et 7 % des entreprises sondées ont indiqué avoir déjà délocalisé leur entreprise dans l'un des pays voisins, notamment en France, au Luxembourg ou aux Pays-Bas.

Selon l'étude, la plupart des entreprises qui ferment leur implantation en Belgique ou n'envisagent pas d'en ouvrir une invoquent des motifs comme une restructuration ou le contexte économique international. « Ce serait manquer de rigueur que de faire abstraction du contexte économique international lorsque l'on procède à de telles comparaisons. D'autant plus qu'au bout du compte, il s'agit d'un facteur qui concerne autant les autres pays que la Belgique. Cela dit, on ne peut nier la part de responsabilité du système fiscal belge. L'accord conclu dans le cadre de la réforme de l'impôt des sociétés est un pas dans la bonne direction, mais il va falloir que le gouvernement poursuive ses réformes, ce qui s'avère indispensable dans un contexte international. »

Un autre élément important vient expliquer la légère perte d'intérêt des investisseurs internationaux à l'égard de la Belgique : les conditions défavorables du marché du travail. « Le coût du travail élevé figure de toute évidence en tête de liste, surtout pour ce qui concerne les travailleurs hautement qualifiés. S'agissant des emplois à rémunération plus faible, le fossé avec les autres pays est quasiment inexistant. »

Rendre la Belgique à nouveau attirante

S'il fallait tirer une conclusion principale de cette étude, c'est qu'il est vital de repositionner à la Belgique au niveau international. L'étude met en exergue la situation unique de notre pays, ce qui en fait une destination privilégiée pour y implanter un siège international. « "Le gouvernement doit promouvoir activement la Belgique et la présenter comme le meilleur endroit d'Europe pour l'installation d'un siège ou d'un centre de décision régional. Ce qu'elle est assurément. Et nous devons tirer avantage des opportunités qui se présentent, telles que le prochain Brexit. Bon nombre de sièges européens se trouvent aujourd'hui à Londres. Et lorsque l'on sait que deux tiers des entreprises sondées ont insisté sur l'importance de posséder une implantation dans l'Union européenne, voilà qui constitue pour nous une magnifique opportunité. »

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