Économie

26 mars 2020

Coronavirus, quel impact économique ? Quelle stratégie adopter ?

Luc Charlier

Luc Charlier

Strategist

Le coronavirus ne laisse pas les marchés boursiers insensibles. Nos experts analysent la situation et font le point sur la stratégie à suivre.

Découvrez l'analyse de Luc Charlier.

Les perspectives économiques sont révisées à la baisse…

Après une période de totale incertitude et d’extrême difficulté à élaborer des prévisions économiques, l’évolution de la pandémie, mais aussi la publication des premières données économiques, en Chine comme ailleurs, permettent de dégager petit à petit des estimations sur l’ampleur du choc que cette pandémie représente, et d’élaborer un scénario un peu plus précis de prévisions économiques.

A ce stade, deux éléments guident le scénario de prévisions : 

  • D’une part, puisque les seules mesures pour ralentir la pandémie sont à ce jour le confinement et la limitation des déplacements, et ce pour plusieurs semaines, l’impact économique de la pandémie est énorme. En effet, les premiers indicateurs publiés pour le mois de mars montrent une chute importante de la confiance des consommateurs et des entreprises dans les pays européens, alors même que durant la période de mesure, la pandémie n’avait pas encore montré sa pleine ampleur. Il est fort probable que le mois d’avril montre une situation encore pire en matière de confiance. Par ailleurs, les données en provenance de Chine montrent que durant la période de confinement, la consommation peut se replier de plus de 20 %, de même que l’activité industrielle. Nous nous attendons donc à un impact majeur sur l’activité économique, tant au premier qu’au deuxième trimestre de cette année.
  • D’autre part, parce que la période de confinement s’étend sur plusieurs semaines, mais aussi parce que tous les pays ne sont pas touchés en même temps, la phase de reprise s’annonce lente. Si dans un premier temps, on pouvait raisonnablement imaginer un retour à la normale après une courte période de confinement, c’est un autre scénario qu’il faut à présent considérer. Il y aura certes une période de rebond lorsque l’activité et la consommation reprendront, mais les chaînes d’approvisionnement mettront du temps à se régulariser, des entreprises resteront en difficulté et les économies seront structurellement affectées par l’épreuve qu’elles subissent actuellement. Cette épreuve n’est donc pas un sprint, mais un marathon, tant sur le plan médical qu’économique.
… mais la riposte s’organise enfin
  • Ceci étant, si le scénario économique doit tenir compte de l’ampleur du choc, il doit aussi considérer les politiques économiques mises en œuvre pour le contrer. Or, les autorités, à quelques exceptions près, prennent la pleine mesure du choc. C’est clairement le cas en matière de politique monétaire : les banques centrales agissent, vite, et (très) fort, tant pour assurer un financement continu de l’économie (via les marchés financiers aux Etats-Unis, et via les banques en Europe) que pour permettre aux Etats de faire face aux dépenses imprévues à moindre coût. Si la situation semble sous contrôle en zone euro, la partie n’est pas encore gagnée aux Etats-Unis. Malgré les interventions massives de la banque centrale, le marché monétaire (qui est un maillon essentiel du financement de l’économie) reste sous pression. Le risque d’une crise financière ne peut donc pas encore être exclu, même si la réaction des autorités monétaires est bien plus rapide que par le passé.
  • Dans la lutte contre les conséquences de la pandémie, il faut enfin souligner les plans d’urgence et de relance des Etats, afin d’amortir le choc. Si l’on exclut les garanties apportées par les gouvernements, la plupart des pays européens ont déjà engagé l’équivalent de 2 % de leur PIB respectifs en moyens supplémentaires (et 4,5 % en Allemagne). A cela, il faut ajouter les dépenses engagées « automatiquement » par les systèmes de sécurité sociale. C’est un filet de sécurité très important.
  • En conclusion, l’ampleur de la pandémie nous oblige à réviser une nouvelle fois nos prévisions économiques à la baisse. Nous nous attendons, en 2020, à une forte contraction du PIB dans la plupart des pays couverts par notre analyse. Dans le cas de la zone euro, il est quasi certain que la perte d’activité dépassera celle connue lors de la crise financière. Mais la riposte des Etats et des banques centrales permettra d’amortir un peu le choc, et probablement de renforcer la reprise, ce qui avait cruellement manqué en 2009.
Les banques centrales et les gouvernements devraient « gagner la partie » !
  • Les mesures de relance massives élaborées par les gouvernements et les banques centrales sont-elles de nature à engendrer un rebond rapide et durable des marchés financiers ? Bien que l’histoire ne se répète pas forcément, il peut être intéressant de constater que ce n’est pas ce qui s’est produit lors de la crise financière. Les attentes étaient grandes en octobre 2008, avec des taux d'intérêt de la Réserve fédérale proches de 0 % et l'adoption par le Congrès d'un plan de sauvetage économique de 700 milliards de dollars. Hélas, rien de tout cela n'a aidé le marché boursier, du moins pas immédiatement. Les actions ont chuté pendant quatre mois supplémentaires, accumulant 40 % de pertes avant de commencer à rebondir.
  • Il y a bien sûr des différences entre la crise financière de 2008 et les perturbations économiques actuelles. Mais pour les investisseurs qui se demandent s’ils peuvent miser sur un rebond boursier, la comparaison a le mérite de faire réfléchir. Elle montre à quel point il peut être erroné d'utiliser les évolutions journalières, voire mensuelles, des marchés pour juger de la pertinence d'un programme de relance économique. Même un rebond des actions de près de 10 % en deux jours ne signifie pas que le marché va monter en ligne droite. Tabler sur une solution rapide à la crise semble prématuré.
  • L'indice MSCI des principales actions mondiales a effacé tous les gains (40 %) accumulés depuis son plus bas atteint à la veille de Noël 2018. Cette « ligne de soutien » ayant disparu et la probabilité étant forte de voir le coronavirus engendrer une récession, la question des investisseurs internationaux est désormais de savoir si le marché boursier a suffisamment corrigé et si le niveau des cours incorpore ce changement de donne.
  • Bien que le risque de forte baisse complémentaire semble limité, car les actions mondiales ont chuté de plus de 25 % par rapport à leur pic de 2020 et la prime de risque des obligations d’entreprise s'est considérablement accrue, la volatilité risque de perdurer sur les marchés financiers. L'incertitude relative aux perspectives économiques et sanitaires mondiales est encore trop grande pour que les actifs à risque puissent être achetés de manière non discriminée.
  • Les prochaines semaines seront marquées par des révisions à la baisse des bénéfices. Alors que de plus en plus de pays sont contraints de mettre leur économie à l’arrêt, les analystes peinent à en mesurer l'impact sur les profits des entreprises. Les attentes bénéficiaires relatives à l'indice MSCI des actions mondiales ont déjà chuté de 6,5 % sur le seul mois de mars, pour atteindre 1,8 %. Il est certain que ce processus de révision à la baisse va se poursuivre et continuer de peser sur les marchés.
  • Pour que les bourses puissent retrouver un peu de sérénité, elles ont besoin avant tout que le pic de la pandémie soit franchi. Mais ce n’est pas tout. Elles doivent également pouvoir compter sur : une stabilisation du marché du crédit, des mesures fiscales suffisamment étoffées et coordonnées pour éviter des faillites trop massives, et des solutions de fonds à la crise sanitaire.
  • Dans l’intervalle, nous recommandons toujours de favoriser, soit directement, soit par le biais d'un fonds, les actions et les obligations des entreprises les moins endettées et les moins touchées par la crise sanitaire.
  • Mais avec le temps, la stratégie élaborée par les banques centrales et les gouvernements devrait se révéler payante. L’évolution des cours des actions chinoises offre, à cet égard, un message d’espoir. On constate, en effet, que, dans le contexte de correction boursière généralisée depuis la fin février, la Chine, qui a réussi à enrayer l’épidémie, parvient à surperformer. Le recul de la Bourse de Shanghai se limite à 13 % depuis le début de l’année, ce qui est plus de deux fois moins élevé que les pertes affichées par les indices S&P 500 aux Etats-Unis et Stoxx 600 en Europe !
En savoir plus ?
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