Économie

13 mai 2020

Coronavirus, quel impact économique ? Quelle stratégie adopter ?

Luc Charlier

Luc Charlier

Strategist

Philippe Ledent

Philippe Ledent

Expert Economist

Le coronavirus ne laisse pas les marchés boursiers insensibles. Nos experts analysent la situation et font le point sur la stratégie à suivre.

Découvrez l'analyse de Luc Charlier.

Bénéfices fortement sous pression
  • Ces dernières semaines se sont révélées plus clémentes pour les marchés des actifs à risque qui ont récupéré près de la moitié des pertes subies depuis l’émergence de la crise du Covid-19. En renouant avec le cap des 490 points, l’indice MSCI des principales actions mondiales enregistre une hausse de 27 % (en euros) par rapport au plancher des 384 points enregistré le 23 mars. Peut-on en déduire que les bourses sont reparties pour un nouveau marché haussier ?
  • Tout d’abord, il convient de se rappeler que les marchés fluctuent toujours beaucoup après un choc. Il ne serait, dès lors, pas surprenant qu’ils soient encore, à l’avenir, confrontés à une importante volatilité. Après la crise de 2008, les marchés ont connu plusieurs faux départs. Souvenons-nous que l’indice MSCI des actions mondiales avait rebondi de 14 % (en euros) entre fin octobre et début novembre 2008 et de 11 % entre fin novembre 2008 et début janvier 2009, avant d’enregistrer une nouvelle chute de 18 % et de finalement retomber en mars 2009 à un niveau plus bas sur 13 ans. 
  • Pour ce qui est de la pandémie, il est vrai que le nombre de nouveaux cas semble avoir atteint un pic au niveau mondial. Mais il faut être conscient que cette amélioration est probablement la conséquence directe des mesures de distanciation sociale et de la forte contraction de l’activité économique. Ce qui veut dire que le rythme des contaminations pourrait rapidement s’accélérer lorsque les travailleurs reprendront le collier. Une perspective qui rend particulièrement complexe la tâche des responsables politiques qui doivent mettre en œuvre suffisamment de mesures coordonnées pour soutenir la relance, tout en veillant à ne pas rouvrir trop vite leur économie afin d’éviter une deuxième vague de contaminations. Le dilemme auquel les autorités publiques sont confrontées est cornélien : au plus se prolonge le confinement (total ou partiel) — qui touche aujourd’hui près de 65 % de la population mondiale dans 98 pays —, au plus augmenteront les pertes d’emploi et la contraction des dépenses des ménages et au plus il faudra de temps aux acteurs économiques pour renouer avec un comportement « normal » ! 
  • Les prévisions bénéficiaires pour l’indice MSCI des principales actions mondiales ont d’ores et déjà chuté de 28 % depuis le début de l’année, à -20 %. Mais il faut certainement s’attendre à de nouvelles révisions à la baisse, qui ne manqueront pas de peser sur les marchés. Rappelons-nous que lors des cinq dernières grandes récessions, les bénéfices par action ont chuté de 34 % en moyenne...
  • Si l’on se tourne vers le marché du pétrole, on perçoit mieux pourquoi la pandémie heurte aussi fort et aussi profondément l’économie mondiale qui, malgré des mesures budgétaires et monétaires sans précédent, risque de pas voir son produit intérieur brut renouer, avant, au plus tôt, 2022, avec ses niveaux d’avant crise. Les efforts déployés par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (à savoir une baisse de son offre de 9,7 millions de barils produits par jour) pour soutenir les prix du brut paraissent, en effet, bien futiles. Les réductions de production adoptées par l’Arabie Saoudite et la Russie ne suffisent manifestement pas à restaurer l’équilibre sur un marché confronté à un écroulement de la demande, comme en témoigne l’écart considérable (ou « contango ») entre le cours des futures à long et court terme sur le pétrole.
  • Comme, dans ce contexte, peu de dirigeants d’entreprise seront en mesure de donner des prévisions précises sur leur activité future, la nouvelle saison de publications des résultats risque d’être assez atypique, en ce sens que les entreprises seront sans doute davantage jugées sur leur niveau d’endettement, leur échéancier de dettes et leur capacité à assumer la charge des intérêts sur la dette, que sur leurs revenus, leurs flux de trésorerie et leur bénéfice net. Ce que les investisseurs voudront savoir, c’est si les entreprises disposent d’un bilan suffisamment sain pour pouvoir survivre à la pandémie. 
  • La correction boursière de cette année a d’ailleurs ceci de particulier qu’elle a frappé moins durement les titres des sociétés disposant d’un bilan sain. En Europe et aux États-Unis, ces actions ont surperformé d’environ 20 % (en euros) celles des entreprises avec un bilan plus faible. Sachant que la faiblesse des taux a incité les entreprises à emprunter davantage, l’Institut de finance internationale a calculé que la dette des sociétés non financières avait gonflé de plus de 70 % à 74 000 milliards de dollars (soit l’équivalent de près 92 % du PIB) depuis 2007. Il est, dès lors, possible que la pandémie convainque à nouveau les entreprises de l’importance d’une bonne santé financière...

Dans ces conditions, nous restons prudents vis-à-vis des actifs à risque et nous continuons à privilégier les actions les plus résilientes, à savoir celles des entreprises les moins endettées, qui, en termes de styles d’investissement, sont à chercher du côté des actions de qualité, des actions peu volatiles et des actions de croissance et, sous l’angle sectoriel, du côté des soins de santé, des biens de consommation de base et des technologies de l’information

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