Économie

15 juin 2021

Update économique mensuel

Chaque mois, nos économistes étudient la situation macro-économique. Ils analysent les événements qui ont eu un impact ces dernières semaines et expliquent les possibles conséquences.

En quête de liberté

Un nouveau vent d’optimisme souffle en Europe et aux Etats-Unis avec la sortie des restrictions sanitaires et l’approche de l’été. Mais attention, pas de précipitation ! Une quatrième vague de Covid-19 ne peut pas être exclue. En Asie, des pays font dores et déjà face à une recrudescence d’infection et aux fermetures associées.

Etude complète

Apprenez-en plus sur la reprise économique dans les différents marchés, les prévisions d’inflation, et bien plus encore dans la version complète de notre Monthly Economic Update (en anglais).

Etats-Unis : Vers un pivot de la FED sur l’inflation ?

La reprise américaine s'accélère, et l’économie est en passe d’avoir récupéré toute la production perdue liée à la pandémie au cours du trimestre en cours – bien avant toutes les autres grandes économies de marché développées. Mieux encore, nous pensons qu’avec l’ampleur des mesures de relance fiscales et monétaires, la production pourrait finir l’année à un niveau plus élevé qu’elle ne l’aurait été dans un scénario sans pandémie.

Pourtant, la capacité d'offre de l'économie pourrait avoir souffert (faillites d’entreprises, chômage et perturbation des chaînes d’approvisionnement dans le monde) de la pandémie et risque de ne pas être en mesure de répondre pleinement au rythme de la demande. La capacité d’offre devrait rattraper son retard à moyen terme mais le risque de lectures d’inflation plus élevées pendant plus longtemps demeurent.

Le marché du travail connaît également des déséquilibres entre l'offre et la demande. La croissance de l’emploi a déçu en mai pour le deuxième mois consécutif, et ce malgré la forte reprise de la demande des consommateurs. Les entreprises sont confrontés à des réelles difficultés pour recruter du personnel : selon la Fédération nationale des entreprises indépendantes (NFIB), 48% des entreprises auraient des postes vacants qu’elles n’ont pas pu pourvoir – un record depuis la création de l’enquête ! Quatre facteurs sont responsables de cette situation :

  1. la poursuite des gardes d’enfants à domicile, les écoles n’ayant pas réouvert partout ;
  2. l'anxiété à retourner sur le marché du travail avec la poursuite de la pandémie ;
  3. les retraites anticipées à la suite de pertes d’emplois ;
  4. les allocations chômage étendues et augmentées peuvent avoir diminué l’incitation à la recherche d'emploi dans les secteurs les moins bien rémunérés. Par conséquent, pour attirer du personnel supplémentaire et retenir les employés expérimentés et talentueux, les entreprises doivent offrir de meilleures rémunérations.

Les coûts salariaux ont augmenté au rythme le plus rapide depuis 15 ans au premier trimestre et nous assisterons presque certainement à une accélération au deuxième et au troisième trimestre. Dans le même temps, le pouvoir de tarification des entreprises est de retour. De plus en plus de preuves suggèrent que les entreprises sont en mesure de répercuter leurs hausses de coûts sur leurs clients. A commencer par le secteur des services où les consommateurs cherchent absolument à faire l’expérience de ce qu’ils ont pas fait depuis des mois (voyager, aller au restaurant, socialiser dans un bar etc.).

La hausse des prix du logement sera une autre pression à la hausse sur l’inflation pendant plus longtemps en raison de la réponse décalée du marché de l’immobilier. Ils représentent environ un tiers du panier d’inflation aux Etats-Unis. Nous pensons que la Réserve fédérale va bientôt changer de position et reconnaître que l'inflation n'est peut-être pas uniquement transitoire, ouvrant la voie aux premiers pas vers la « normalisation » de politique monétaire plus tard dans l'année. Nous soupçonnons un changement de langage lors du rendez-vous de la FED à Jackson Hole fin août et une première hausse réelle des taux d’intérêt se produire au début de 2023.

"Nous pensons que la Réserve fédérale va bientôt changer de position et reconnaître que l'inflation n'est peut-être pas uniquement transitoire."

Zone euro : Enfin prêt pour le décollage

Avec la réouverture accélérée de l'économie, la zone euro se dirige vers une forte reprise. Le deuxième trimestre devrait afficher une croissance décente, portée en partie par une meilleure saison touristique que prévue, sans revenir toutefois aux niveaux de 2019. Il y a désormais de véritables raisons d’être optimiste. Compte tenu de la révision à la hausse de la croissance du PIB au premier trimestre, nous envisageons désormais une croissance de 4,4% cette année et de 4,0% l'année prochaine.

Pour le moment, très peu de données concrètes pour le deuxième trimestre sont disponibles, mis à part les ventes de détail décevantes de la zone euro en avril et d’une faible lecture de la production industrielle allemande. La faute à des mesures de verrouillages plus strictes en avril avec la troisième vague de la pandémie. Pourtant, les derniers indicateurs publiés en mai (PMI, ESI de la Commission européenne et indicateur de sentiment dans le secteur de la vente au détail) semblent annoncer un retournement grâce à d’excellentes lectures.

Sur le marché du travail, des inquiétudes persistent sur le chômage avec la sortie progressive des aides publiques mais nous pensons que cet effet sera limité. Les intentions d’embauches sont fortes et les employeurs commencent déjà à se plaindre des pénuries de main-d'œuvre dans de nombreux sous-secteurs. C’est en fait le retour des gens sur le marché du travail, attirés par de meilleures perspectives d'emploi, qui devrait faire augmenter le taux de chômage dans un premier temps.

Le plus grand débat porte sur les perspectives d'inflation. Alors que l'estimation rapide du taux d'inflation IPCH était de 2,0 % en mai, il s'agissait en grande partie d'une histoire d'énergie ; l'inflation sous-jacente n'étant que de 0,9 %. Certes, la rareté des matières premières et les perturbations de la chaîne d'approvisionnement (facteurs temporaires) font la une des journaux, mais cela n'a pas nécessairement un impact direct sur les prix à la consommation. Du côté des salaires, nous ne voyons pas encore de pressions à la hausse qui pourraient alimenter une boucle salaire-prix.

Pour la Banque centrale européenne, le mode attentiste devrait se poursuivre. Il est peu probable que le programme d’achat d’urgence face à la pandémie (PEPP) soit prolongé au-delà de mars 2022. Mais nous prévoyons que la BCE augmentera son programme d’achat d’actifs à 40-50 milliards d’euros par mois pour parvenir à une baisse progressive des achats d'obligations. Dans ce scénario, les rendements obligataires devraient augmenter lentement. Nous nous attendons à ce que le rendement du Bund à 10 ans atteigne 0,5% d'ici fin 2023

"Nous envisageons désormais une croissance de 4,4% cette année et de 4,0% l'année prochaine."

Autres pays/marchés

  • Au Royaume-Uni, la dernière étape de la réouverture pourrait être reportée alors que les contaminations de Covid-19 sont en augmentation rapide. A moins d'un retour à des règles plus strictes, les dommages économiques devraient être assez minimes, même si cela dépend surtout de l’évolution du nombre de contamination et de la confiance des consommateurs.
  • En Chine, des « poches » limitées de contaminations de Covid-19 dans la province du Guangdong perturbe une partie de la production et des expéditions. Les chaînes d'approvisionnement sont à nouveau touchées. Si ces poches ne peuvent pas être contenues avant les vacances d'été, pire, les ventes au détail de la Chine en pâtiront, de même que le reste de l’Asie.
  • Deux thèmes clés ont joué sur les marchés des changes jusqu'à présent cette année : la flambée des prix des matières premières et les banques centrales qui envisagent un resserrement de leurs politiques monétaires (mise à part la FED et la BCE). Le dollar ne profite d'aucun de ces facteurs et pourrait encore chuter de 5 % cette année.

Aussi dans cette édition, 3 articles spéciaux à retrouver en anglais

1. Faillites : une autre source de divergence dans la zone euro 

L'arrêt des mesures de soutien prises pendant la crise du Covid-19 devrait entraîner une augmentation des faillites dans les pays de la zone euro. Mais dans quelle mesure ? Notre analyse montre qu'ils seront une autre source de divergence au sein de l'union monétaire. Si l’on fait abstraction de l’énorme choc du confinement des économies au deuxième trimestre 2020, la crise économique générée par la pandémie n'est pas beaucoup plus profonde que la crise financière de 2008-2009 ; elle apparaît même plus courte que la GFC. Les mesures prises pendant la crise ont artificiellement réduit le nombre de faillites de 25 % dans la zone euro. Une fois les mesures de soutien terminées, on devrait assister à un retour rapide à la tendance observée en 2019 avec une forte augmentation des faillites, de l’ordre de 10 à 20% plus élevée que la tendance passée compte tenu des pertes de revenus occasionnées aux entreprises. L’Espagne, la Grèce et l’Italie sont les plus à risque. 

2. Les pénuries devraient affecter les prix des biens à l'échelle mondiale, mais peut-être pas pour longtemps 

À mesure que les pénuries et les perturbations de la chaîne d'approvisionnement sont répercutées sur les consommateurs, l'inflation des biens devrait avoir tendance à augmenter. Nous pensons toujours que l'impact sera temporaire, mais moins aux États-Unis qu'en zone euro.

3. Le fonds de relance de l'UE stimule les perspectives de croissance des économies les plus faibles

Presque tous les pays de l'UE ont maintenant soumis leurs propositions pour le mécanisme de relance et de résilience de l'UE. Grâce à un faible recours aux prêts, les versements du fonds seront jusqu'à présent plus faibles que prévu. Mais ne sous-estimez pas l'impact sur le PIB, qui sera important pour certains pays de la périphérie de la zone euro.