Économie

8 septembre 2021

Update économique mensuel

Chaque mois, nos économistes étudient la situation macro-économique. Ils analysent les événements qui ont eu un impact ces dernières semaines et expliquent les possibles conséquences.

De retour de la plage, se mettre à la page

Lutte contre le Covid et ses variants, frictions dans les chaînes d'approvisionnement, inflation et le long chemin des banques centrales vers un retour à la normale. Ce sont là les quatre principaux défis que doivent relever les dirigeants mondiaux. L'automne européen pourrait changer la donne. Mais nous voulons vous préparer à un marathon plutôt qu'à un sprint.

Etude complète

Apprenez-en plus sur la reprise économique dans les différents marchés, les prévisions d’inflation, et bien plus encore dans la version complète de notre Monthly Economic Update (en anglais).

La reprise américaine a des défis à relever

L'économie américaine doit faire face à un certain nombre de défis qui pèseront sur la croissance à court terme tout en maintenant l'inflation à un niveau élevé. La résurgence du Covid via le variant Delta a notamment contribué à l’une des plus fortes chutes de l’indice de confiance des consommateurs mesuré par l’Université de Michigan. Une partie de la baisse de confiance peut être attribuée à l'anxiété des consommateurs face à la hausse du coût de la vie, qu'il s'agisse de nourriture, d'essence, de maisons ou de voitures. Les intentions d'achat de maisons, de voitures et d'appareils électroménagers ont toutes chuté en conséquence. Les chèques de relance avaient boosté la consommation des ménages au deuxième trimestre de sorte que nous nous attendions déjà à une consommation plus faible au troisième trimestre. Compte tenu des récents développements, nous anticipons maintenant une claire contraction de la consommation au troisième trimestre.

Les entreprises sont également sous pression avec des problèmes de chaîne d'approvisionnement et des pénuries de main d’œuvre sur le marché du travail montrant peu de signes d'atténuation. Cela limite le potentiel de croissance avec des niveaux de stocks réduits à des niveaux records.

Néanmoins, il existe des raisons d'être optimiste. De solides investissements des entreprises, une meilleure balance commerciale et une contribution positive du gouvernement devraient tout de même signifier que la croissance du PIB au troisième trimestre s’établirait à environ 4,5%. Pour l’année, nous avons abaissé notre prévision de croissance annuelle à 5,9% contre 6,7%. Nous supposons que les tensions sur la chaîne d'approvisionnement s'atténueront au cours des prochains trimestres, ce qui permettra une reconstitution majeure des stocks l'année prochaine. Avec les nouveaux plans de relance (infrastructure et dépenses sociales) qui devraient alimenter l'économie et le rythme actuel de création d'emplois, nous continuons de prévoir une croissance de près de 5 % pour 2022.

Concernant l’inflation, le rythme d’augmentation des prix à la consommation montre peu de signes de ralentissement étant donné les tensions sur l'offre au sein de l'économie. Les entreprises semblent de plus en plus convaincues qu'elles peuvent répercuter une grande partie de leurs coûts plus élevés sur les consommateurs. La hausse des coûts du logement sera également un facteur qui, selon nous, maintiendra l'inflation globale au-dessus de 5% pour le reste de cette année et l'inflation sous-jacente au-dessus de 3,5 % jusqu'à l'été prochain. Sans surprise, de plus en plus de responsables de la Réserve fédérale suggèrent qu'il est temps de « ralentir » la politique de relance et de mettre fin bientôt aux achats d'actifs d'assouplissement quantitatif ; sans que le président de la Fed Jérôme Powell ne soit entièrement convaincu. De notre côté, nous nous attendons toujours à une décision de réduction du QE dans le courant de l’année et une hausse progressive des taux d'intérêt en 2022. 

"Avec les nouveaux plans de relance qui devraient alimenter l'économie et le rythme actuel de création d'emplois, nous continuons de prévoir une croissance de près de 5 % pour 2022."

La zone euro, en pointe sur la gestion du variant Delta

Alors qu'au début de cette année la zone euro était à la traîne dans la campagne de vaccination - ce que nous n'avons pas manqué de souligner à plusieurs reprises - l'union monétaire est désormais devenue l'un des précurseurs, devançant confortablement les États-Unis en termes de nombre de personnes pleinement vacciné. Cela explique pourquoi le variant Delta fait moins de ravages en Europe, du moins pour le moment.

Cela ne veut pas dire que nous sommes complètement sortis du bois. Indirectement, la croissance en Europe pourrait également être affectée par un ralentissement temporaire dans le reste du monde. En plus de cela, les distorsions des chaînes d'approvisionnement ont maintenant clairement atteint un point où elles commencent à affecter la croissance, en particulier dans les pays dotés d'un secteur manufacturier important, comme l'Allemagne.

Certes, la croissance reste très forte. L'indice PMI de la zone euro était proche d'un plus haut depuis 15 ans en août, avec des intentions d'embauche et des nouvelles commandes toujours dynamiques. La perspective d’une hausse des chiffres du chômage avec la sortie des dispositifs de chômage partiel semble s’éloigner, car les offres d'emploi augmentent rapidement. Si l’on ajoute à cela la consommation d’une partie de l’épargne excédentaire accumulée tout au long de la pandémie, nous pensons que la croissance au 3T pourrait être aussi forte qu’au 2T, avant de progressivement décélérer en fin d’année. Nous avons donc révisé à la hausse notre prévision de croissance pour 2021 à 4,9% et pour 2022 à 4,1%.

Avec une hausse plus forte que prévue à 3% en août, l'inflation globale de la zone euro est désormais à son plus haut niveau en 10 ans. Les prix de l'énergie sont l'un des principaux responsables même si leur impact devrait s'estomper au cours de l'année 2022. L'inflation sous-jacente a également grimpé à 1,6% mais ici, des bruits statistiques (retard de la période des soldes d'été en 2020 dans certains pays, créant un effet de base) ont surestimé la véritable augmentation des prix. Le rythme de l'inflation des services, en hausse à 1,1%, montre néanmoins que la tendance sous-jacente reste pour l'instant modérée. Cela dit, dans le sillage des tensions croissantes sur le marché du travail et des chiffres d'inflation actuels, les syndicats exigeront certainement des augmentations de salaire. De sorte que les employeurs seront davantage susceptibles d’y répondre favorablement, du moins en partie.

Nous continuons de penser qu’une partie de l’inflation actuelle est alimentée par des facteurs temporaires, même si l’inflation sous-jacente est désormais légèrement à la hausse. Nos prévisions d'inflation, à savoir 1,7% l'an prochain et 1,6% en 2023, sont donc plus élevées que celles de la BCE.

La BCE ne semble pas pressée de donner plus d'indications sur ses programmes d'achat d'obligations (il faudra certainement attendre décembre). Nous continuons de croire que le programme d'achat d'urgence en cas de pandémie prendra fin en mars de l'année prochaine. Quant à la politique de taux d'intérêt, nous ne nous attendons pas à une hausse des taux d'intérêt avant 2024.

"Nous avons révisé à la hausse notre prévision de croissance pour 2021 à 4,9% et pour 2022 à 4,1%."

Autres pays/marchés

En Chine, depuis juin, le gouvernement s’est efforcé d’appliquer un concept économique unique qui mélange économie planifiée et de marché. Nous ne sommes pas inquiets pour la partie planifiée, après tout, toutes les politiques sont planifiées. Mais nous craignons que la mise en œuvre de tant de politiques en si peu de temps n'affecte le marché de l'emploi et la consommation.

La troisième vague de Covid-19 au Royaume-Uni a bloqué la reprise mais n'a jusqu'à présent pas considérablement tempéré la confiance des consommateurs. Le quatrième trimestre sera un test plus important. Dans le même temps, nous anticipons maintenant la première hausse des taux de la Banque d'Angleterre en novembre 2022.

Les marchés des changes terminent l'été comme ils l'ont commencé : pris entre les courants croisés de la normalisation de la politique monétaire et du retour des confinements. Cependant, l'abondance de liquidités aux États-Unis et dans la zone euro signifie que l'EUR/USD devrait rester stable. La question reste de savoir si les élections allemandes fourniront une étincelle