Économie

Update économique mensuel : Nouvelle année pour l'économie

Les températures clémentes cet hiver en Europe aident à surmonter la crise énergétique. Dans le même temps, de nombreux banquiers centraux à travers le monde n'en ont toujours pas fini avec les hausses de taux.

Les vacances de Noël sont traditionnellement une période avec très peu de nouvelles et de données économiques, ce qui nous permet de garder la première mise à jour de notre scénario économique de l'année assez brève. Il y a tout de même eu quelques développements importants depuis la publication de nos perspectives début décembre. 

Covid en Chine

La Chine a fait volte-face sur sa stratégie zéro-covid et connaît désormais une recrudescence des cas de Covid. Pour les économies occidentales, la fin du zéro-Covid en Chine a toujours été une arme à double tranchant. D'une part, cela signifie qu'après une vague d'augmentation des cas de Covid, l'économie chinoise pourrait s'ouvrir plus tôt et plus rapidement que prévu, réduisant ainsi le risque de nouvelles frictions dans la chaîne d'approvisionnement. D'autre part, cette réouverture fera très probablement grimper la demande et les prix de l'énergie.

Prix de l'energie

En Europe, les températures chaudes et les vents forts depuis la mi-décembre ont non seulement entraîné une baisse des prix de gros du gaz naturel, mais aussi une diminution de la consommation de gaz et le maintien des stocks de gaz à des niveaux élevés. À moins que le continent ne soit surpris par un hiver rigoureux dans les mois à venir, le risque d'une crise d'approvisionnement en énergie est devenu extrêmement faible. En raison de la baisse des prix de l'énergie et de l'intervention des pouvoirs publics, l'inflation globale a diminué plus fortement que prévu en décembre. Si les prix de l'énergie restent à leurs niveaux actuels tout au long de l'année, l'inflation globale pourrait baisser rapidement. Si l'on ne tient compte que des effets de base de l'énergie, l'inflation globale de la zone euro pourrait même temporairement atteindre 2 % vers la fin de l'année. Cependant, n'oublions pas qu'il y a encore beaucoup de risques de transferts de hausses de coûts passés vers les consommateurs. Dès lors, s’il est presque normal que l'inflation globale baisse significativement après un choc sur les prix de l'énergie, l'inflation sous-jacente pourrait encore augmenter et rester obstinément élevée.

Par ailleurs, il faut se rappeler que les prix de l'énergie sont très volatils et que les évolutions récentes ne peuvent être extrapolées à l'ensemble de l'année. Nous avons revu à la baisse nos hypothèses concernant les prix de l'énergie, mais nous prévoyons toujours une augmentation au second semestre, lorsque la Chine commencera à accélérer et que l'Europe se préparera pour l'hiver prochain.

Banques centrales

Les réunions des banques centrales en décembre ont laissé entrevoir une possible divergence des banques centrales en 2023. Alors que la Banque d'Angleterre est devenue plus accommodante et que même la Réserve fédérale a perdu un peu de son agressivité, les deux banques centrales les plus accommodantes de la dernière décennie - la Banque centrale européenne et la Banque du Japon - sont devenues plus “restrictives ». La BCE, en particulier, semble déterminée à continuer de relever ses taux, que l'économie entre ou non en récession, et l'inflation globale pourrait reculer plus rapidement que prévu. En fait, après que les banques centrales se soient emballées, menant une politique monétaire ultra-accommodante lorsque l'inflation était faible, elles risquent maintenant de s'emballer au travers d’une politique monétaire trop restrictive. Peut-être est-ce simplement humain pour les banquiers centraux de vouloir assurer leur place dans l'histoire en tant que maîtres de l'inflation. Quoi qu'il en soit, ne vous attendez pas à ce que les récentes évolutions positives de l'inflation fassent changer d'avis les banquiers centraux de sitôt.

Beaucoup de gens commencent la nouvelle année en prévoyant le meilleur mais en se préparant au pire. Nous adoptons une position différente. Nous prévoyons toujours une année macroéconomique difficile, mais nous nous préparons clairement au meilleur.

Etude complète

Apprenez-en plus sur les politiques monétaires des banques centrales, les prévisions d’inflation, l'économie mondiale et bien plus encore dans la version complète de notre Monthly Economic Update (en anglais).

Énergie : le temps doux apaise les inquiétudes concernant le gaz naturel

Le marché européen du gaz naturel a subi une forte pression récemment, le TTF ayant chuté d'environ 50 % depuis début décembre. Le temps plus doux a réduit la demande de chauffage et, par conséquent, l'Europe connaît une augmentation inhabituelle du niveau des stocks de gaz au milieu de l'hiver. Les stocks de gaz sont remplis à 84 % environ, alors que la moyenne sur cinq ans est d'environ 70 % à ce moment-ci de l’année. Il semble que l'Europe va entamer la saison de reconstitution avec un stockage confortable, bien qu'il y ait encore beaucoup de risques autour de l'offre russe restante (il y en a encore un peu) et autour d’une potentielle concurrence accrue pour le GNL de la Chine, puisque le pays abandonne sa politique zéro-covid. Ceci étant, les derniers développements nous incite à penser que les prix en Europe ne seront probablement pas aussi forts que prévu initialement.

Cependant, les prix devront rester élevés pour que la destruction de la demande maintienne le marché en équilibre tout au long de l'hiver 2023/24. Nous nous attendons à ce que le TTF atteigne une moyenne de 125 EUR/MWh en 2023, mais l'incertitude et les risques d'approvisionnement persistants signifient que le marché restera extrêmement volatil.

Les perspectives pour le marché pétrolier restent haussières. Le changement de politique de la Chine en matière de Covid devrait s'avérer favorable à la demande à moyen et long terme, même si la hausse des infections de Covid pourrait peser sur la demande dans l'immédiat. L'offre de pétrole russe devrait encore diminuer en raison de l'interdiction par l'UE du brut et des produits raffinés russes par voie maritime. En conséquence, le marché pétrolier devrait se resserrer à partir du deuxième trimestre, ce qui conforte notre opinion selon laquelle le Brent devrait se situer en moyenne à un peu plus de 100 USD/baril en 2023.

Zone euro : La BCE passe en mode ultra-restrictif

La chute des indicateurs de confiance s'est partiellement inversée en décembre grâce à la baisse des prix de l'énergie et à l'extrême douceur de l'hiver. Cela dit, la forte baisse de la production industrielle en octobre laisse toujours présager une croissance négative du PIB au quatrième trimestre et la chute des commandes, le niveau élevé des stocks et l'affaiblissement de l'activité d'embauche laissent présager une nouvelle contraction au premier trimestre. Nous ne prévoyons qu'une faible reprise par la suite, ce qui conduira, au mieux, à une stagnation du PIB pour l'ensemble de l'année 2023. Les prix de l'énergie plus modérés et la résolution des frictions de la chaîne d'approvisionnement pousseront l'inflation à la baisse, même si l'inflation sous-jacente devrait s'avérer plus tenace.

Nous ne prévoyons donc pas que l'inflation globale passe sous la barre des 3 % avant 2024. Après une réunion de politique monétaire plutôt « restrictive » en décembre, les membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ont continué d'insister sur un message très restrictif, prévoyant des hausses de taux de 50 points de base pendant "un certain temps". Dans ce contexte, nous prévoyons une hausse des taux de 50 points de base en février et en mars, suivie d'une autre hausse de 25 points de base en mai. Les rendements obligataires ont moins de potentiel de hausse et pourraient baisser à nouveau au cours du premier semestre de l'année.

Etats-Unis : La Fed se rapproche de la fin de son cycle de hausses, alors que la récession se rapproche

Les craintes de récession s'intensifient aux États-Unis, la Réserve fédérale continuant à relever ses taux d'intérêt alors que l'économie se prépare déjà à un profond ralentissement du marché immobilier et que les CEO américains sont aussi pessimistes qu'ils l'étaient au moment de la crise financière mondiale. Les entreprises étant de plus en plus nombreuses à adopter une attitude défensive, nous nous attendons à ce que les plans d'embauches et d'investissements soient réduits de manière agressive. La combinaison des inquiétudes liées à l'emploi, de l'inflation persistante et de la chute des prix des actifs devrait entraîner une baisse importante des dépenses de consommation, tandis que la construction résidentielle tirera également la production vers le bas.

Nous prévoyons une nouvelle hausse des taux de 50 points de base au premier trimestre, l'inflation restant la priorité de la Réserve fédérale. Néanmoins, nous pensons que la composition du panier de l'indice des prix à la consommation (forte pondération du logement et des véhicules) entraînera de fortes baisses de l'inflation à partir du deuxième trimestre. N'oublions pas non plus que la Fed a un double mandat qui met fortement l'accent sur le marché du travail tout en visant une inflation de 2 %. Disposant d'une plus grande marge de manœuvre que la plupart des autres banques centrales pour réagir à la récession, nous voyons une marge importante de réduction des taux d'intérêt et de baisse des rendements des obligations du Trésor plus tard dans l'année.

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