Économie

7 juin 2022

Quatre questions sur… la hausse des taux

Philippe Ledent

Philippe Ledent

Senior economist

Les taux d’intérêt des banques centrales conditionnent, de près ou de loin, ceux des emprunts et des dépôts. Or, les banques centrales relèvent ou vont relever leurs taux. Quels sont les effets d’une telle décision ? Décryptage en 4 questions/réponses.

1. Pourquoi parle-t-on actuellement de hausse de taux ?

  • Jusqu’à l’année dernière, la croissance économique faible et surtout l’inflation très basse en zone euro ont poussé la Banque centrale européenne (BCE) à maintenir des taux très bas. De cette façon, elle tentait de stimuler l’activité et l’inflation. En 2014, elle s’était même résolue à pousser les taux à court terme en territoire négatif.
  • Mais depuis 2021, l’inflation grimpe en flèche, d’abord en raison de la réouverture de l’économie mondiale suite à l’évolution favorable de la pandémie, et plus récemment en raison de la guerre en Ukraine. Au-delà d’une inflation actuellement très élevée (9 % en mai en Belgique), les anticipations d’inflation pour les prochaines années ont fortement augmenté. Ceci signifie que les ménages et les entreprises s’attendent de plus en plus à une inflation plus élevée dans les prochaines années que par le passé.
  • Or, la BCE est la garante de la stabilité des prix à moyen terme, c’est-à-dire d’une inflation modérée. Dès lors, elle devrait agir très prochainement contre la hausse de l’inflation actuelle. Pour ce faire, elle devrait remonter progressivement ses taux d’intérêt, et probablement mettre fin aux taux négatifs en septembre.
  • En effet, des taux plus élevés freinent la demande de crédits et l’activité économique, ce qui devrait freiner la pression haussière sur les prix à la consommation et calmer les anticipations d’inflation.

2. Quelles conséquences sur les taux d’intérêt dans les marchés financiers ?

  • Par anticipation des mouvements attendus de la BCE, les taux à long terme ont déjà remonté. Par exemple, le taux à 10 ans sur la dette de l’Etat belge qui était encore négatif à l’été 2021 est désormais proche de 1,75 %.
  • Les taux à court terme sur les marchés financiers devraient également augmenter très prochainement, lorsque la BCE aura confirmé la hausse de ses propres taux. Il ne s’agit pas d’un mouvement de grande ampleur, mais suffisant pour faire disparaître les taux négatifs des marchés financiers.
Les taux longs ont anticipé les futures actions de la BCE

Les taux longs ont anticipé les futures actions de la BCE

3. Jusqu’où les taux peuvent-ils grimper ?

  • La BCE est prise en étau.

D’un côté, l’inflation actuelle et anticipée lui impose d’agir.

Mais d’un autre côté, l’activité économique est durement touchée par la succession de chocs (pandémie, guerre en Ukraine, difficultés d’approvisionnement).

  • Dès lors, si nous attendons effectivement la fin des taux négatifs très prochainement sur les marchés financiers, il est peu probable que la BCE ait la capacité de relever très fortement ses taux. En effet, une remontée trop rapide des taux provoquerait une récession. Le niveau des taux d’intérêt ne devrait donc pas augmenter suffisamment pour compenser le niveau actuel de l’inflation. 

4. Que faire ?

Epargner ? Il est souvent conseillé de conserver l’équivalent de 3 à 6 mois de revenus sous forme de liquidités. La fin des taux négatifs redonne un peu d’attrait à l’épargne, mais cela ne compensera pas la perte de valeur de l’épargne en raison de l’inflation.

Investir ? Prendre des risques, suivant son profil d’investisseur, dans les marchés financiers ou dans l’immobilier peut apporter à terme un potentiel surplus de rendement.