Durabilité

15 septembre 2018

Investissements responsables, pourquoi s’y intéresser ?

Philippe Ledent

Senior Economist ING Belgique

Frederic Dalaidenne

Investment Officer Funds ING Belgique

Nous assistons à une réelle évolution des mentalités face aux enjeux sociaux et écologiques. La prise de conscience n’est plus l’apanage de quelques militants, mais elle devient collective.

Du coup, le comportement des citoyens, qu’ils soient consommateurs ou investisseurs, change, de même que leur préférences.

Evolution des mentalités

Ce changement de comportement est capital, car il incite de plus en plus les entreprises à considérer les défis sociaux et environnementaux dans leur propre gestion. Cela peut prendre différentes formes, que ce soit dans la vie quotidienne de l’entreprise (mimétisme de « bons » comportements des citoyens face aux déchets, à la nourriture) ou plus fondamentalement dans le processus de production lui-même. Ainsi, les circuits courts dans l’alimentation ou les business models de l’économie circulaire ont de plus en plus la cote. Il faut ici aussi signaler l’apport de nombreuses innovations technologiques qui rendent ces nouveaux modèles de fonctionnement possibles et rentables.

Ainsi, l’innovation technologique, la rentabilité économique et l’évolution des préférences des consommateurs se combinent pour faire percoler l’idée du développement durable dans l’économie. 

En bref:
  • L’évolution des mentalités en faveur d’une prise en compte du développement durable dans nos actes quotidiens, tant d’investissements que de consommation, sera accélérée par l’impact concret et inévitable des changements climatiques, comme d’autres évolutions environnementales et sociales.
  • La capacité des entreprises à composer avec ces impacts et à s’adapter aux changement de mentalité sera un déterminant non négligeable de leur performance future.
Quid en matière d’investissements ?

Considérer les investissements sous une approche durable n’est plus l’affaire de quelques-uns. Les précurseurs ont ouvert une voie dans laquelle s’engouffre maintenant une grande partie des sociétés d’investissements. Nous constatons ainsi une augmentation sensible :

  • du nombre d’assets managers qui appliquent les recommandations des Nations Unies en matière d’investissement responsables,
  • du nombre de sociétés cotées qui publient un rapport d’activités « socialement responsables »
  • des actifs sous gestion pour les clients tant retail qu’institutionnels.

Cette tendance positive ne s’explique pas par un effet de mode. On constate qu’à l’enthousiasme des pionniers s’est rajouté le rationalisme des financiers, lesquels ont intégrés que les grands enjeux sociétaux et environnementaux auront un impact sur leurs investissements et qu’il fallait donc en comprendre les risques. Intégrer des facteurs ESG, en complément de l’analyse fondamentale, est devenu une conditio sine qua non dans la sélection d’un instrument financier. 

Qu'est-ce que l'investissement responsable ?

Dans les publications financières en lien avec le développement durable, on rencontrera souvent l’acronyme ESG, pour Environmental, Social and Governance.

  • La dimension « Environmental » s’intéresse à l’implication de l’entreprise dans la préservation de l’environnement.
  • Le volet « Social » porte sur les relations que l’entreprise entretient avec ses employés, ses fournisseurs, ses clients ou de manière générale toutes les parties en relation avec elle.
  • La dimension « Governance » s’intéresse au management de l’entreprise, à sa politique de rémunération ou encore aux droits des actionnaires.


Dans la droite ligne des critères ESG, les Nations Unies ont développés six principes de base fondant l’investissement responsable. Toute institution désirant être signataire de cette « charte » de l’investissement responsable doit respecter les principes suivants :

  • L’incorporation de critères ESG dans l’analyse et le choix d’investissement
  • L’application de critères ESG dans la structure propre de l’institution concernée
  • La promotion de ces mêmes critères dans les entreprises détenues par l’institution
  • La promotion de ces critères à l’intérieur du secteur financier
  • L’amélioration de l’application concrète de ces critères en collaborant avec les autres institutions signataires
  • La publication de rapports quant aux mesures prises et aux améliorations engrangées
Stratégie d'investissement

Désormais ce sont les sociétés (et les Etats) qui reconnaissent l’importance des enjeux ESG dans leur propre business qui ont la faveur de ces investisseurs. Il existe plusieurs approches pour construire un portefeuille composées d’actions (ou d’obligations) ESG :

  1. L’exclusion de sociétés (ou même d’Etats) ayant un mauvais comportements ESG, ou de secteurs d’activités controversés (armement, tabac, charbon).
  2. Le « best-in-class » consiste à choisir parmi un secteur d’activité les sociétés qui ont le meilleur score ESG relativement à la moyenne du secteur.
  3. L’activisme et le dialogue continu entre l’investisseur et la société dans laquelle il est investi permet de faire bouger les lignes. Le gérant d’un fonds ESG se fait fort de défendre les enjeux ESG lors des assemblées générales des sociétés dans lesquelles il est investi et en dialoguant avec les dirigeants de celles-ci.

La plupart des fonds combinent plusieurs de ces approches. À cela s’ajoute les fonds dits « thématiques » qui se concentrent sur un nombre très limités de secteurs d’activités, ainsi que les fonds « d’impact » qui ont pour intention de favoriser d’abord un impact social ou environnemental concret (sans pour autant faire fi d’un certain retour sur investissement).

Une idée fausse
"L'investissement durable se ferait au détriment du rendement financier. Il s’agit d’une idée fausse."

L’investissement responsable (ou durable) est actuellement en plein essor. Pourtant les investissements qui accordent une place au respect de l’homme, de l’environnement et de la société doivent toujours faire face à un préjugé tenace : l’investissement durable se ferait au détriment du rendement financier. Il s’agit d’une idée fausse. Nous sommes au contraire convaincus que les investissements de ce type pourront être créateurs de plus-value à l’avenir. Les entreprises et les pays qui tiennent compte de toutes les parties prenantes de la société parviendront en effet à tirer leur épingle du jeu sur le long terme. Comme dans l’approche traditionnelle, les investissements doivent cependant toujours être choisis par le biais d’un processus de sélection structurel solide. 

Et après ?

Les critères de durabilité devraient, selon nous, prendre de plus en plus d’importance. Nous sommes en effet confrontés tous les jours à la dure réalité du changement climatique, auquel on peut ajouter les scandales de fraude, les problèmes de santé publique, les accidents, l’insécurité, les pénuries alimentaires, l’accroissement de la population, etc. Les entreprises (et les pays) qui tiennent compte de ces évolutions et qui sont capables d’y apporter une réponse durable créent assurément de la plus-value. Elles ne se concentrent en effet pas uniquement sur les bénéfices à court terme ou les intérêts de leurs actionnaires, mais sont aussi attentives à leur impact sur le long terme. Ceux et celles qui, en revanche, ne tiennent pas compte de ces facteurs peuvent être considérées comme (plus) risquées.

Intéressé(e) par les investissements durables ?